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« Ils sont arrivés par
surprise vers 11 heures du matin. Plusieurs étaient au travail
et les enfants étaient à l’école. Tout à coup, nous avons vu
la police traverser un terrain voisin. Nous avons senti le gaz
lacrymogène et ils se sont mis à tout casser sur leur passage.
Ils ont jeté nos quelques biens, ils ont lancé des balles de
caoutchouc et frappé les femmes qui opposaient résistance. Nous
avons défendu nos biens comme nous le pouvions, alors qu’eux
[les policiers] étaient morts de rire. »
(déclaration d’une autochtone délogée à Tucumán, Argentine)
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Sommaire
Le premier novembre 2006, le Congrès national de l’Argentine a approuvé
la Loi 26.160 déclarant un « état d’urgence en matière de possession
et de propriété des terres des communautés autochtones originaires
du pays. » Cette loi interdisait pour une période de quatre ans
l’expulsion ou l’évacuation de personnes et de peuples autochtones
de leurs terres ancestrales.
En février et mars de cette année, cette loi est devenue lettre
morte à peine quatre mois après son adoption. Les autochtones diaguitas
de la province de Tucumán ont été la cible d’une forte campagne d’expulsions
et de menaces intimidantes d’évacuation de leurs terres ancestrales.
Cette campagne impliquait une persécution de la part de la police,
la tolérance du gouvernement provincial et le silence de l’État argentin.
En conséquence des excès policiers – dont l’utilisation de bombes
lacrymogènes, le lancement de balles de caoutchouc et les coups assénés
aux femmes, aux enfants et aux hommes autochtones – environ 20 familles
ont été délogées, 15 maisons ont été détruites, d’autres structures
et biens ont été endommagés et volés, et ceux et celles qui ont résisté
pacifiquement ont été blessés.
Dans certaines circonstances, la police qui a mené ses interventions
de façon agressive et violente avait un mandat judiciaire, et dans
d’autres, elle a agi sans aucun document ni procédure légitime. Dans
tous les cas, ces expulsions et menaces ont passé outre le droit autochtone
en vigueur sur le plan national et international. Cela comprend :
la Constitution nationale et provinciale qui reconnaît la possession
et la propriété communautaires des terres occupées traditionnellement
(articles 75(17) et 149, respectivement), la Loi 26.160 qui interdit
l’expulsion des autochtones de leur terres ancestrales, la Loi 24.071
par laquelle l’Argentine a ratifié la Convention 169 et assumé le
devoir de respecter et protéger les terres autochtones ancestrales
(article 14), la jurisprudence des organes de suivi de traités de
l’ONU et de l’Organisation des États américains, et les politiques
et recommandations d’autres institutions publiques et internationales
qui interdisent les expulsions – notamment dans le cas des peuples
autochtones et autres peuples vulnérables – sauf dans des circonstances
exceptionnelles, et si tel est le cas, seulement après avoir informé
et consulté préalablement les peuples concernés, dans le respect de
l’application régulière de la loi et avec une compensation adéquate.
Ces circonstances et conditions n’existaient pas dans le cas de ces
expulsions forcées.
Les faits précis
- Le 28 février, sur un site ancestral ayant pour nom l’Ex Parc
des menhirs, environ 60 familles autochtones de la communauté autochtone
diaguita de La Angostura dans la province de Tucumán ont résisté
à une évacuation menée par la Police écologique sans mandat judiciaire.
Toutefois, la Police a dit aux membres de la communauté qu’elle
obéissait aux ordres du directeur de la Flore et la faune, M. Manuel
Imbert. Le département des Ressources naturelles entend faire usage
de ce lieu situé à l’intérieur des terres ancestrales des Diaguitas.
L’organisme Tucumán Turismo porte un intérêt particulier à ce mont
pour de futurs projets hôteliers.
- Le 2 mars, dans le cadre d’une autre intervention promue par
le gouvernement de Tucumán lui-même et agissant avec la complicité
de M. Imbert, sans aucun mandat judiciaire, la Police écologique
de Montero a attaqué de nouveau plusieurs familles de la communauté
autochtone de La Angostura qui vendaient de l’artisanat dans l’Ex
Parc des menhirs. Les officiers de police sont entrés de force dans
la maison communautaire artisanale, ont cassé les vitres et les
portes, et ont volé et détruit les pièces d’artisanat des membres
de la communauté. Pendant l’incident, des femmes ont été rouées
de coups et plusieurs personnes ont été blessées jusqu’au sang.
Bien qu’il occupe depuis des siècles son territoire traditionnel,
le peuple autochtone ne possède aucun titre foncier le reconnaissant
comme tel. Par la suite, la communauté de La Angostura a réussi
à faire rejeter un recours en garantie des droits (amparo)
de simple possession interjeté par le bureau du procureur de la
province de Tucumán, qui prétendait évacuer la communauté de la
zone de l’Ex Parc des menhirs.
- Ce même 2 mars, une autre expulsion forcée a été effectuée dans
la vallée de Tafí (voir photos ci-jointes). Cette expulsion
a été tolérée par le gouvernement provincial et autorisée par la
Juge Emma Lidia de Nucci du Tribunal pénal d’instruction II Nom,
au moyen d’une mesure conservatoire provisoire sans appel
garantissant les droits des propriétaires fonciers (la famille Teran
et Chenaut) qui continuent à usurper les terres autochtones. La
police est entrée à Los Cuartos dans la vallée de Tafí et a expulsé
violemment 22 familles autochtones de leurs maisons et terres ancestrales.
Cette évacuation s’est produite le jour dit et le résultat en a
été que, non seulement les maisons de ces familles autochtones ont
été détruites (certaines ont même été incendiées), mais aussi des
enfants, des femmes et des aînés ont été maltraités et 15 membres
de la communauté ont subi de très graves blessures causées par les
balles de caoutchouc et les gaz lacrymogènes.
