|
Octobre 2003
Réseau Recherche Actions Concertées Pygmée
(RACOPy)
S/c INADES formation, BP 11, Yaoundé
Yaoundé le 24 octobre 2003
A Monsieur Dan R. Aronson, Sociologue
principal
Unité pour la réduction de la pauvreté et le Développement social
Région : Afrique
Objet :
Nos commentaires sur l’IPDP du PSFE et du PNDP
 Monsieur,
Les ONG d’appui et association
d’autochtones, membres du Réseau RACOPY (Recherche Actions Concertées
Pygmées) se sont réunies en Assemblée Générale le vendredi 24 octobre
2003 à Yaoundé.
A
cette occasion elles ont examiné les propositions de l’étude commanditée
par la Banque Mondiale (BM) en vue de l’établissement de deux Plans
de Développement des Populations Pygmées (IDPP) devant s’insérer
dans le Programme National de Développement Participatif (PNDP)
et le Programme Sectoriel Forêt Environnement (PSFE).
Les
membres du Réseau RACOPY ont apprécié cette initiative et la préoccupation
de la Banque Mondiale et du Gouvernement camerounais d’accorder
une attention particulière à cette population marginalisée. Ces
plans des PNDP et PSFE ainsi que celui du projet pétrolier Tchad-
Cameroun marquent pour nous une reconnaissance officielle de la
spécificité et de l’importance de la problématique des populations
autochtones au Cameroun.
Nous
voulons aussi souligner que, l’accent mis dans le PDPP sur le renforcement
des opportunités légales égales comme base d’action nous apparaît
porteur de solutions durables pour cette population, car elles recouvrent
tous les aspects de la vie des Pygmées : politique/citoyenneté,
culturels, organisationnels, économiques et techniques.
Toutefois,
et nous appuyant sur la directive opérationnelle 4.20 de la BM,
nous voudrions insister particulièrement sur la nécessité de mettre
un accent sur les trois points suivantes :
- Consultation appropriée des populations
affectées, afin que le plan soit basé sur les options préférées
par cellec-ci ;
- Analyse approfondie du cadre juridique
régissant la défense des droits et la protection des autochtones
pygmées au Cameroun ;
- Les stratégies à développer pour
régler la question foncière qui touche à la survie et la reconnaissance
des Pygmées Baka, Bakola et Bagyeli.
Les
membres du Réseau RACOPY pensent que les IDPP du PNDP et du PSFE,
du fait qu’ils ne sont pas encore approuvés, devraient impérativement
prendre en compte les risques liés à ces questions afin de poser
des garde-fous favorisant l’interprétation des plans selon l’esprit
de la directive 4.20.
Vous
trouverez en annexe nos commentaires et propositions susceptibles
de contribuer à l’amélioration des documents IDPP et, par le fait
même, à la mise en œuvre des projets qui y sont liés.
Nous
restons à votre disposition pour toute information qui vous jugeriez
utile de connaître.
Nous
vous prions de croire, Monsieur, à l’assurance de notre considération
distinguée.
Les
membres du réseau
Cc :
- M. Topa
- Représentation de la Banque au Cameroun
-
Coordinatrice nationale PNDP
-
MINEF
-
DFID
-
Union Européenne
-
ACDI Les membres du Réseau RACOPy
ANNEXE
Commentaires des ONG et Associations
d’autochtones camerounais sur les plans de Développement des populations
autochtones (IPDP) du Programme Sectoriel Forêt Environnement (PSFE)
et du Programme National de Développement Participatif (PNDP)
 Le document
est accueilli avec d’autant plus de satisfaction que nous pensons
qu’il est la reconnaissance bien qu’implicite de la problématique
des peuples autochtones au Cameroun. Nous pensons qu’il s’agit aussi
un peu de la reconnaissance des efforts de nombreuses ONG camerounaises
visant à inscrire cette problématique au rang des préoccupations
du gouvernement.
 De plus,
le document met l’accent sur le renforcement des opportunités légales
égales dans tous les domaines touchant à la vie des populations
autochtones pygmées, ce qui à notre avis est très positif
Remarques préliminaires
touchant à la bonne compréhension du texte et de son contenu
 Tout d’abord,
signalons la faiblesse du texte français. Il est parfois difficile
de se faire une idée précise de ce que recouvrent certaines phrases
ou certains mots employés, notamment dans les tableaux de présentation
du plan. Ce fait a pour conséquence une lecture difficile, voire
incompréhensible. Et, bien sûr, nous nous interrogeons sur son accessibilité
aux concernés : les Pygmées.
