A Contexte
Suite
au Sommet de la terre tenu à Rio, au Brésil en 1992, de nombreuses
organisations des peuples autochtones et de la société civile ont
été déçues que les gouvernements aient manqué de prendre des actions
décisives concernant la crise des forêts. Alors que la destruction
et la dégradation des forêts du monde continuaient, les gouvernements
ont été sévèrement critiqués de manquer à mettre en œuvre même les
Principes Forestiers
volontaires et Agenda 21, convenus à Rio
[1]
. Les organisations autochtones, y compris
l’Alliance internationale des peuples autochtones et tribaux des
forêts tropicales ont fait plusieurs soumissions à la Commission
des NU sur le développement durable (CDD) soulignant l’échec des
gouvernements à mettre en œuvre de manière appropriée les engagements
sur les peuples autochtones et le développement durable.
Processus du GIF et du FIF
En réponse
à ces critiques, les gouvernements ont convenu de discuter les questions
des forêts de manière plus ample sous le Groupe
intergouvernemental ad hoc sur les forêts (GIF), qui s’est réuni
de 1995 à 1997, et ensuite sous le Forum
intergouvernemental sur les forêts (FIF) où des délibérations
plus approfondies sur les forêts ont eu lieu entre 1997 et 1999.
Le processus
du GIF a généralement été félicité pour avoir été un processus de
l’ONU relativement ouvert et participatif. En 1996, les peuples
autochtones ont co-organisé avec les gouvernements de la Colombie
et du Danemark un Réunion internationale des peuples autochtones
et autres peuples dépendant des forêts sur la gestion, la conservation
et l’utilisation durable de tous les types de forêts. La réunion
a aboutit à ka Déclaration de Leticia, qui contient toutes les recommandations
spécifiques sut les politiques forestières nationales, les causes
sous-jacentes de la déforestation, les connaissances traditionnelles
sur les forêts, le financement et la technologie, les critères et
indicateurs et les instruments et mécanismes internationaux [Voir
la Déclaration de Leticia].
A la
fin du processus du GIF, certaines des recommandations autochtones
ont été partiellement incorporées dans 135 Propositions
d’action sur les forêts du GIF, approuvées par la Session spéciale
de l’Assemblée générale des Nations Unies (SSAGNU) en Juin 1997
(Rio +5) – voir ci-dessous.
Le processus
suivant du FIF fut moins efficace et s’est enlisé dans des désaccords
sur une Convention sur les forêts. Malgré ces obstacles, les peuples
autochtones et les ONG ont pu une fois de plus faire des apports
aux délibérations sur la politique forestière. Ils ont aussi eu
du succès dans l’initiation d’une autre réunion en intersession
inclusive, cette fois-ci sur « Les causes sous-jacentes de
la déforestation », qui eut lieu au Costa Rica en 1999.
[2]
Propositions d’action di GIF/FIF
Les
processus du GIF et du FIF ont ensemble produit 280 Propositions
d’action du GIF/FIF.
[3]
Ces
propositions constituent un consensus
intergouvernemental sur les actions nécessaires dans le domaine
des forêts aux niveaux national et international. Elles ont par
conséquent le statut de lois internationales non contraignantes.
