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La Commissaire Soyata Maiga, Rapporteuse spéciale
sur les droits des femmes en Afrique, a entendu directement
des femmes autochtones les difficultés auxquelles celles-ci
et leurs communautés doivent faire face, lors d'un événement
spécial organisé à la Commission africaine des
droits de l'homme et des peuples.
Les panélistes, venues d'Éthiopie, du Cameroun, de
la République démocratique du Congo et du Kenya, ont attiré l'attention sur la santé, l'éducation, l'emploi
et le droit à la terre et aux ressources comme autant de problèmes
critiques auxquels il faut s'attaquer si l'on veut que la situation
des femmes autochtones s'améliore. Les femmes ont exhorté
la Rapporteuse spéciale à utiliser son influence pour
faire pression sur leurs gouvernements nationaux et sur les donateurs,
« pour que nous puissions, nous aussi, jouir des droits dont
d'autres populations, d'autres femmes, bénéficient dans
toute l'Afrique. »
Melakou Tegnen,un spécialiste
des sciences sociales d'Éthiopie, membre expert du Groupe de
travail sur les populations/communautés autochtones de la Commission
africaine, a parlé du pastoralisme dans la Corne de l'Afrique.
Il a expliqué que bien que le pastoralisme puisse varier en
fonction de la religion, de la végétation ou de l'organisation
sociale, c'était en lui-même un mode de vie, une vision
du monde et un mode de production. Il a souligné que les femmes
pastorales se trouvaient confrontées à de multiples
formes de discrimination, et qu'en plus, les conséquences des
conflits étaient souvent ressenties essentiellement par les
femmes.
« Les femmes pastorales se heurtent à une oppression
hiérarchisée, qui repose sur les facteurs suivants.
Tout d'abord le sexe, juste parce que ce sont des femmes. Deuxièmement,
le fait que ce sont des autochtones, simplement à cause de
leur groupe ethnique. Troisièmement, juste parce ce qu'elles
mènent une existence pastorale. »
Marie Bwami Kasungula, une femme pygmée
faisant partie du CAMV, venue de la République démocratique
du Congo, a décrit sans mâcher ses mots la discrimination
dont sont victimes les femmes pygmées autochtones dans son
pays d'origine.
« En raison du climat social actuel, ce sont les Bantous
qui ont pu faire des progrès en matière d'éducation.
Pour eux les Pygmées, ceux qui sont marginalisés,
ce sont des animaux. Mais la discrimination ne vient pas seulement
des Bantous. Il y a une discrimination parmi les Pygmées
eux-mêmes. Ils préfèrent envoyer les garçons
à l'école. »
En République démocratique du Congo, 95 % des femmes
pygmées ne savent ni lire ni écrire, et elle a déploré
que ce manque d'éducation entraînait d'autres problèmes
importants.
« Dans ces circonstances, ces filles pygmées vont
dans les villes, où elles sont exposées à des
abus sexuels, et où le taux d'infection par le VIH est élevé. »
Jennifer
Koinante, une femme yiakue qui fait partie de l'Association
des peuples yiakus, a également parlé de la " discrimination
culturelle " qui empêche les femmes de recevoir une éducation
et qui leur dénie leurs droits.
« Les pratiques culturelles encouragent les femmes à
se marier dès l'âge de 13 ans. Elles doivent aussi
se soumettre à des mutilations génitales féminines,
qui constituent une autre violation des droits de la femme, et
après cela, la femme est considérée comme
la propriété de l'homme. »
Elle a déclaré qu'il était vraiment nécessaire
d'offrir des informations et une formation aux femmes, en disant simplement
: " Les droits humains ne sont jamais donnés comme ça
pour rien, il faut se battre pour les obtenir. " Elle soutient
que les femmes doivent absolument connaître leurs droits, pour
pouvoir les revendiquer à tous les niveaux.
Le manque d'éducation n'est qu'un des problèmes auxquels
les femmes autochtones se trouvent confrontées. Julie
Mendo, une femme baka venue du Cameroun, a expliqué
que l'abattage des arbres et les autres activités d'exploitation
forestière empêchaient les peuples autochtones de gagner
leur vie, en condamnant beaucoup d'entre eux à la pauvreté.
« La forêt, c'est l'endroit où les Bakas
gagnent leur vie, mais l'exploitation forestière nous en
empêche. Les lois [nationales] nous empêchent d'accéder
à nos ressources et à nos sources de revenus, et elles
nous permettent seulement de consommer, sans avoir le droit de vendre.
Nous n'avons pas le droit de nous conduire librement dans notre
forêt et nous ne pouvons pas donner à manger à
nos enfants. Cette situation est responsable de malnutrition, et
signifie que nous n'avons pas les moyens d'envoyer nos enfants à
l'école. »
Elle a aussi annoncé qu'il y avait des problèmes d'infection
par le VIH/sida, résultant en partie de certaines croyances
de longue date dans la population bantoue, d'après lesquelles
en ayant des rapports sexuels avec des femmes autochtones bakas, bagyelies
ou bakolas, ils seront guéris de la maladie.
