Le peuple wapichan expose les violations des droits et les menaces croissantes pour leurs forêts et leurs communautés due à l'exploitation minière et l'utilisation illégale des ressources

Guyana mining destruction deforestation

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SRDC

Le peuple wapichan expose les violations des droits et les menaces croissantes pour leurs forêts et leurs communautés due à l'exploitation minière et l'utilisation illégale des ressources

Par: le Conseil du District du Sud du Rupununi (SRDC), région 9, Guyana

Pour diffusion immédiate

Lethem, Guyana, le 19 de septembre 2017:

Parmi des préoccupations croissantes concernant les menaces pour leurs forêts, leurs zones humides et leur mode de vie, le peuple wapichan de Guyana (Amérique du Sud) a mis en place un  système révolutionnaire propre pour défendre leurs droits humains et surveiller leurs terres ancestrales contre le développement nuisible. L’information communautaire a été recueillie à l’aide d'un dispositif de surveillance de l'utilisation des terres qui implique des équipes de surveillance communautaire, l'utilisation de la technologie des smartphones, des drones et des cartes numériques de la communauté, tous eux contrôlés et gérés directement par les villages. Aujourd’hui, le peuple wapichan lance un site web géré localement pour présenter leurs informations de surveillance sur Internet. Vous pouvez accéder facilement le site web ici:

http://wapichanao.communitylands.org/

L'espoir des communautés wapichan est que l'utilisation d'outils comme l’Internet aidera à une prise de conscience nationale et internationale relative aux pressions exercées sur leur territoire. Une plus grande visibilité des abus des droits et des dommages environnementaux devrait donner un élan pour leur demandes visant à sécuriser leurs droits fonciers et les reformes juridiques et politiques nationales à faveur des droits communautaires et de la protection des sites conservés de la communauté, y compris une « forêt conservée wapichan ». Paulinus Albert, président du Conseil de District de Rupununi du Sud (SRDC), qui est l'organe légal représentant 21 villages et communautés du territoire wapichan de Guyana, recommande :

« Notre territoire est sous une très grande pression provenant de l'exploitation minière et des plans pour l'agro-industrie et les aménagements routiers. L'expansion minière incontrôlée sur nos terres entraîne la déforestation, une profanation de sites sacrés et des dommages irréparables à nos ruisseaux, rivières et sources d'eau. Malheureusement, la situation s’aggrave et les menaces augmentent. C’est ainsi  que nous avons décidé de surveiller nos terres et nos forêts et de nous organiser pour collecter et publier des informations afin de dire au monde entier ce qui se passe ici ».

Toshao Geneve Thomas, leader communautaire élue du village Awarewao ajoute:

“Nous voulons que le monde entier et notre pays sachent ce qui se passe ici sur notre terre qui est vitale pour notre identité, nos moyens de subsistance et notre mode de vie. Les arbres ne peuvent pas parler, les oiseaux, les animaux et la faune ne peuvent pas dire « arrêtez-vous ». Les poissons ne peuvent pas se défendre et leurs maisons et frayères sont détruites. Qui parlera pour eux ? Nous voulons arrêter l’exploitation minière nuisible. Elle sera interdite sur nos terres ».

Le mal enregistré par le système de surveillance autochtone dans plus de 50 visites effectuées depuis 2015 comprend:

  • L’empiétement sur les terres et les forêts coutumières par l’exploitation d’or illégale
  • La déforestation et destruction  des sources d’eau, des ruisseaux et des zones humides, y compris l'anéantissement total des ruisseaux Toucan et Panche, et de graves dommages au ruisseau Locust
  • La pollution des cours d’eaux avec des sédiments de mercure et de résidus
  • La destruction des forêts sacrées et les zones de montagne, telles que la montagne Mazao
  • La construction de nouvelles routes dans les zones forestières sensibles, y compris vers les forêts intactes de la chaîne de montagnes Karawaimintao
  • La prospection minière dans les bassins hydrographiques éloignés des rivières Kwitaro, Kuyuwini et Takatu
  • La violation du droit au consentement libre, préalable et éclairé par des concessions minières imposées et la création d'un district minier (district minier 6)
  • Le franchissement illégal des frontières du Brésil par les mineurs, les voleurs, les contrebandiers et les chasseurs sportifs
  • La création illégale de pistes d’atterrissage dans la savane de Parabara

Ron James, un cartographe communautaire impliqué dans le projet de suivi explique:

« En cartographiant les sources de pollution minière nous comprenons mieux  comment cela affecte les systèmes fluviaux plus larges et les approvisionnements en eau qui sont essentiels pour nos villages pour la pêche, la baignade et la consommation. Les cours supérieures des fleuves Kwitaro, Kuyuwini et Takatu sont gravement menacés. Nous présentons ces informations de surveillance à l'attention des autorités environnementales et minières, mais le problème persiste sans relâche ».

