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23 décembre 2004
Résumé :
Les objectifs de ce briefing sont de : (i) alerter
les organisations des peuples autochtones et les ONG de soutien
à propos de la consultation publique actuelle de la politique révisée
de la Banque mondiale sur les peuples autochtones ; et (ii)
identifier certaines dispositions potentiellement utiles et certaines
faiblesses et lacunes signifiantes dans le projet de politique révisée
de décembre 2004.
A Contexte :
Depuis 1996, la
Banque mondiale entreprend un processus de révision de sa politique
opérationnelle existante sur les peuples autochtones. Les changements à la
politique proposés on déjà été le sujet de 2 rondes de consultation publiques
en 1998 et 2001/2002.[1] Depuis
le début, le processus de révision a été lent et très controversé étant donné
que les peuples autochtones ont, à plusieurs reprises, soutenu que leurs
recommandations principales n’ont jusqu’à présent pas été incorporées dans les
projets révisés et les dispositions proposées n’atteignent pas les normes et
garanties internationales relatives aux droits des peuples autochtones.[2] Pour ces raisons, le projet de politique
de mars 2001 n’a pas répondu aux attentes et fut rejeté par les peuples
autochtones en 2002. Depuis, l’équipe de politique et le département légal de
la Banque ont réécrit la politique dans un effort de prendre en compte les
soucis des peuples autochtones et les recommandations de la Révision des
industries extractives (EIR) – ainsi que les points de vue des gouvernements et
du personnel de la Banque. En décembre 2004, l’équipe de la Banque a finalement
présenté le deuxième projet de la politique révisée pour une consultation
publique de 90 jours.
B Programme pour la consultation publique
Le projet
de politique révisé est disponible à http://www.worldbank.org/indigenous/
Période de consultation publique : 02
décembre 2004 à 28 février 2005
Soumission de commentaires à : indigenouspeoples@worldbank.org
| Ou
alors par la poste à : |
Indigenous Peoples Coordinator, Mailstop MC5 523
World Bank, 1818H Street NW, Washington, DC 20433, USA
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| Programme
actuel : |
A la fin de la période de consultation, la
Banque résumera les commentaires et les enverra avec le projet de politique révisé
(OP 4.10) au Conseil de direction pour leur considération et possiblement
leur aval. Si avalisée, la politique remplacera la politique existante de la
Banque (OD 4.20). Dans le programme
actuel, il n’y a toujours pas de date prévue pour l’aval final de la
politique.
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| Information
incomplète : |
Le projet
actuel a été présenté sans les Procédures
de la Banque (BP 4.10) et sans le projet de guide pour la mise en œuvre et
Sourcebook. Il n’y a aucune information concernant quand ces documents seront
disponibles pour commentaire public.
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C Forces et faiblesses du dernier projet de politique révisée
Le projet de
politique révisée le plus récent, qui date du 1er décembre 2004, a, dans une
certaine mesure, traité de certains aspects contenus dans les recommandations
préalables des peuples autochtones. Toutefois, il reste des questions et
recommandations fondamentales qui n’ont pas été adressées, et des soucis
importants qui n’ont été traités que partiellement. D’ailleurs, le dernier
projet de la politique proposée contient une série de lacunes et ambiguïtés qui
pourraient miner l’utilité de la politique comme sauvegarde et mécanisme de
rendu compte. En somme, le projet actuel contient des éléments potentiellement
utiles ainsi que des lacunes et des défauts importants.
Le restant de ce
briefing compte évaluer certaines des forces et faiblesses du projet actuel. Le
résumé suivant n’est pas exhaustif. Il est donc conseillé de lire ceci ainsi
que la copie entière du projet de politique révisé de décembre 2004.
