Le gouvernement du Pérou ne s’attaque pas à la violence et à la destruction des forêts dans l’Amazonie péruvienne

Le gouvernement du Pérou ne s’attaque pas à la violence et à la destruction des forêts dans l’Amazonie péruvienne

En avril 2014, dans une prémonition tragique de ce qui allait arriver, les leaders de Saweto, un village asháninka de l’Amazonie péruvienne, ont demandé que le gouvernement péruvien prenne des mesures urgentes afin d' « empêcher toute atteinte  à nos vies ». La menace provenait des exploitants forestiers « en représailles » contre les efforts déployés depuis longtemps par la communauté pour attester et dénoncer l’exploitation forestière illégale sur son territoire.

En septembre 2014, Edwin Chota, chef de Saweto, a été assassiné, tout comme Jorge Ríos Pérez, Leoncio Quinticima Melendez et Francisco Pinedo. Ces hommes luttaient depuis plus de dix ans pour garantir un titre foncier pour Saweto et pour obtenir une protection contre l’exploitation forestière illégale, à laquelle le gouvernement, comme ils n’avaient cessé de le répéter, ne s’attaquait pas. « À ce jour, nous ne constatons aucun résultat concret de la lutte contre l’exploitation forestière illégale qui s’est intensifiée aux sources du fleuve Cañanya… et dans la partie supérieure du fleuve Tamaya » . M. Chota avait notamment été la cible de fréquentes menaces de mort des exploitants forestiers, mais ses demandes répétées de protection n’avaient jamais été entendues. La mafia locale qui gère l’exploitation forestière est soupçonnée d’avoir exécuté les assassinats.

Bien que le droit péruvien exige que le gouvernement reconnaisse légalement et démarque les terres traditionnelles des peuples autochtones, et leur accorde des titres avant d’autoriser l’extraction des ressources, les terres de Saweto ne disposent à ce jour pas de titre de propriété, malgré des demandes formelles faites par la communauté depuis 2002. Par conséquent, leurs efforts pour protéger et contrôler leurs terres traditionnelles ont été affaiblis, comme l’a décrit M. Chota. « Tant que nous n’aurons pas de titre, les exploitants forestiers ne respecteront pas la propriété des natifs… ils nous menacent. Ils nous intimident. Ils ont des armes ». Pour aggraver le problème encore plus, en 2001 des concessions forestières ont été superposées dans toute la région. Bien que ces concessions ne soient actuellement pas exploitées, elles sont le théâtre d’une exploitation forestière illégale effrénée, et leur existence a été utilisée par le gouvernement régional d’Ucayali comme un prétexte pour bloquer la demande de titre de Saweto.

Malheureusement le cas de Saweto n’est pas un cas isolé. AIDESEP, la principale organisation nationale des peuples autochtones amazoniens du Pérou, estime qu’environ 20 millions d’hectares de terres traditionnelles des peuples autochtones ne jouissent pas d’une reconnaissance juridique, dont 594 villages autochtones sans titre foncier. Toutefois, même si les communautés disposent d’un titre foncier, des vides juridiques autorisent le gouvernement à garder le contrôle sur la foresterie et les ressources minérales, ce qui restreint les efforts des peuples autochtones pour protéger leurs forêts et gérer leurs ressources communautaires.

Par ailleurs, malgré les promesses du gouvernement de lutter contre l'exploitation forestière illégale, des enquêtes indépendantes estiment qu'environ 80 % du bois exporté de l’Amazonie péruvienne est extrait illégalement . Des rapports officiels montrent que plus de la moitié des concessions forestières examinées extraient du bois en dehors de leur concession . Cela est le reflet d’une pratique standard dans l’Amazonie péruvienne, où le bois est extrait illégalement des territoires autochtones et des aires protégées, mais blanchi à travers des concessions forestières établies légalement, qui fournissent toute la documentation nécessaire.

M. Chota a lui-même dénoncé à maintes reprises ces manquements. Le poste de contrôle forestier le plus proche de Saweto se trouvait à plusieurs jours en aval du fleuve, ce qui permettait aux exploitants forestiers de faire flotter leurs grumes pendant la saison des pluies en déclarant que le bois coupé illégalement sur le territoire des Asháninka était récolté dans une concession voisine. « Bienvenue à la terre sans loi », Edwin Chota déclara en avril 2014, « de ce poste d’inspection jusqu’ici, il n’y a pas de loi. La seule loi qui s’applique, c’est la loi des armes ».

