Réaffirmant
que les peuples autochtones n’acceptent pas le Projet de Politique
sur les Peuples Autochtones de la Banque Mondiale de mars 2001 (OP/BP
4.10) en tant qu’instrument efficace
pour sauvegarder les droits et intérêts des peuples autochtones
affectés par ses projets et programmes de développement ;
Rappelant
que, en tant que peuples autochtones, nous considérons que jusqu’à
présent l’opportunité de modeler de façon significative le résultat
de la révision de la politique nous a été réfusée, et que la Banque
n’a pas adressé nos soucis principaux et nos propositions pour améliorer
la politique existante ;
Soulignant
que, en tant que tel, nous les peuples autochtones, croyons n’avoir
reçu aucun pouvoir par le Projet OP/BP 4.10, parce que nos droits
ne sont pas reconnus, et pour cette raison nous rejetons ce projet
de politique révisé parce que cela ne respecte pas nos droits garantis
sous le droit international ;
Remarquant
que la mission de réduction de la pauvreté et de développement durable
de la Banque ne peut être réalisée sans le respect et la reconnaissance
de nos droits fondamentaux en tant que peuples autochtones ;
Réitérant
que la Banque Mondiale a le devoir de respecter les droits de l’homme
internationaux et devrait assurer que les standards établis dans
ses lignes de conduite, pour ses opérations de prêt, soient consistents
avec ses obligations sous ces droits ;
Nous,
les représentants et membres des organisations des peuples autochtones
et experts autochtones soussignés, qui sommes venus de nombreuses
régions différentes du monde pour participer à une discussion en
table ronde avec la Banque Mondiale concernant la révision de sa
Politique sur les Peuples Auctochtones, accueillons la bonne volonté
de la Banque d’engager un dialogue avec les peuples autochtones
sur les manières d’adresser nos priorités et soucis concernant la
révision de la politique.
Nous
souhaitons contribuer à ce dialogue en présentant plusieurs principes
de base que nous considérons devoir être appliqués à la politique
révisée finale afin d’assurer que la Banque adopte une politique
de sauvegarde effective qui respectera, promouvera et protègera
les droits des peuples autochtones dans les opérations de développement
soutenus par la Banque Mondiale.
Les points suivants ne comprennent pas l’entiereté des standards
sur lesquels nous insistons, mais expriment certains de nos soucis et priorités
essentiels.
Nous
soutenons que, afin d’être efficace, toute politique de sauvegarde
doit contenir des provisions claires et obligatoires qui :
Droits des peuples autochtones reconnus au niveau
international :
·
Soient cohérents avec les
standards des droits de l’homme internationaux existants, y compris,
par example, la Charte de l’ONU, la Déclaration Universelle des
Droits de l’Homme, le Pacte International sur les Droits Civiques
et Politiques, le Pacte International sur les Droits Economiques,
Sociaux et Culturels, la CEDR, la Convention sur les Droits de l’Enfant, la Convention OIT 169, le Projet de Déclaration
de l’ONU sur les Droits des Peuples Autochtones, le Projet de Déclaration
Américaine sur les Droits des Peuples Autochtones, ainsi que les
principes dans d’autres standards internationaux sur les droits
autochtones tels que ceux contenus dans la Convention sur la Diversité
Biologique;
·
Interdisent le financement de la part de la Banque Mondiale de projets
et programmes qui risquent d’enfreindre les obligations internationales
sur les droits de l’homme et de l’environnement de l’emprunteur ;
·
Fassent observer les obligations de la Banque de reconnaître, protéger
et renforcer les droits de l’homme des peuples autochtones dans
le cadre du droit international;
Champ d’application de la politique :
·
Appliquent le principe d’auto-identification comme élément fondamental
pour déterminer la portée et le champ d’application de la politique ;
·
Etendent le champ d’application de la politique pour inclure les
prêts programmatiques et d’ajustement structurel ;
Participation et responsabilité face au public :
·
Exigent des études préalables et participatoires dans toutes les
instances dans lesquelles un projet ou un programme de la Banque