Penninah Zaninkah, qui fait partie
de l'UOBDU en Ouganda, a déclaré que la cause essentielle
des problèmes des femmes autochtones était qu'elles
n'avaient pas de droits à la terre. Elle a parlé de
la situation des Batwa dans son pays.
« Les droits à la terre des Batwa d'Ouganda ne sont
pas reconnus. On les a expulsés de leurs forêts pour
créer les parcs nationaux. Depuis lors, ils ont été
incapables d'accéder à l'éducation. L'éducation
universelle ne peut pas vraiment bénéficier aux gens
qui n'ont pas de terres. »
Elle a poursuivi en décrivant la situation alarmante des
femmes batwa.
« Personne ne peut vivre sans revenus, alors les femmes
rendent certains menus services aux hommes, et elles se retrouvent
infectées par le VIH/sida. Les femmes meurent en couches,
elles meurent avant d'arriver à l'hôpital, et elles
n'ont plus accès aux produits médicinaux qu'elles
se procuraient auparavant dans la forêt.
Vous voyez bien que les problèmes des femmes, ils viennent
du fait qu'elles n'ont pas de terres, car les pays ne reconnaissent
pas leurs droits à la terre. »
 La
ratification du Protocole sur les droits des femmes en Afrique est
un pas concret en avant, et les États doivent faire ce pas
pour reconnaître les droits des femmes autochtones, a affirmé
Jeanne Marthe Minkoue Mi-Ella, qui fait
partie de l'AGAFI au Gabon. Elle s'est déclarée résolue
à faire directement pression sur son gouvernement pour lui
faire ratifier cet important instrument de défense des droits
humains. Harouna Abarchi, d'AREN Nodde-Nooto,
au Niger, en parlant des problèmes particuliers qui touchent
les femmes nomades, a condamné le rejet de la ratification
par son gouvernement en 2006.
Les intervenantes ont exhorté la Commission à attirer
l'attention des gouvernements africains sur les Conventions signées
par eux, qui devraient protéger les droits des peuples autochtones
et des femmes. Elles ont aussi recommandé avec insistance de
pratiquer un dépistage du VIH/sida, de créer des écoles
ambulantes, et de promouvoir des femmes autochtones à des postes
de dirigeantes.
Liberate Nicayenzi, une femme batwa
venue du Burundi, a directement appelé la Rapporteuse spéciale
à en faire plus pour les droits des femmes autochtones en Afrique.
« Je pense que ce que vous avez fait pour les droits des
femmes en général, cela peut aussi être fait
pour les femmes autochtones. Il est grand temps que nous concentrions
nos efforts sur les femmes autochtones. Et nous voudrions vous voir
inclure ce thème dans votre programme de travail, en y accordant
un soin particulier. Nous sommes prêtes à vous répondre
et à collaborer avec vous. »
Soyata Maiga, Rapporteuse spéciale
sur les droits des femmes, a répondu en présentant des
idées pour faire des progrès dans ce domaine et en exprimant
son engagement à en faire plus pour les droits des femmes autochtones.
Elle a d'abord signalé qu'il restait du travail à faire
et que chacun devait avoir un rôle.
« Il faut faire des études et collecter des données
sur la situation des femmes autochtones en Afrique. Nos partenaires
de la société civile doivent jouer un rôle prépondérant
en contribuant au travail de la Commission et de son Groupe de travail
sur les populations/communautés autochtones. »
Elle s'est déclarée extrêmement satisfaite du
travail entrepris durant le dernier séminaire de sensibilisation
organisé par le Groupe de travail à Addis-Abeba en octobre
2008, et a suggéré d'organiser une autre initiative
similaire, consacrée exclusivement aux femmes autochtones.
Elle a parlé de l'éducation, une question fréquemment
soulevée au cours du séminaire. Elle s'est ralliée
aux points de vue des intervenantes en déclarant que l'éducation
devait être la réponse durable aux problèmes des
femmes autochtones. Elle a aussi assuré qu'elle comprenait
le message des participantes, à savoir que les communautés
autochtones avaient besoin de vivre et d'apprendre en accord avec
leurs propres systèmes culturels, sans pour autant être
isolées des modèles et des programmes de développement
mondiaux. Les initiatives dans le domaine de l'éducation devraient
être élaborées par les peuples autochtones pour
les peuples autochtones.
Pour finir, elle a salué l'organisation de l'événement,
en invitant les partenaires à organiser un séminaire
régional sur les droits des femmes autochtones, en recommandant
l'élaboration, durant ce séminaire, d'un plan d'action
pour s'attaquer aux multiples formes de discrimination contre les
femmes autochtones en Afrique.
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Cet événement s'est déroulé parallèlement
à la 44ème Session ordinaire de la Commission africaine
qui s'est tenue à Abuja, au Nigeria, du 10 au 24 novembre 2008.
Il a pu être organisé grâce au soutien de l'Union
européenne, de Droits et Démocratie, de l'IWGIA et du
Forest Peoples Programme.
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