Une étude d’AIDESEP et du Forest Peoples Programme identifie les véritables facteurs sous-jacents de la déforestation au Pérou. Elle montre que l’incapacité du gouvernement à assurer la reconnaissance juridique des territoires autochtones et à soutenir les efforts des communautés pour protéger leurs forêts intensifie la destruction de la forêt. Le rapport illustre comment cette destruction (près de 250 000 hectares en 2012 ) a été promue historiquement par des programmes gouvernementaux visant à construire des routes et à encourager la colonisation dans la jungle, et à octroyer des concessions à des entreprises pétrolières et gazières, qui couvrent près de 80 % de l’Amazonie . Par ailleurs, des vides juridiques, la faiblesse des contrôles environnementaux et la corruption sont à la base de l’incapacité récente du gouvernement à empêcher la coupe à blanc de milliers d’hectares de forêts primaires au profit de plantations de palmier à huile et d’activités illégales d’extraction d’or. Cela aggrave le problème de l’exploitation forestière illégale, qui reste généralisée.

En 2008, le Pérou a fait la promesse ambitieuse de réduire sa déforestation nette à zéro d'ici 2020, mais ces tendances rendent cette promesse de plus en plus difficile à tenir, en particulier au vu des projets du Pérou visant à construire plus de 70 grands barrages en Amazonie.

En juillet 2014, le congrès péruvien a réussi à faire passer une nouvelle loi de promotion des investissements (loi 30230) qui affaiblit davantage les réglementations environnementales fragiles du Pérou, en réduisant les amendes infligées en cas de contamination environnementale et en réduisant le délai imparti pour l’examen des évaluations des effets environnementaux. Point fondamental, cette loi retire aux autorités environnementales le pouvoir de fixer des normes pour les niveaux de pollution. Pire encore, cette loi établit des procédures spéciales qui pourraient permettre au gouvernement de supprimer ou d'annuler les droits fonciers des peuples autochtones lorsque des projets de développement à grande échelle sont prévus. Cette loi a été rejetée par les organisations de peuples autochtones, pour qui « elle illustre parfaitement les actions illégales et illégitimes promues par le gouvernement de Ollanta Humala » .

À la veille de sa présidence de la prochaine conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Lima (CdP20, décembre 2014), le gouvernement péruvien est soucieux d’afficher son engagement en faveur de la protection des forêts et du respect des droits des peuples autochtones. Cela comprend un programme de 300 millions de dollars financé par les gouvernements norvégien et allemand  . Comme le montrent les événements tragiques de Saweto et le train de mesures juridiques adopté récemment, cet engagement doit être mis en doute.

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‘En represalia, las amenazas de muerte y denuncias sin fundamentos hacia mi persona y comuneros de la comunidad son con mayor  fuerza, por lo que pido la prevención de cualquier atentado contra la vida’. Carta CCNN Alto Tamaya a Director Ejecutivo Forestal y de fauna Silvestre Ucayali (23 Abril 2014).

‘que a la fecha (abril 2014) no se percibe resultados concretos de lucha contra la tala ilegal….que ha intensificado en las cabeceras de la quebrada cañanya…y en el rio alto Tamaya’ Ibid: 2014

EIA 2012, http://eia-global.org/the-laundering-machine/table-of-contents/6.-hundr…

Finer at al 2014, http://www.nature.com/srep/2014/140417/srep04719/pdf/srep04719.pdf

http://ngm.nationalgeographic.com/2013/04/mahogany/wallace-text

http://es.mongabay.com/news/2013/0814-deforestacion-en-paises-amazonico…

http://news.mongabay.com/2014/0924-gfrn-hance-peru-un-summit.html

RAISG 2012, Amazon Under Pressure

Statement of unity - Pact of indigenous organisations of Peru, 7th September 2014. ‘Es el mejor ejemplo de la ilegalidad e ilegitimidad en la que viene incurriendo el gobierno de Ollanta Humala’. http://servindi.org/actualidad/112771