Le Comité du patrimoine mondial ne tient pas compte des droits des peuples autochtones en République démocratique du Congo

Kahuzi-Biega

© Dorothy Jackson/FPP

Le Comité du patrimoine mondial ne tient pas compte des droits des peuples autochtones en République démocratique du Congo

Le Parc national de Kahuzi-Biega en République démocratique du Congo a été créé en 1971 et les communautés autochtones batwa vivant dans la zone désignée pour être le nouveau parc national ont alors été expulsées.  Elles ont été forcées à habiter des logements dans les zones limitrophes du parc et, au cours des années suivantes, se sont appauvries et ont perdu une bonne partie de leur patrimoine culturel et linguistique lié à leur utilisation de leurs terres traditionnelles.  

Le site a ensuite été inscrit comme site du patrimoine naturel mondial en 1981 et le Comité du patrimoine mondial n'a alors aucunement mentionné les communautés autochtones associées au site.  

 

Kahuzi-Biega National Park map

Kahuzi-Biega National Park map

La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, qui a examiné la situation des Batwa dans les environs de Kahuzi-Biega en 2003 dans le cadre d’un examen de la situation des peuples autochtones en Afrique, a mis en évidence les conséquences des expulsions pour les Batwa :  

Ces Batwa auraient dû recevoir d’autres terres en guise de compensation, mais rien n’a été fait.  Maintenant, il leur est interdit de chasser dans le parc et de cueillir les produits du parc.  Ils sont privés de ressources alimentaires et de plantes médicinales et ils n’ont plus accès à leur lieu de culte.  Les Batwa ont été culturellement et psychologiquement brisés par la perte de leurs forêts.[1]

En janvier 2018, FPP et plusieurs autres organisations autochtones et de la société civile du RDC et d’ailleurs ont adressé une lettreau Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO et au Programme du patrimoine mondial au sein de l’UICN pour faire connaître la situation des Batwa, attirant l’attention sur les violations des droits humains inhérentes à leur expulsion qui persistent depuis longtemps et sur leur exclusion permanente du parc.  La lettre évoquait aussi particulièrement une affaire de 2017, où un jeune Batwa (de 17 ans) a été tué par balle par des gardes du parc pour avoir pénétré dans le parc national.Le père du jeune homme, qui était avec lui quand le meurtre s’est produit, affirme qu’ils étaient dans le parc pour cueillir des produits de la forêt.  

Ne recevant aucune réponse à cette note détaillée faisant état de préoccupations concernant les droits humains, les mêmes organisations ont adressé une lettreau Comité du patrimoine mondial avant la tenue de sa 42èmesession.Cette lettre demandait instamment au Comité du patrimoine mondial d’aligner ses décisions sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et d’exhorter le gouvernement de la RDC à nouer un dialogue positif avec les communautés ayant des liens ancestraux avec le parc.  

N’ayant reçu aucune réponse à cette deuxième tentative de porter ces graves préoccupations concernant les droits humains à l'attention du Comité du patrimoine mondial, deux déclarations ont maintenant été publiées en solidarité avec les Batwa de Kahuzi-Biega. La première déclarationvient de World Heritage Watch, un rassemblement de la société civile qui précède les sessions du Comité du patrimoine mondial.  La deuxième déclarationofficiellement présentée au Comité du patrimoine mondial vient du Forum international des peuples autochtones sur le patrimoine mondial.   

Lors de sa 42èmesession, le Comité du patrimoine mondial a encore une fois décidé de ne tenir aucun compte de ces graves préoccupations et a clos la discussion sur l’état de conservation du Parc national de Kahuzi-Biega sans mentionner les préoccupations des autochtones batwa concernant les droits humains.  

 

 

[1]CADHP 2003, Rapport du Groupe de travail d’experts de la Commission africaine sur les populations/communautés autochtones, Doc.DOC/OS (XXXIV)/345, page 13 (soulignement ajouté).(La CADHP a adopté ce rapport, ainsi que ses recommandations, le 20 novembre 2003 au moyen de la Rés.  65 (XXXIV) 03). 

[2]Décisions 42 COM 7A.48 (Parc national de Kahuzi-Biega) et 42 COM 7A.52 (Décision générale sur lesbiens du patrimoine mondial de la République démocratique du Congo).