Le défaut de ces propositions vient du fait que leurs standards
explicites ont tendance à être faibles ou neutres, avec des dérogations
multiples et l’imposition de la souveraineté de l’Etat sur les forêts
et les ressources nationales. Beaucoup d’entre elles, par exemple
celles relatives aux plantations et à la technologie, répondent
aux priorités des gouvernements, de l’industrie forestière et des
intérêts commerciaux. Quoi qu’il en soit, une proportion importante
de Propositions pour action adresse d’une forme ou d’une autre les
soucis et les recommandations en matière des forêts des peuples
autochtones et de la société civile. Ces propositions d’action font
appel, inter alia, à :
·
La mise en œuvre de mécanismes participatifs
qui offrent l’opportunité aux peuples autochtones de participer
à la conception des programmes forestiers nationaux et des politiques
·
La reconnaissance et le respect des droits
coutumiers et traditionnels des « peuples autochtones et communautés
locales » et des arrangements garantissant un régime foncier
stable
·
La reconnaissance du rôle important joué
par les connaissances traditionnelles dans le domaine des forêts
des peuples autochtones
·
La mise en œuvre de l’Article 8(j) de la
CDB
·
La reconnaissance et le soutien de leurs
systèmes traditionnels d’utilisation des ressources incorporant
les connaissances traditionnelles dans le domaine des forêts y compris
des nouveaux instruments et mécanismes augmentant la sécurité des
groupes dépendant des forêts
·
L’élaboration de techniques de cartographie
sociale en collaboration avec les peuples autochtones pour soutenir
la planification de la gestion des forêts
·
La mise en œuvre d’études participatives
avec les peuples autochtones permettant d’élaborer des approches
de gestion des ressources visant à réduire la pression sur les forêts
·
L’élaboration de mécanismes permettant la
participation des peuples autochtones dans la régénération et la
restauration des forêts dégradées ainsi que leur protection et leur
gestion
·
La mise en œuvre d’actions permettant de
garantir que les politiques commerciales externes tiennent compte
des droits des communautés
·
L’élaboration de mesures visant à garantir
l’égalité des chances pour les femmes, en particulier les femmes
autochtones et les femmes des zones rurales, afin qu’elles puissent
bénéficier aussi des avantages découlant des opérations forestières
·
Des politiques nationales qui adressent les
causes sous-jacentes de la déforestation et de la dégradation des
forêts
Certaines lacunes importantes dans les propositions
Des
lacunes notables dans les propositions étaient l’omission de toute
mention des normes internationales des droits de l’homme, le manque
de faire appel à l’adoption du Projet de Déclaration des NU sur
les droits des Peuples Autochtones, aucune interdiction de la relocation
forcée, aucun traitement directe des droits territoriaux, aucune
reconnaissance du droit à l’autodétermination et aucun appel au
respect du droit au consentement libre, préalable et informé pour
tous les plans, décisions et activités touchant les peuples autochtones,
leurs territoires et leur héritage culturel.
B Arrangement international sur les forêts (AIF)
Dans
son rapport final présenté à la CDD en février 2000, le FIF recommanda
à l’ECOSOC d’établir un «arrangement international sur les forêts
». Il précisa que cet arrangement devrait consister en la création
d’un Forum des Nations Unies sur les Forêts (FNUF) et d’un Partenariat
de collaboration sur les forêts (PCF) des organisations concernées
des Nations Unies, et des organisations, institutions et instruments
internationaux et régionaux. La CDD entérina ces conclusions et
demanda à l’ECOSOC de mettre en place ce nouvel arrangement. En
octobre 2000, l’ECOSOC adopta la résolution E/2000/L.32 traçant
les grandes lignes d’un arrangement international sur les forêts,
qui devrait :
·
«instaurer un cadre global cohérent, transparent
et participatif pour la
mise en œuvre, la coordination et l’élaboration
de politiques…sur la base de la Déclaration de Rio (et)…du chapitre
11 d’Action 21 (les principes forestiers)»
·
«facilitation et promotion de la mise en œuvre des propositions d’action
du GIF/FIF …notamment à
travers les programmes forestiers nationaux»
·
«renforcement de l’engagement politique en
faveur de la gestion, de la conservation et du développement durable
de tous les types de forêts»
·
«…s’assurer de l’opportunité de recevoir
et d’examiner les contributions apportées par les représentants
des principaux groupes sociaux, comme il est spécifié dans Action
21, en particulier à travers l’organisation de dialogues avec l’ensemble
des acteurs sociaux»
[4]
1 Le Forum des Nations Unies sur les forêts
La résolution
de l’ECOSOC établissant le FNUF lui confia six fonctions principales :
a
Facilitation et promotion
de la mise en œuvre des propositions d’action du GIF/FIF
b
Continuation du dialogue
et du développement des politiques en vue de s’assurer d’une compréhension
commune de la GDF
c
Amélioration de la coopération
ainsi que de la coordination des politiques et des programmes
d
Renforcement de la coopération
internationale et intersectorielle
e
Suivi et évaluation des
progrès réalisés à travers les rapports
f
Renforcement de l’engagement
politique.
Le FNUF
avait également pour mandat d’entreprendre certaines actions spécifiques :
i
faire des recommandations
en vue d’instaurer un cadre juridique applicable à tous les types
de forêts
ii
dégager des approches
ouvrant sur le soutien d’un transfert technologique et financier
iii
donner des lignes directrices
au PCF
iv
passer en revue l’arrangement
international sur les forêts dans cinq ans (c-à-d 2005)
Ces
fonctions et actions doivent être exercées à travers six instruments
dont peut disposer le FNUF : (i) un forum politique, (ii) des
segments (débats) ministériels de haut niveau, (iii) des entretiens
d’une journée avec des ministres et des directeurs d’organisations,
(iv) des dialogues multipartites, (v) des groupes d’experts
ad hoc et des réunions internationales d’experts, (vi) un plan
d’action.
