Communication
au Groupe de travail d'experts de la Commission africaine des droits
de l'homme et des peuples sur les populations/communautés autochtones
Concernant les violations systématiques, omniprésentes et généralisées
des droits des peuples autochtones en République démocratique du Congo,
qui ont donné lieu à un risque de préjudice immédiat et irréparable
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30 octobre 2006
Soumise par :
Centre d’Accompagnement des Autochtones Pygmées et Minoritaires Vulnérables
(CAMV)
Association pour le Regroupement et l’Autopromotion des Pygmées (ARAP)
Collectif pour les Peuples Autochtones au Kivu (CPAKI/RDC)
Action pour la Promotion des Droits des Minorités Autochtones en Afrique
Centrale (APDMAC)
Solidarité pour les Initiatives des Peuples Autochtones (SIPA)
Union pour l’Emancipation de la Femme Autochtones (UEFA)
Forest Peoples Programme (FPP)
- Cette communication adressée au
Groupe de travail de la Commission africaine sur les populations/communautés
autochtones met en exergue les violations systématiques, persistantes
et généralisées des droits des peuples autochtones en République
démocratique du Congo. Le rapport d’ONG ci-joint et ses annexes
fournissent des informations détaillées à l'appui de cette communication.
- La République démocratique du Congo (« RDC ») a ratifié
la Charte africaine des Droits de l’homme(sic) et des peuples (la « Charte »)
le 20 juillet 1987. Elle a donc l’obligation de respecter et de
garantir sans délai les droits qui y sont énoncés. Elle a dérogé
à cette obligation en ce qui concerne les peuples autochtones Twa,
qui continuent de subir chaque jour une discrimination raciale généralisée,
massive et institutionnalisée en violation de leurs droits au titre
des articles 2 et 3 de la Charte.
- En violation des articles 14, 20, 21, 22 et 24 de la Charte, les
droits des peuples autochtones à leurs terres et ressources ne sont
ni reconnus, ni respectés en RDC. Ces droits ou d’autres droits
ne sont pas énumérés dans la législation nationale ni garantis par
celle-ci, il n’existe aucune voie de recours interne en cas de violations,
et les garanties légales généralement applicables n’offrent pas
une protection adéquate et efficace aux peuples autochtones. Le code forestier de 2002, récemment
mis en application, les lois régissant sa mise en œuvre, ainsi que
le grand nombre de concessions forestières qui ont été octroyées
conformément à celles-ci, et dont plusieurs causent ou risquent
de causer des torts irréparables aux peuples autochtones, illustrent
parfaitement ce mépris des droits des peuples autochtones. La législation
viole également les articles
13 et 22 de la Charte en privant les peuples autochtones de leur
droit à un libre consentement préalable et éclairé, à une participation
politique et au développement.
- Comme nous le verrons en détail plus loin, la situation en RDC
s’est détériorée au point de mettre en péril l’intégrité et la survie
physiques et culturelles des peuples autochtones, ce que confirment
des organismes spécialisés et experts indépendants, y compris la
Commission africaine sur les droits de l'homme (sic) et des
peuples (désigné ci-après la « Commission ») et le Rapporteur
spécial des Nations Unies, en ce qui concerne la situation des droits
humains en RDC (voir Section III et Annexe I du rapport d’ONG).
Par exemple, le Groupe de travail de la Commission africaine sur
les populations/communautés autochtones en Afrique a constaté que
les « populations indigènes souffrent de violations de droits humains
particulières – au point que certains groupes sont sur la voie d’extinction.
»
- En outre, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale
(appelé ci-après « le Comité ») a émis cinq décisions en vertu de
ses procédures d’alerte rapide et d’action urgente, se déclarant
profondément préoccupé par les informations faisant état de graves
violations des droits humains et de la persistance de la discrimination
raciale en RDC.2 Le Comité s’est également dit préoccupé par la
discrimination raciale à l’égard des peuples autochtones en RDC.
