Déclaration du Centre d'Accompagnement des Autochtones Pygmées et Minoritaires Vulnérables (CAMV) concernant les droits des filles autochtones en RDC à la 44ème session de la CADHP - 10 au 24 novembre 2008, Abuja

Déclaration du Centre d'Accompagnement des Autochtones Pygmées et Minoritaires Vulnérables (CAMV) concernant les droits des filles autochtones en RDC à la 44ème session de la CADHP - 10 au 24 novembre 2008, Abuja

 

(Avec autorisation de la Commission d'intervenir sous l'ombrelle de Forest Peoples Programme - ONG partenaire avec le statut d'observateur)

Madame la Présidente, Honorables Commissaires, mesdames et messieurs.

Madame la présidente, la situation des autochtones en République démocratique du Congo est très précaire et plusieurs aspects ont été abordés dans le rapport supplémentaire qui a été soumis par le CAMV. Pour les fins de mon intervention aujourd'hui, je souhaite attirer brièvement l'attention de cette honorable Commission sur la situation des jeunes filles autochtones en R.D. Congo.

Partout en RDC les filles autochtones Pygmées se trouvent en face de plusieurs problèmes, notamment la violation de leurs droits économiques, sociaux et culturels et du droit à la vie, à la sécurité et à la dignité.

Le taux d'analphabétisme élevé chez les filles autochtones pygmées inquiète et il contribue davantage aux nombreuses difficultés que ces peuples connaissent. Car lorsqu'il est possible d'envoyer certains enfants Pygmées à l'école mais qu'il faut choisir quel enfant aura ce privilège pour des raisons financières, la fille passe en dernier. Par conséquent, la jeune fille Pygmée est poussée au mariage forcé et précoce, à la prostitution et à demeurer enfant travailleur. Ceci mène aussi à la non-participation des filles et femmes Pygmées à la gestion de la vie publique et politique.

Bien que les efforts de lutte contre le travail des enfants se soient globalement multipliés, les enfants autochtones en particulier les filles autochtones de la RDC n'en bénéficient pas de façon équitable. Le travail des filles autochtones a attiré peu d'attention aussi bien de la part du gouvernement congolais et des institutions internationales. Ainsi, les données sur le travail de ces filles autochtones sont incomplètes pour ce qui est de la dimension du phénomène ou des conditions et des types de travail dans lesquels elles sont engagées.

Il sied aussi de souligner que tous les groupes armés actifs sont concentrés dans les forêts, territoires où habitent les peuples autochtones. Les seigneurs de guerre se livrent ainsi aux enlèvements des filles autochtones et par là les violences et exploitations sexuelles sont particulièrement orientées vers ces jeunes filles autochtones. Toutefois, en RDC il y a encore beaucoup à faire pour assurer une justice efficace et spécialement pour les jeunes filles victimes de violence sexuelle qui se trouvent encore plus dépourvues devant les difficultés d'accès à la justice. Aussi, les filles autochtones vivent sous la pression créée par la situation économique de leur famille, ce qui fait un moyen pour les recruteurs de les inciter à faire partie de leurs groupes armés.

Vu tout ce qui vient d'être dit, nous en appelons au gouvernement congolais pour la mise en œuvre du droit à l'éducation de tous les enfants congolais et des jeunes filles Pygmées, notamment en mettant en place des mécanismes d'accompagnement ou de suivi de l'article 43 de la Constitution du 18 Février 2006 qui prévoit la gratuité de l'enseignement primaire. Nous en appelons aussi au gouvernement pour la prise en considération des impacts des viols et violences sexuelles dont sont victimes les femmes et les filles autochtones Pygmées. Finalement, nous lançons aussi un appel aux bailleurs de fonds pour l'appui des projets relatifs à la scolarisation et l'alphabétisation des enfants Pygmées et des projets visant la détraumatisation des femmes et filles Pygmées violées.