Des
réunions internationales ultérieures auxquelles prirent part les
ONG et les organisations des peuples autochtones confirmèrent que
le FNUF pouvait disposer également d’autres moyens : des réunions
intersessions, des ateliers régionaux et internationaux ; des
événements parallèles en marge des sessions du FNUF et des initiatives
mises en œuvre par les pays.
[5]
2 Le Partenariat de collaboration sur les forêts
[6]
La résolution
de l’ECOSOC d’octobre 2000 invita les organisations internationales
concernées à constituer un Partenariat de collaboration sur les
forêts (PCF). En avril 2001, le PCF a été créé à Rome et il était
composé des organisations suivantes en tant que membres fondateurs :
Le secrétariat de la CDB
Le secrétariat du Forum des Nations Unies sur les forêts (FNUF)
Le secrétariat du Fonds pour l’environnement mondial (FEM)
Le secrétariat de la Convention sur la lutte contre la désertification
(CCD)
Le secrétariat de la Convention-Cadre sur le changement climatique
(CCCC)
Le Centre pour la recherche forestière internationale (CIFOR)
L’Union internationale des organisations de recherche sur les forêts
(IUFRO)
Le Centre mondial d’agroforesterie (ICRAF)
L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
(FAO)
L’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT)
Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)
Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE)
La Banque mondiale
UICN
Conformément
à la résolution de l’ECOSOC d’octobre 2000, le rôle du PCF est de :
a
soutenir les activités
du FNUF, en particulier la mise en œuvre de son plan d’action ;
b
améliorer la coopération
et la coordination entre les membres ;
c
renforcer l’engagement
politique ;
d
faciliter la mise en
œuvre des propositions d’action du GIF/FIF ;
e
aider le FNUF à suivre
les progrès accomplis dans la réalisation de ses objectifs et établir
des rapports, notamment en ce qui concerne la mise en œuvre des
propositions d’action du GIF/FIF.
Le PCF
met en vigueur un « système d’agences focales » sous lequel
chaque agence ou organisation est chargée de soutenir le FNUF concernant
des questions particulières, en accord avec : « …le mandat,
la compétence, les ressources et l’avantage relatif de chaque membre ».
Par exemple, le secrétariat de la CDB est l’agence focale pour
les connaissances traditionnelles dans le domaine de forêts et est
soutenu par trois « agences de soutien » du PCF :
CIFOR, FEM et CCD. La Banque mondiale est l’agence focale pour « les
aspects sociaux et culturels des forets » et les agences de
soutien comprennent tous les autres membres du PCF.
[7]
Le PCF
tient régulièrement des réunions à haut niveau (fermées au publique)
et les « points focaux »
[8]
du PCF dans chacune des agences ci-dessus
ont rédigé, pour les sessions formelles du FNUF, des rapports sur
des éléments de programme particuliers, en accord avec leurs rôle
en tant que « agence focale » pour des questions spécifiques
relatives aux forêts. Par exemple, lors du FNUF4, en mai 2004, le
secrétariat de la CDB a préparé le document de contexte sur les
connaissances traditionnelles dans le domaine des forêts.
Pendant
les réunions organisationnelles et consultations en 2000-01, les
organisations des peuples autochtones et les ONG on pressé le secrétariat
de FNUF à ouvrir le PCF aux groupes majeurs et d’habiliter l’Instance
permanente des Nations Unies sur les questions autochtones à devenir
membre du PCF. Ces propositions ne furent toutefois pas acceptées.
A la place, un « réseau du PCF » fut crée en 2002 avec
l’intention déclarée de faciliter la participation des groupes majeurs.
C L’expérience du FNUF et du PCF des peuples autochtones et ONG
Au début
du FNUF, les peuples autochtones et les ONG sociales et environnementales
avaient espéré que le forum encouragerait une discussion orientée
vers l’action sur les questions des forêts et aiderait à promouvoir
la mise en œuvre des engagements internationaux relatifs aux forêts.