Par exemple, dans ses Observations finales de 1996, le Comité a
exprimé sa sérieuse préoccupation concernant, notamment « … les
allégations de discrimination généralisée contre les Pygmées (Batwa)…
» Ces experts ont
confirmé que la surveillance et l’intervention internationales sont
requises de toute urgence pour éviter que d’autres préjudices irréparables
soient causés aux droits, à la dignité et à l’intégrité des peuples
autochtones. Bref, la situation est devenue désespérée.
- En 2002, la RDC a promulgué un nouveau Code forestier et a par
la suite commencé à adopter une série de lois régissant sa mise
en œuvre. De plus, 103 « concessions » forestières (équivalant
à 147.426 km2 de forêt, soit une superficie égale à celle
de l’Angleterre et du Pays de Galles) ont été octroyées, malgré
l’adoption, en mai 2002, d’un moratoire sur l’exploitation forestière. Le Code forestier de 2002
et les concessions forestières sont entrés en vigueur sans la participation
des communautés autochtones concernées (voir Section IV du Rapport
d’ONG). De nouveaux décrets d’application continuent d’être adoptés
sans la participation des peuples autochtones (voir Section IV du
rapport d'ONG). Le Code forestier de 2002 et les lois d'application
y afférentes violent les droits des peuples autochtones à leurs
terres, territoires et ressources, et sont discriminatoires car,
entre autres, et, en violation des droits visés à l’article 3, ils
ne protègent pas les droits des peuples autochtones à l’égalité
devant la loi et à une égale protection de la loi et ils criminalisent
les droits des peuples autochtones à la subsistance et leurs droits
à disposer de leurs ressources naturelles (voir Section IV du Rapport
d’ONG).
- L’État n’a pas réagi aux efforts déployés par les peuples autochtones
pour résoudre des questions concernant leurs droits sur les terres
et les ressources, ainsi que d’autres droits. Parmi ces efforts,
mentionnons : le dépôt d’une série de plaintes auprès des autorités
de la RDC et de la Banque mondiale, laquelle prête assistance à
l’État pour les questions liées à la gestion des ressources naturelles,
dont l’exploitation forestière (voir Section III et Annexe 7 du
rapport d’ONG) ; la présentation d’une demande officielle d’enquête
auprès du Panel d’inspection de la Banque mondiale, qui a depuis
reconnu qu’une investigation approfondie était nécessaire (voir
Annexe 8 du Rapport d’ONG) ; des actions d’information et de sensibilisation
des communautés autochtones concernant le Code forestier (en l’absence
d’activités semblables de la part des autorités) ; et la formation
d’une coalition regroupant plusieurs organisations autochtones et
organisations internationales de protection de l’environnement et
de défense des droits humains. Tel que mentionné plus haut, il n’existe,
ni en fait ni en droit, aucun recours adéquat et efficace permettant
d’aborder et de corriger les violations des droits des peuples autochtones
(voir Section IV du Rapport d’ONG).
- Malgré ces plaintes et autres actions de plaidoyer, l’État n’a
pas cherché à rencontrer les représentants des peuples autochtones
et n’a pris aucune mesure pour répondre à leurs préoccupations concernant
l’impact du Code forestier de 2002 et des concessions forestières
sur leurs droits. Les peuples autochtones en RDC sont donc laissés
sans défense et n’ont pas d’autre choix que de faire appel à la
surveillance et à l’aide internationales. Il est urgent est impérieux
de leur fournir cette aide, puisqu’ils subissent chaque jour des
atteintes graves à leurs moyens de subsistance, à leur intégrité
culturelle et à leur capacité à exercer pleinement leurs droits.
Comme l’a signalé le Groupe de travail de la Commission africaine
sur les populations/communautés autochtones, la survie même des
peuples autochtones en RDC est menacée (voir Section III du Rapport
d’ONG).
- Les auteurs demandent respectueusement que le Groupe de travail
sur les populations/communautés autochtones :
- Organise une visite de pays en RDC pour examiner la situation
des peuples autochtones dans ce pays ;
- Renforce sa collaboration avec d’autres mécanismes de défense
des droits humains, notamment le CERD des Nations Unies, le Rapporteur
spécial sur la situation des droits de l’homme (sic) et
des libertés fondamentales des peuples autochtones et l'expert
indépendant sur la situation des droits humains en République
démocratique du Congo.
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