Ce n'est pas la première fois que les communautés wapichan ont dénoncé la destruction causée par des mines illégales et des concessions. Depuis le milieu des années 1990 ils ont suscité des inquiétudes au sujet de l’impact préjudiciable de l'exploitation minière à moyenne échelle et les risques imposés par les grandes concessions contrôlées par des entreprises étrangères dans les domaines miniers de Marudi.

Le Conseil du District a soulevé de sérieuses inquiétudes au sujet d'une licence à grande échelle actuelle détenue par la société Guyana Goldstrike Inc du Canada, qui chevauche les terres ancestrales que l'État n'a toujours pas intitulé, y compris les montagnes sacrées situées dans la partie sud du territoire wapichan. Malgré les promesses de réaliser des évaluations environnementales et d’une exploitation minière «propre» sans mercure, peu de progrès ont été accomplis. Les villages protestent contre le fait qu'un processus authentique et de bonne foi de consentement libre, préalable et éclairé n'a jamais eu lieu.

Mining concessions in the Southern Rupununi(2017)
Mining concessions in the Southern Rupununi (2017)
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Digital Democracy

 

En ce qui concerne les actions et les solutions, Nicholas Fredericks, Toshao du village Shorinab et membre exécutif du Conseil national de Toshaos note:

« Nos villages ont l’intention d’incorporer nos rapports sur les impacts de l’exploitation minière, les violations des droits et les menaces sur notre territoire dans les négociations formelles avec le gouvernement de Guyana, qui ont commencé en 2016, et qui sont maintenant en cours. Nous prévoyons aussi l’utilisation de l’information pour présenter l’évaluation de l’impact sociale et environnemental exigé avant que l'exploitation minière ne puisse continuer dans la licence d'exploitation minière Marudi. Nous demandons que nos villages participent pleinement dans l'évaluation de l'impact conformément à nos droits en tant que peuples autochtones ».

D’autres demandes et remèdes clés de la communauté comprennent:

  • Le titrage des terres coutumières du village par le biais du progrès accéléré dans les dialogues wapichan sur la terre avec le ministère des affaires autochtones
  • La suspension de toutes les opérations minières, les licences et les réclamations, et un moratoire sur toutes les nouvelles routes minières dans les zones forestières jusqu'à ce qu'une évaluation complète de l'impact social et environnemental soit complétée dans le domaine minier de Marudi et dans les régions avoisinantes (à l'intérieur du permis minier et ailleurs dans d'autres revendications minières)
  • La cessation d’activités dans le district minier n ° 6 (pas de nouvelles concessions)
  • La pleine application du principe du consentement libre, préalable et éclairé pour tous les développements miniers et pour d’autres interventions susceptibles d'affecter les terres communautaires, les forêts et les droits en général, y compris sur les terres non titrées, soumises à des revendications fonciers communautaires
  • La création de politiques foncières et de concessions nouvelles qui protègent pleinement contre l'exploitation par les industries extractives, les sources fragiles des ruisseaux, les bassins hydrographiques et les zones à grande valeur culturelle, spirituelle ou de moyens de subsistance pour les villages wapichan
  • Une application rigoureuse des législations nationales et internationales, ainsi que des régulations environnementales, et la mise en vigueur de sanctions appropriées pour les infractions légales.

Fin

Note aux rédacteurs:

1. Le territoire wapichan se trouve dans la partie sud-ouest de Guyana. La variété riche de forêts tropicales, de montagnes, de zones humides, de prairies de savane et de zones boisées tropicales abrite 21 communautés qui vivent de la petite agriculture, de la chasse, de la pêche et de la cueillette qu'elles ont pratiquées sur toute la région depuis des générations. La région abrite une abondance exceptionnelle de la faune, y compris les espèces en voie de disparition telles que les loutres géantes, les jaguars et les rares chiens de venaison (Speothos venaticus), ainsi que les espèces endémiques de poissons et d'oiseaux tels que les fourmiliés (famille Thamnophilidae) du Rio Branco.

2. En 2015, les villages wapichan et leurs organisations ont reçu le prestigieux Prix Équateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en reconnaissance des efforts prolongés pour sécuriser légalement leurs terres ancestrales et conserver de vastes forêts tropicales et les habitats fauniques très diversifiés du Rupununi du Sud. L’organisation communautaire Association pour le développement des peuples du Sud-Central (SCPDA), ainsi que les leaders communautaires ont également reçu les prix du service national Guyanese Arrow Achievement pour leur travail en faveur des droits fonciers des wapichan, l'utilisation durable des terres et surveillance des forêts.