affecterait des peuples autochtones, nos territoires ou nos communautés ;
·
Comprennent des exigences pour impliquer des organisations locales,
nationales et régionales pour suivre et surveiller activement ls
opérations de la Banque Mondiale durant le cycle entier du projet ;
·
Exigent des pactes légaux exécutoires dans les accords de prêt entre
la Banque Mondiale, les gouvernements des emprunteurs et les peuples
autochtones affectés ;
·
Exigent la participation collective effective des peuples autochtones
affectés par des opérations de prêt de la Banque durant le cycle
entier du projet (planification, préparation
et mise en œuvre) ;
·
Reconnaissent le droit des peuples autochtones au consentement libre,
préalable et informé, y compris le droit de dire « non »
à toute proposition de développement qui puisse affecter leurs territoires
et terres ;
·
Assurent la participation équitable et effective des représentants
autochtones dans la gouvernance des projets et programmes auxquels
ils ont donné leurs consentement préalable ;
·
Etablissent des méchanismes de responsabilité face au public sur
le terrain qui soient accessibles et sensibles;
Terre et ressources naturelles :
·
Reconnaissent et protègent les droits de propriéte des peuples
autochtones sur leurs territoires, terres et ressources en accord
avec le droit coutûmier, les valeurs, les usages et les coutûmes
des communautés affectées ;
·
Exigent que le personnel de la Banque et les emprunteurs prennent
action pour sauvegarder et garantir les droits des peuples autochtones
sur nos territoires, terres et ressources ;
·
Interdisent la relocation forcée des peuples autochtones et stipulent
que la relocation puisse seulement prendre lieu avec l’entier consentement
préalable, libre et informé des communautés autochtones affectées ;
Nous
apprécions cette discussion en Table Ronde comme un pas important
dans la continuation de nos efforts pour assurer que le système
international de développement soutienne et protège les droits des
peuples autochtones.
Cependant,
nous réitérons que cette réunion n’est que le début d’un dialogue
entre les peuples autochtones et la Banque Mondiale. Nous demandons donc que l’adoption de la politique
révisée soit ajournée jusqu’à ce qu’il y ait, et seulement si il
y a, un entendement et un consensus sur cette question, qui reflètent
les vues et priorités des peuples autochtones de tous les coins
du monde.
SIGNE PAR LES DELEGUES AUTOCHTONES PRESENTS
LORS DE LA DISCUSSION EN TABLE RONDE
(les délégués se sont auto-sélectionnés suivant un processus global
organisé par l’Alliance internationale des peuples autochtones et
tribaux des forêts tropicaux)
AMERIQUE LATINE
1. LOURDES LICENIA TIBAN GUALA: Movimiento
Indigena-Campesion de Cotopaxi (MICC) y Confederacion de Nacionalidades
Indigenas de Ecuador (CONAIE)
2. JULIO CESAR ESTRADA CORDERO: Organizacion de los Pueblos Indigenas
de la Amazonia Colombiana (OPIAC)
3. ROSALINA TUYUC, Coordinadora Nacional de Viudas de Guatemala
4. VILMAR MARTINS GUARANI, Instituto Indigena Brasileno de la Propiedad
Intelectual (INBRAPI)
AFRIQUE DU NORD
ET SUBSAHARIENNE
5. HASSAN IDBALKASSM, Tamaynut-Ancap (Morocco)
6. AHMED BIRCHIL, Confederation d'association Amazigh du sud Marocain
7. WILLIAM TATE OLENASHA, Pastoralists Indigenous NGO Forum (PINGO's
Forum), Tanzania
8. CHARLES SAINA SENA, Ogiek Peoples National Assembly (OPNA) (Kenya)
ASIE CENTRALE, DU SUD ET DE SUD-EST
9. RODION SULYANDZIGA , RAIPON (Russian
Federation)
10. DEVASISH ROY, Taungya (Bangladesh)
11. JOJI CARIÑO, Tebtebba Foundation (Philippines)
12. VIKTOR KAISIEPO, Dewan Adat Papua (West Papua)
EUROPE DU NORD
13. MATTIAS AHREN, Saami Council (Sweden)
PACIFIQUE
14. GEOFFREY WAYNE PUHI FUIMAONO KARENA,
Te Mana Akonga, National Iwi University Students Association of
Aotearoa (New Zealand)
OBSERVATEURS AUTOCHTONES
- Marcial Arias, International Alliance of
Indigenous-Tribal Peoples of the Tropical Forests
- Antonio Jacanamijoy, UN Permanent Forum on Indigenous Issues
- Johnson Cerda, Amazon Alliance
- Armstrong Wiggins, Indian Law resource Centre
---------------------------
le 18 octobre 2002