Les appellations Pygmées
 L’étude
utilise des noms d’appartenance de groupes Pygmées dont la mention
est incorrecte. La grande majorité des études anthropologiques,
depuis plusieurs années, mentionne 3 grands groupes au Cameroun :
-
Les Baka dans la province de l’Est et du Sud, zone géographique
de Sangmélima, Djoum, Mintom et Dja ;
-
Les Bakola, dans la province d e l’Océan, zone géographique
de Lolodorf et toute la zone comprise dans la bande forestière du
littoral jusqu’à la frontière. Toutefois, les Pygmées à partir de
Bipindi et en allant vers la frontière, soit les zones de Kribi,
Akom II et Campo, bien qu’étant de souche Bakola, se nomment eux-mêmes
Bagyeli. Cette appellation utilisée par les Bagyeli est respectée
au Cameroun.
-
Les Bedzang, dans la plaine Tikar.
 Rappelons
pour mémoire que les populations Aka vivent en République Centrafricaine
dans la région de Mbaïki / Mongoumba et au Congo.
 
Les ONG
 Un certain
nombre d’ONG ou de projets mentionnés n’existent plus depuis début
2003 : SDDL de Lomié, Projet Campo-Ma’an, SNV Yokadouma. Quant
à FONDAM de Kribi, il est devenu depuis deux ans Foyer Arc-en
ciel. Signalons aussi que AAPPEC est une seule et même organisation
avec des équipes décentralisées. Par ailleurs il existe aussi d’autres
ONG qui ne sont pas mentionnées.
Le contenu de l’analyse de contexte
Cette
analyse nous paraît faible à deux niveaux, l’un étant le résultat
de l’autre.
 Le contexte
global et la situation de marginalisation nous apparaissent très
insuffisamment analysés. Quelles en sont les causes et les effets ?
A quels niveaux ? Quels en sont les mécanismes ? Il nous
apparaît que cette analyse des pratiques du vécu devrait former
le support et l’argumentation de base à un solide Plan de Développement
des Peuples Pygmées.
 La consultation
nous semble avoir été hâtive et beaucoup trop partielle. Les populations,
ainsi que les ONG qui travaillent avec elles expriment parfaitement les
problèmes liés à leurs conditions de vie et à leur position marginale.
Les conséquences sur le Plan
 La formulation
du Plan nous apparaît pertinente en ce qui concerne le développement
d’opportunités s’appuyant sur des bases légales. Mais nous devons
constater que le cadre présenté et la répartition des différents
points nous semblent ambigüs, voire flous et prêtent à confusion ;
aussi bien dans la catégorisation que dans les responsabilités attribuées.
Par ailleurs l’aspect concernant l’opérationalisation et donc la
faisabilité nous apparaît nettement insuffisant.
 C’est
pour toutes ces raisons que nous faisons les propositions suivantes.
L’organisation et l’organigramme d’exécution
du Plan
 D’une
manière générale, le modèle présenté apparaît véritablement complexe
dans sa faisabilité. Les acteurs et les niveaux sont multiples.
Nous nous interrogeons sur l’accessibilité d’un tel modèle à la
société Pygmée dont l’organisation ne dépasse guère le stade de
village clanique.
 Les rôles
des différents acteurs ne nous apparaissent pas non plus clairement
établis dans ce qu’ils ont de pertinents : niveau de décision,
niveau de concertation, niveau de consultation et niveau d’information
 Les différents
niveaux de représentation ne nous apparaissent pas tenir compte
des capacités réelles de représentativité, notamment en ce qui concerne
les populations Pygmées qui sont très peu organisées dans ce domaine
précis. De ce fait leur représentativité effective est difficile
à assurer.
 Par ailleurs,
la représentation des acteurs de la société civile, pourtant très
actifs sur le terrain dans ce domaine précis, apparaît peu tenir
compte de leur véritable poids.
Propositions
-
Afin de favoriser au maximum l’expression des populations Pygmées,
nous préconisons une ligne de concertation purement Pygmée depuis
le niveau local avec quelques porte-paroles mandatés aux niveaux
provinciaux et nationaux ; l’espace national devenant une plate-forme
d’échanges et de concertation permettant l’expression de propositions
touchant les problèmes cruciaux ressentis par les Pygmées eux-mêmes.
-
Les acteurs de la société civile ne peuvent être désignés par le
Plan, ils sont plutôt mandatés par les organisations elles-mêmes
ce qui assure, de fait, leur représentativité officielle.
-
Sur le plan de l’organisation, les différents acteurs devraient
être en mesure de se retrouver aux différents niveaux sur la base
d’un principe interactif favorisant l’opérationalisation effective
des actions du plan.
 En ce
qui concerne le tableau de planification PDPP-PSFE, les ONG et associations
d’autochtones membres du RACOPY ont beaucoup plus mis l’accent sur
la chronologie des éléments, la prioritisation et la reformulation
des questions et des activités ; le reste des points devant
également subir des modifications y relatives. A ce niveau certains
termes doivent encore être mieux explicités en vue d’une plus large
compréhension du document proposé par le consultant.
|
 OPPORTUNITES
LEGALES EGALES
|
|
 OBJECTIFS
|
 ACTIVITES
|
|
1.