C.1 : Certains éléments potentiellement utiles
et progressifs
Le projet de
politique comprend un certain nombre d’éléments qui pourraient être utiles si les faiblesses associées qui limitent
leur utilité (identifiée ci-dessous) sont adressées dans leur entièreté dans la
politique finale. Les éléments utiles sont les suivants :
· L’autoidentification est un des éléments
principaux (parmi d’autres) pour déterminer l’application de la politique
[para.4]
· Un lien à la politique de divulgation de
la Banque [para.15]
· Des conditions qui stipulent que le projet
de Plan en faveur des peuples autochtones (PPA) ou Cadre de planification en
faveur des peuples autochtones (CPPA) doivent être disponibles au public « sous
une forme, de manière et dans une langue que [les peuples autochtones] peuvent
comprendre » avant l’approbation du projet [paras. 6(e) et 15]
· L’emprunteur doit chercher à éviter la relocation des peuples
autochtones
· Il est interdit à l’emprunteur d’entreprendre
la relocation de peuples autochtones dans des opérations de prêt financées par
la Banque sans que les communautés
autochtones concernées ne se prononcent largement en faveur de cela [para.20]
· La Banque stipule qu’elle ne procèdera pas
avec des projets sans que les communautés concernées ne se soient largement
prononcés en faveur des projets en question [para.11]
· Un processus de consultation informé et ouvert à tous qui est mené au préalable est
exigé pour chaque étape du projet
[para. 6(c)]
· La condition d’entreprendre des
consultations culturellement appropriées [para
10(b)]
· Concernant les projets d’aires protégées,
« la Banque est consciente de l’importance » des droits de propriété
des peuples autochtones sur les terres qui sont la
« propriété traditionnelle des populations autochtones ou dont l’utilisation
ou l’occupation par lesdites populations sont consacrées par la coutume »
[para.21]
· La politique stipule que les
« restrictions involontaires » sur l’accès des peuples autochtones
aux aires protégées doit être évitée
· La condition claire et obligatoire que l’emprunteur
entreprenne une évaluation sociale
· La disposition possible (mais non obligatoire) pour des mécanismes qui permettent
de prendre en considération les griefs formulés par les peuples autochtones au
niveau du projet
· La reconnaissance (dans une note de bas de
page) de la nécessité d’un processus de participation et de consultation basé
sur « un processus de décision collective culturellement adapté, qui soit
le fruit d’une consultation sérieuse et de bonne foi des intéressés et qui
permette à ces derniers de participer en tout connaissance de cause à la
préparation et à l’exécution du projet » [note de bas de page no. 4]
· Disposition proposée (mais non
obligatoire) pour des « accords formels » entre les organisations et
communautés des peuples autochtones et des agences mettant en œuvre le projet
[para 11(e)]
C.2 : Certaines faiblesses et lacunes importantes
o N’interdit pas le financement de la part
de la Banque mondiale de projets ou programmes qui risquent enfreindre les
obligations internationales relatives aux droits de l’homme et à l’environnement
de l’emprunteur
o Mentionne en passant et de manière
inconséquente les droits des peuples autochtones établis sous le droit
international [dernière phrase, para.2]
o Autre que la mention des droits de l’homme
dans l’objectif de la politique, la politique ne traite pas ou ne prend pas
note de la pertinence de certains instruments relatifs aux droits de l’homme en
particulier
o Aucune exigence que la Banque et l’emprunteur
respecte le droit des peuples autochtones au consentement libre préalable et informé (CLPI)
o Introduction du principe, qui prête
potentiellement à confusion, de la Consultation
libre, préalable et informée (ConLPI) qui mène au soutien général de la
part de la communauté
o Stipule que le ConLPI : « …ne confère pas le droit de veto individuel ou collectif » (dernière
phrase, note de bas de page n°.3 – italiques de l’auteur)
o Aucune définition claire ni critère
vérifiable relatif au « soutien général de la part de la
communauté », et aucune explication de comment la Banque établira si ce
soutien existe ou pas parmi les communautés concernées. Aucune sauvegarde
procédurale ou de divulgation pour assurer que ces jugements soient crédibles
[para.11]
o Aucune exigence que les peuples
autochtones aient la voix décisive dans la détermination de si ce soutien
communautaire existe [ce jugement est laissé au personnel et consultants de la
Banque]
o Aucune exigence que l’évaluation du
« soutien communautaire » ne soit validé par les communautés
concernées et leurs organisation représentatives et des tierces parties
indépendantes
o La Banque ne s’engage qu’à prêter
« attention » au résultat du processus de ConLPI tout en prenant en
considération d’autres informations, suggérant donc que le soutien autochtone n’est
pas le facteur décisif dans la
décision de financer un projet [para.11]
o Contient du langage ambigu et défectueux
concernant l’attachement collectif des peuples autochtones à leurs terres et
territoires [para. 6(c), 8, 9 et 10]
o Définitions restrictives de l’
« attachement collectif » à, et de la « rupture forcée »
des terres traditionnelles [para.4]
o La documentation des résultats de la
ConLPI (c’est-à-dire les points de vues et positions des peuples autochtones
concernés) est la seule responsabilité du gouvernement de l’emprunteur
o Aucune exigence pour que des accords
formels avec les OPA soient incorporés dans les pactes de prêt
o Aucun mécanisme formel pour les plaintes
concernant le soutien général de la communauté
o Traitement inconstant des conditions
principales dans les différentes dispositions et notes de bas de page [par ex.
la condition pour la participation informée est perdue dans le para.10]
o Les méthodes de consultation seront
déterminées principalement par l’emprunteur [Para.10]
o L’étendue de la politique relative aux
droits à la terre et aux droits coutumiers est limitée et restrictive [para.16]
o L’emprunteur doit seulement « prêter
une attention particulière » aux droits a la terre et aux ressources.