3. Le système innovant de surveillance et de publication communautaire utilisé par le peuple wapichan a impliqué le développement et l'adaptation d'une suite d'outils logiciels à accès libre mis à disposition sur une plateforme appelée Community lands. Cette plateforme permet aux communautés d'intégrer les données provenant des plans de surveillance et d'utilisation foncier de la communauté parallèlement aux données de tierces parties telles que les cartes, les informations aux limites et les images satellitaires. Les outils peuvent être aussi utilisés pour gérer et visualiser les informations géo-référencées collectées par la communauté, exécuter des filtres pour sélectionner un type spécifique d'informations et créer des cartes personnalisées. Les systèmes permettent aux villages d'imprimer des rapports de suivi et des cartes qu'ils peuvent alors partager en tant que documents PDF ou en tant que cartes en ligne intégrée dans leur propre site web via le gestionnaire du site des terres communautaires. Le site Internet peut être construit et géré sans l'exigence d'un support technique externe. Tous ces outils sont conçus pour fonctionner hors ligne et pour se synchroniser avec l’Internet via des connexions à faible bande passante et instables ou via un transfert USB. La plateforme Web sera en temps voulu entièrement disponible sur www.communitylands.org. Les outils et les applications ont été développés en collaboration avec le Conseil du District du Sud du Rupununi, l’organisation communautaire Association pour le développement des peuples du Sud-Central et les partenaires techniques internationaux Digital Democracy et Solertium en collaboration avec le Forest Peoples Programme (FPP). Pour plus d’informations veuillez consulter : www.communitylands.org or contact info@forestpeoples.org

4. Les donateurs du projet incluent UK Aid via le Programme de gouvernance forestière, de changement climatique et de marchés du DFID et la charité britannique Swyddog Cymorth Prosiect / Size of Wales / Maint Cymru https://www.facebook.com/sizeofwales/ (note: les opinions exprimées dans cette communication de presse ne reflètent pas nécessairement celles des organisations donatrices qui ont financé les activités).

5. Au cours des dernières décennies, de nombreuses entreprises, nationales et étrangères, ont détenu des droits accordés par le gouvernement pour l’exploitation d'or sur la montagne Marudi. [1] Toutes ces concessions et les blocs miniers adjacents ont été imposés sur les forêts wapichan et les terres coutumières sans leur accord préalable. La déclaration du district minier n ° 6 sur le territoire wapichan n'a jamais fait l'objet d'un procès de consentement libre, préalable et éclairé. En 2009, la société enregistrée au Guyana Romanex Guyana Exploration Ltd. a transformé avec succès sa licence de prospection en une licence minière pour la région de la montagne Marudi. Toutefois, en octobre 2014, le Ministère des richesses naturelles et la Commission de la géologie et des mines de Guyana (GGMC) ont suspendu la licence sur les «problèmes de non-conformité». Dans l'accord d'avril 2016, Romanex s'est engagé à réaliser une évaluation d'impact environnemental et social (ESIA). L'EPA et la GMCC ont stipulé qu'aucun matériel dur ne doit pas être excavé jusqu'à l'achèvement de l'ESIA, bien que l'extraction de la roche tendre ait été autorisée. Bien que Romanex ait eu une version opérationnelle de l'ESIA à partir de juillet 2016, les communautés wapichan n'ont pas vu ce projet. Elles n'ont pas non plus participé à sa préparation. À compter du moment de ce communiqué de presse, des questions restent sans réponse concernant la façon dont la société prévoit assurer le consentement libre, préalable et éclairé et la participation pleine des villages wapichan pendant le processus de l'ESIA. En outre, il est manifestement difficile de savoir comment la société évitera la contamination de l'eau par le mercure, assurera le traitement à long terme de l'eau, stabilisera les sols contre l'érosion, empêchera la libération d'éléments toxiques dans le sol pendant le processus d'extraction, interagira avec les petits mineurs et maintendra les conditions de sécurité pendant ses opérations. Malgré ces questions ouvertes, en septembre 2016, le Ministère des richesses naturelles aurait réactivé la licence de Romanex. En mars 2017, la Société canadienne Swift Resources, Inc., a annoncé qu'elle avait acquis Romanex, apportant 100% de son intérêt dans la licence d'exploitation minière de la montagne Marudi. Avec l'acquisition, la Société a pris la dénomination pour Guyana Goldstrike. Bien que la Société Guyana Goldstrike soit encore aux étapes préliminaires de la planification d'une exploitation minière commerciale, elle a déjà profité du travail informel des mineurs. Pendant ce temps, les violations majeures et les dommages environnementaux continuent de ne pas être contrôlés dans le domaine de la licence minière et dans les zones adjacentes, comme le confirment les rapports de suivi wapichan.

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Mining concessions in the Southern Rupununi(2017)
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