Une révision critique des politiques et activités des membres du
PCF avait été espérée au travers du progrès dans la surveillance
et la préparation de rapports. Cependant, après quatre sessions
formelles du FNUF et plusieurs réunions internationales, les organisations
des peuples autochtones et la société civile sont déçues que le
forum n’ait pas bâti sur les pratiques ouvertes et progressives
du GIF/FIF et du CDD, et a peu accompli pour avancer la mise en
œuvre des engagements internationaux sur les forêts au niveau local
et national. Les critiques du FNUF de la part des organisations
des peuples autochtones et ONG concernent (mais ne sont pas limités
à) :
·
Des pratiques de participation restrictives,
qui se laissent devancer par les meilleures pratiques d’autres fora
des NU, pour les groupes majeurs lors des sessions du FNUF (aucune
intervention lors des discussions textuelles et dans les groupes
de contact, etc)
·
Une organisation du dialogue à parties prenantes
multiples (MSD) défectueuse qui a crée un « ghetto » de
participation de la société civile, isolée des délibérations des
gouvernements
[9]
·
Une préoccupation lors des sessions du FNUF
avec des questions de « procédé » et des négociations
de texte
·
Peu de débat substantif à propos des obstacles
et succès dans la mise en œuvre des engagements internationaux
·
Une aversion pour des discussions ouvertes
sur les droits de l’homme, y compris les droits des peuples autochtones
[10]
·
Manque d’engendrer des actions et engagements
politiques clairs relatifs à des questions critiques tels que les
connaissances traditionnelles dans le domaine des forêts
[11]
·
Une forte influence des intérêts des industries
forestières et de plantations sur les discussions et priorités du
forum
[12]
·
Manque d’agir rapidement concernant la question
critique de surveillance et préparation de rapports
·
Manque de rapports nationaux équilibrés et
géographiquement représentatifs sur le progrès dans la mise en œuvre
(de nombreux pays ayant des forêts tels que le Brésil, le Cameroun,
la République du Congo, le Ghana, le Venezuela, et le Suriname n’ont
jamais préparé de rapports pour les réunions du FNUF)
·
Failure to act promptly on the critical issue of
monitoring and reporting
[13]
·
Des résolutions du FNUF faibles qui n’ont
pas été suivis par l’ECOSOC
[14]
·
Peu de résultats tangibles des sessions du
FNUF
·
Un manque de transparent continu des réunions
du PCF et des politiques et activités du PCF (par ex. le portefeuille
de la Facilité des PFN de la FAO)
·
Un lien faible entre les décisions de politique
relatives aux forêts au niveau international et les politiques et
pratiques nationales
·
Manque de faciliter la mise en œuvre des
propositions d’action du GIF/FIF
[15]
Beaucoup
de représentants des peuples autochtones et des ONG qui ont participé
aux sessions du FNUF considèrent que l’aspect le plus utile de ces
réunions a été les évènements parallèles informels, qui ont encouragé
des discussions plus ouvertes et critiques sur la crise des forêts
sur les obstacles à la mise en œuvre. En même temps, il est généralement
considéré que les réunions en intersession ont été plus utiles que
les sessions formelles du FNUF.
Quel avenir pour l’arrangement international sur
les forêts ?
L’Arrangement
international sur les forêts sera évalué lors de la cinquième session
du FNUF en mai 2005, où les gouvernements évalueront le FNUF et
le PCF et décideront des options prochaines pour adresser les questions
des forêts au niveau international.
[16]
Comme
partie de ce processus, les experts autochtones et autres participants
à la Réunion d’experts sur les CTDF qui aura lieu eu Costa Rica
en décembre 2004 discuteront de l’efficacité du FNUF. Le gouvernement
du Mexique accueillera également une initiative nationale sur l’Avenir
de l’Arrangement international des forêts en janvier 2005.
En 2004,
les discussions de politique forestière internationale ont de nouveau
été dominées par la question polarisée d’une Convention sur les
forêts. Des signaux perturbants existent que le débat sur la politique
forestière s’enlisera une fois de plus étant donné que plusieurs
gouvernements continuent de préconiser pour la création d’un instrument
juridiquement obligatoire (IJO) en matière de forêts, tandis que
d’autres s’opposent fermement au concept.
[17]
Les organisations des peuples autochtones
et ONG sociales par contre signalent qu’il n’est pas du tout
clair qu’une convention sur les forêts conserverait davantage les
forêts et améliorerait les protections pour les droits des peuples
autochtones et autres peuples dépendant des forêts.
[18]
Cette position sceptique sur un IJO est
basée sur des positions traditionnelles et récentes de gouvernements
exprimées sous le FNUF, où les états ont démontré une réticence
marquée à traiter des questions de justice sociale et de droits
de l’homme, et cherchent à renforcer les pouvoirs gouvernementaux
et la souveraineté de l’Etat sur les ressources naturelles.