Cette « attention » sera accordée uniquement si la Banque juge, de
manière unilatérale, que les peuples autochtones concernés maintiennent des
liens proches à la terre et que ces liens seront touchés par le projet proposé
[para.16]
o Des mesures pour reconnaître et garantir
les systèmes existants de propriété foncière coutumière est limitée aux projets
de délivrance de titres des terres ou d’achat de terres [para 17]
o Des mesures pour renforcer la législation
ou pour établir une reconnaissance légale des droits fonciers des peuples
autochtones sera uniquement traitée dans d’autres projets de la Banque si l’emprunteur
le demande [paras 17 et 22(a)]
o Aucune condition que la politique s’applique
aux prêts d’ajustement, et dans une note de bas de page, seulement une mention
rapide de la OP 8.60, Prêts à l’appui des politiques de développement, qui ne
fait aucune référence aux peuples autochtones ou à la OP 4.10
o Les conditions de politiques sont
généralement limitées aux obligations de préparer des études et documents
(évaluations, plans, comptes-rendus des consultations) avec peu de conditions claires pour prendre des mesures pour sauvegarder les
droits des peuples autochtones. Sans sauvegardes rigoureuses supplémentaires
qui soient orientées vers l’action et basées sur les droits, il est possible
que la politique actuelle ne soit appliquée que superficiellement
o Les évaluations sociales doivent être
préparées par l’emprunteur sans disposition pour une révision de la part de
tierces parties pour évaluer la qualité et la fiabilité de telles études d’impacte
[para.9]
o Il y a un manque de clarté concernant les
conditions minimum pour des évaluations sociales, PPA et/ou CPPA acceptables
[voir para 7]. Le projet de politique conseil simplement que plusieurs éléments
(par ex. les études de cadre légal, les études de données de base, etc.)
doivent être inclus « au
besoin ». Ceci signifie que les
conditions obligatoires sous la OD 4.20 actuelle sont maintenant devenues facultatives. Ceci laisse une grande
marge de discrétion à l’emprunteur et pourrait leur permettre d’ignorer
certaines questions importantes pour les peuples autochtones.
o Les évaluations d’impacte sur les droits
de l’homme et les évaluations d’impacte culturel ne sont pas spécifiées comme condition pour les évaluations sociales
o Par ailleurs, il n’y a pas de conditions
minimum pour le contenu d’un Plan en faveur des peuples autochtones, étant
donné que cela ne contiendra que des éléments possibles « au besoin ». [Annexe B]
o La direction actuelle pour l’évaluation
sociale et le PPA ne contient pas de conditions obligatoires que ces études
adressent les droits coutumiers fonciers ou au territoires ou les régimes d’utilisation
ou d’accès aux ressources coutumières [voir para 16 et Annexes A et B]
o Aucune exigence que le contenu des projets
de PPA, de CPPA et de « cadres de procédé » ne soit avalisé et convenu par les communautés concernées avant leur finalisation,
adoption et mise en œuvre [paragraphes 12 et 13 et Annexe B]
o Introduction dans les projets de la Banque
de l’utilisation de « systèmes nationaux » existants pour traiter des
questions de sauvegarde des peuples autochtones, sans spécifier que l’adoption
de cette approche dépend de l’aval du Conseil d’administration, en base aux
leçons résultant de l’initiative pilote actuelle de la Banque [para. 5]
o Peu de détails sur les mécanismes actuels
et nouveaux de supervision et de conformité nécessaires pour garantir que toute
politique révisé soit mise en œuvre de manière efficace sur le terrain [qui
sera sans doute stipulée dans le prochain BP 4.10 ??]
o L’état des notes de bas de pages
importants dans la politique n’est pas clair : ceux-ci font-ils partie des
dispositions obligatoires ?
D Résumé des conclusions
Il y a quelques
éléments potentiellement utiles dans le projet de politique révisé de décembre
2004 qui pourraient fournir une base pour une certaine mesure de rendu compte
et quelque protection potentielle des droits et intérêts autochtones.