Cette intervention policière a été fomentée par les prétendus
propriétaires des terres qui sont privées (les « terratenientes »
ou propriétaires fonciers) qui possèdent des titres leur conférant
la propriété de terres autochtones. Les autochtones diaguitas
de la vallée de Tafí, malgré leurs dénonciations et demandes relatives
à cet état de fait, ne possèdent pas encore de titres sur ces
terres en vertu des dispositions de la Constitution nationale
et provinciale. (Tout comme l’Ex-parc des menhirs, la vallée revêt
un grand intérêt pour la province et pour des tiers en raison
de sa valeur actuelle et de son potentiel touristique). Le chef
et les membres de la communauté se sont présentés devant la justice
pour demander la mise en application de la loi nationale et l’interdiction
des évacuations, mais la juge a ordonné l’expulsion. En fait,
le conseiller juridique de la communauté a demandé l’arrêt des
évacuations conformément aux termes de la loi 26.160. La juge,
passant outre le droit autochtone, n’a pas tenu compte de cette
demande et a même égaré la présentation.
- Outre les événements survenus dans la vallée de Tafí, d’autres
familles autochtones de la province ont été menacées d’évacuation
imminente, car les propriétaires fonciers ont entamé des procédures
juridiques visant à garantir leurs droits. Parmi celles-ci, mentionnons :
- Une procédure d’expulsion a été engagée contre une famille
de la communauté autochtone d’Amaicha del Valle. Plus précisément,
une sentence a été prononcée en première instance par le tribunal
interne, permettant l’évacuation. Cette famille, la famille
Moya, ne possède aucun titre mais elle jouit de la possession
ancestrale de ses terres traditionelles et les propriétaires
fonciers (Critto) ont des titres, mais n’ont jamais joui de
la possession de ces terres.
- Deux procédures d’expulsion ont été engagées contre deux
familles de la communauté autochtone de Quilmes (l’une étant
liée à la vente présumée de terres par un vieil homme autochtone
aveugle de 91 ans, M. Rafael Marcos Gonzalez, à qui on a fait
signer des papiers, sans qu’il ait connaissance de ce qu’il
faisait, et l’autre contre une dame de 70 ans, Mme de Caro,
dont les terres ont été vendues sans son consentement).Pendant
que les familles autochtones maintiennent depuis toujours la
possession traditionnelles de ces lieux, un propriétaire foncier
possédant des titres continue à les vendre à d’autres.
- Les terres d’une famille (Donato Nieva) de la communauté
autochtone de Tolombón font également l’objet d’une procédure
d’expulsion car les propriétaires fonciers (Lopez de Zavalia)
ont intenté un une poursuite judiciare. Ils sont toujours en
attente de la sentence finale. Dans ce cas, semblable au cas
de quelque 20 autres familles de la communauté autochtone voisine
de Rodeo Grande, les autochtones avaient d’abord été bernés
et obligés de signer un bail à loyer, c’est-à-dire, une entente
reconnaissant qu’un particulier non autochtone est le propriétaire
de leurs terres traditionnelles. Cela s’est produit car on a
profité de l’ignorance des gens. Avec un peu de pression, plusieurs
personnes ont signé ce type d’entente sans savoir ni lire ni
écrire, donc sans connaître le contenu ni le sens du document.
Demande des peuples autochtones diaguitas
La [ancienne] Commission des droits de l’homme (Conseil des droits
de l’homme) a affirmé que « la pratique des expulsions forcées
constitue une violation flagrante des droits de l'homme »
(Commission des droits de l’homme, Résolution 1993/77, para. 1) et
le Comité des droits économiques, sociaux et culturels considère que
« les décisions d'éviction forcée sont prima facie contraires
aux dispositions du Pacte et ne peuvent être justifiées que dans les
situations les plus exceptionnelles et conformément aux principes
applicables du droit international. » (CDESC, Observation
générale No. 4 (para. 18) et No. 7 (para. 1).En accord avec ces affirmations,
les deux organes ont affirmé que la meilleure protection contre
l’expulsion est la sécurité juridique de la propriété de ceux qui
sont exposés à de tels actes. En vertu de ces affirmations, la
Nation des peuples autochtones diaguitas de Tucumán demande à l’Argentine
de prendre les mesures nécessaires pour assurer :
- l’arrêt immédiat des évacuations dans tout le territoire de la
Nation diaguita, en particulier dans la province de Tucumán;
- la restitution des maisons et des terres des victimes d’expulsion
et la compensation morale et matérielle pour celles-ci;
- la pleine reconnaissance des droits de propriété des communautés
diaguitas sur les terres qu’elles occupent et utilisent traditionnellement,
en ce qui concerne la délimitation, la démarcation et l’octroi de
titres sur ces terres;
- la protection de la vie et de l’intégrité physique des membres
de ces communautés.
La Nation diaguita demande respectueusement l’aide et l’appui de
la communauté internationale, afin d’assurer une réponse positive
de la part de l’État argentin et de garantir les droits des peuples
autochtones et de ses membres de la province de Tucumán.
Pour de plus amples informations, veuillez
communiquer avec :
Dr Eduardo Nieva
Conseiller juridique de la Unión de Pueblos de la Nación Diaguita
(l’Union des peuples de la Nation diaguita)
Téléphone en Argentine : 011 54 3892 421428 o 011 54 3717 428561
Courriel : diaguitaedunieva@yahoo.com.ar
Dr Vanessa J. Jiménez
Forest Peoples Programme
Téléphone aux É.-U. : 001 703 875 0360
Courriel : vjimenez342@hotmail.com
Photos
de l'éviction forcée |