Elaborer une politique nationale pour les Peuples autochtones
Pygmées (PAP)
|
-
Promouvoir la recherche sur les PAP et assurer de larges espaces
d’échange d’informations
-
Créer une commission
-
Analyser le contexte avec les concernés afin de dégager les
problèmes réels
-
Etablir une politique nationale des PAP
-
Mettre en œuvre cette politique
|
|
2.
Etablir les conditions légales égales pour les PAP en facilitant
leur accès à l’état civil et à l’exercice de leurs droits
et devoirs citoyens
|
-
Recenser les populations
-
Faire une large éducation à la citoyenneté
-
Faciliter l’obtention des pièces officielles principales :
actes de naissance et cartes nationales d’identité
|
|
3.
Etablir les conditions légales égales pour les campements
des peuples autochtones Pygmées :
Ø
création de villages reconnus des PAP,
Ø
reconnaissance des droits coutumiers forestiers
|
-
Sensibiliser les villageois voisins Bantu aux droits des PAP
-
Organiser des réunions de concertation et de négociation avec
les voisins limitrophes Bantu
-
Engager le processus de reconnaissance légale
-
Engager le processus de sécurisation foncière
-
Faire respecter l’ensemble des droits coutumiers liés à l’utilisation
de la forêt : rites, chasse, cueillette, pharmacopée
etc. (usage simple)
|
|
 OPPORTUNITES
TECHNIQUES EGALES
|
|
4.
Renforcer les capacités des PAP à participer activement à
la gestion de la forêt dans la F.C. et le partage des redevances
forestières
 
|
-
Concevoir un programme de formation
-
Mettre en œuvre le programme
-
Soutenir l’implication effective des PAP dans la gestion de
la forêt et assurer les suivis
|
|
5.
renforcer les capacités techniques des cadres étatiques et
de la société civile à coopérer d’une manière satisfaisante
avec les PAP
|
-
Information et formation sur les textes de référence nationaux
et internationaux de protection des PAP : OD.4.20, C.
169, CBD, Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples
etc.
-
formation des personnels concernés sur des approches spécifiques
|
|
 OPPORTUNITES
ECONOMIQUES / FINANCIERES EGALES
|
|
6.
Faciliter l’accès des PAP aux revenus forestiers
 
|
-
Etablir des Forêts Communautaires pour les PAP
-
Faciliter l’accès des PAP au partage équitable des redevances
forestières et à leur gestion
-
Faciliter la participation à la gestion des aires protégées
|
|
7.
Faciliter l’accès prioritaire des PAP aux postes de travail
dans les entreprises forestières et les postes forestiers
|
-
Réaliser les analyses de prospection sur les types d’emploi
appropriés aux PAP
-
Faciliter le processus d’embauche des PAP dans les emplois
appropriés
-
Suivre le processus d’application
|
|
 OPPORTUNITES
ORGANISATIONNELLES EGALES
|
|
8.
Soutenir les Baka, Bakola, Bagyeli et Bedzang dans la mise
en place d’organisations indépendantes favorisant la représentation
des PAP dans les instances concernant leurs droits et la gestion
des ressources naturelles
|
-
Soutenir le processus d’organisation
-
Former les PAP à la maîtrise de la gestion de leurs organisations
-
Faciliter le positionnement stratégique des PAP dans les comités-clefs
|
|
 OPPORTUNITES
CULTURELLES EGALES
|
|
9.
Faciliter l’affirmation de l’identité culturelle des Baka,
Bakola, Bagyeli et Bedzang dans les processus de développement :
connaissances, savoirs, mode de vie …
|
-
Faciliter un processus d’auto promotion des PAP
-
Prendre en compte la culture des PAP dans les approches et
appui des activités de développement
|
|
10.
Soutenir la mise en place de fora et plate-formes de communication
et d’échange entre les PAP et les autres partenaires
|
-
Faciliter l’organisation des fora et plate-formes
-
Soutenir la tenue des différentes rencontres
|
|
11.
Etablir un système de suivi participatif des impacts du IPDP
(PSFE/PNDP)
|
-
Organiser les formations à la méthodologie de recherche et
de gestion des données
-
Former sur bio-monitoring et PIM
-
Mettre en place le dispositif du PIM :
-
Faciliter l’opérationalisation et le suivi
-
Réaliser une évaluation du PDPP
|
 En rapport
à ce tableau, il aurait été nécessaire au consultant de préciser
les différentes parties prenantes identifiées pour chaque type d’action.
 La notion
de comité reste également ambiguë.
 L’explication
de ces points aurait pu permettre de mieux saisir l’opérationalisation
de ce plan.
|