Toutefois, il est clair que le projet de politique révisé n’incorpore pas les
recommandations principales de la Révision des industries extractives (EIR). En
particulier, cela n’adresse pas directement les recommandations autochtones
principales concernant le droits international relatif aux droits de l’homme,
le consentement libre préalable et informé et les droits à la terre et aux
territoires. La politique contient encore des lacunes et ambiguïtés importantes
et du langage très controversé et très risqué (par ex. sur le ConLPI, les
systèmes nationaux, etc.) qui doit être clarifié et rectifié pour la politique
fournisse une sauvegarde utile qui aidera la Banque à assurer que ses projets
respectent mieux les droits des peuples autochtones.
En général, la
qualité mixte du projet de décembre 2004 engendre un certain nombre de
questions pour les peuples autochtones :
· Est-il acceptable que la OP 4.10 omette le
CLPI et utilise la consultation libre
préalable informée [ConLPI] aboutissant au soutien
général de la communauté – est-ce que ceci devrait être condamné et la OP
rejetée comme incompatible avec les droits et exigences des peuples
autochtones ?
· Est-il acceptable que l’entité désignée à
donner le soutien général de la communauté soit une communauté plutôt que les
peuples autochtones ? En adoptant cette position, on pourrait soutenir que
la Banque nie la territorialité et l’autodétermination des peuples autochtones.
· Est-il acceptable de rejeter la OP 4.10
comme manquant d’incorporer le CLPI tout en cherchant a clarifier et à définir « le soutien général de la
communauté » ainsi qu’une interprétation la plus forte de ce terme au
sein de la Banque ? Si c’est le cas, où devrait avoir lieu cette
clarification et cette définition – dans la OP, dans le document associé de
meilleures pratiques, dans le « Guide des peuples autochtones », tous
ces derniers, ou alors ailleurs ?
· Est-il acceptable que la décision sur le
besoin de prendre des mesures sur les droits fonciers dans un quelconque projet
soit encore à la discrétion de l’emprunteur ?
· Est-il acceptable que la Banque propose d’utiliser
les « systèmes nationaux » pour traiter des peuples autochtones
touchés par ses projets sans tout d’abord établir des sauvegardes
supplémentaires et rigoureuses ?
· La période de consultation publique de la
OP 4.10 s’étend jusqu’au 28 février 2005. Que devrait être fait, si c’est le
cas, pour traiter de, condamner ou chercher à corriger la OP pendant cette
période ? Bien que la période de consultation est surtout pour les commentaires
écrits, peut-être serait-il une bonne idée de chercher à se réunir face-à-face
avec le personnel de la Banque pour discuter des défauts du projet de
politique ?
Pour plus d’informations sur les questions
relatives à cette politique, voir la documentation disponibles sur
les pages en ligne de FPP à: http://www.forestpeoples.org/Briefings/World%20Bank/WBIPPbase.htm
[1] Les consultations publiques en 2001/02 ont été critiquées en
grande partie par les peuples autochtones pour avoir été expédiées et pour
manquer d’atteindre les lignes directrices en matière de consultation publique
de la Banque. Voir FPP (2002) Problems with the World Bank’s 2001-2002
public consultations on the revision of its Indigenous Peoples Policy (Draft
OP/BP4.10) briefing du FPP, août 2002
[2] Par la voie de nombreuses déclarations et soumissions à la Banque,
les peuples autochtones ont démontré que toute politique de sauvegarde crédible
et efficace doit contenir des dispositions obligatoires qui sont : a) en
conformité avec le protections de leurs droits sous les normes internationales
actuelles relatives aux droits de l’homme, b) interdire le financement de la
part de la Banque de projets qui risquent enfreindre les obligations de l’emprunteur
sous les accords internationaux relatifs aux droits de l’homme et à l’environnement,
c) interdire la relocation forcée, d) reconnaître le droit des peuples
autochtones au consentement libre préalable et informé, e) reconnaître et
protéger les droits de propriété que les peuples autochtones ont sur leurs
terres, territoires et ressources en accord avec leur droit coutumier, leurs
valeurs, leurs usages et leurs coutumes, f) appliquer le principe de l’autoidentification
comme élément fondamental pour la détermination de l’étendue et du traitement
de la politique, g) assurer que l’étendue de la politique incluse les prêts d’ajustement
structurel et programmatiques. Voir, par exemple, Indigenous Peoples’
Statement to a Round Table Discussion on the Revision of the World Bank Policy
on Indigenous Peoples, 18 October, 2002 . Pour une critique détaillée du
projet de la OP 4.10 précédente de mars 2001, voir MacKay, F (2002) “Universal
Rights or a Universe Unto Itself? Indigenous peoples’ human rights and the
World Bank’s draft OP4.10 on Indigenous Peoples” American University
International Law Review 17(3):527-624
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