Les peuples autochtones et les communautés d’ascendance africaine de Colombie et du Pérou appellent à une amélioration des protections des droits

23Oct2018
23Oct2018

Les peuples autochtones et les communautés d’ascendance africaine de Colombie et du Pérou appellent à une amélioration des protections des droits

Les 25 et 26 septembre 2018, les peuples autochtones, les communautés d’ascendance africaine et les défenseurs des droits humains du Pérou et de la Colombie se sont réunis lors d’un atelier bi-national à Cauca (Colombie) avec le FPP et ses alliés, y compris l’Institut de défense juridique du Pérou, afin de partager des stratégies et des expériences concernant leurs activités de promotion des droits territoriaux collectifs et d’autodétermination de leurs peuples. En plus de la décision de mettre sur pied une plateforme d’échange d’informations entre les participants, la fin de la réunion, organisée par le Palenke Alto Cauca, a été marquée par l’adoption d’une lettre ouverte appelant les gouvernements, les autorités judiciaires, les entreprises et la communauté internationale à prendre des mesures afin d’améliorer les protections juridiques pour la sécurité foncière et les droits humains, ainsi que des mesures plus efficaces pour sanctionner les auteurs de violations, ceux qui s’accaparent les terres, et les personnes responsables de violences et d’intimidations.

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LETTRE OUVERTE DES PEUPLES AUTOCHTONES ET DES PERSONNES D’ASCENDANCE AFRICAINE DE COLOMBIE ET DU PÉROU

Nous, les peuples autochtones kichwa de la région de San Martín - CEPKA, les peuples autochtones shipibo de la région d’Ucayali - FECONAU et la Nation wampis de la région d’Amazonie et de Loreto au Pérou, les peuples autochtones embera chamí du Resguardo Indígena Cañamomo Lomaprieta des communes de Ríosucio et Supia, dans le département de Caldas, les délégués du Peuple du Conseil régional autochtone central de Medio Amazonas de Colombie, et les personnes d’ascendance africaine représentées au sein du Palenque Alto Cauca, du Processus des communautés noires, ainsi que nos alliés Forest Peoples Programme (Pays-Bas et Royaume-Uni) et l’Institut de défense juridique (Pérou), réunis à l’occasion de l’événement bi-national « Promouvoir les droits territoriaux collectifs et l’autodétermination des peuples autochtones et d’ascendance africaine de Colombie et du Pérou : partage des connaissances entre peuples et alliés », qui s’est tenu dans la ville de Santander de Quilichao, Département de Cauca, en Colombie, les 25 et 26 septembre 2018, affirmons ce qui suit :

  1. Nous confirmons et apportons la preuve d’un processus systématique de dépossession de nos territoires ancestraux dont nous sommes l’objet par l’État, les entreprises privées et des acteurs armés qui agissent en dehors du cadre légal et cherchent à s’approprier les ressources naturelles présentes sur nos territoires malgré la reconnaissance de nos droits par la législation nationale et par le droit international des droits humains.
  2. Nous notons que malgré la protection accrue accordée par le droit international des droits humains, consacrée dans la reconnaissance de la propriété collective des peuples autochtones et d’ascendance africaine sur les territoires traditionnels que nous avons traditionnellement occupés, les États mentionnés ci-dessus ne respectent pas leurs obligations internationales de fournir une protection efficace et appropriée.
  3. Nous soulignons que les dirigeants de nos peuples et organisations autochtones et d’ascendance africaine ont été systématiquement criminalisés, menacés et persécutés, et même assassinés, en conséquence de la défense de nos territoires et du droit d’exercer notre gouvernement autonome, et cela dans le désintérêt, l’indifférence et avec la complicité des organes étatiques chargés de garantir nos droits.
  4. Malgré tous les problèmes d’insécurité que nous rencontrons sur nos territoires, nous continuons et continuerons d’affirmer nos identités et les pratiques culturelles qui nous sont propres qui nous permettent de préserver et vivre nos traditions ancestrales qui font partie de nos modes de vie et de notre autonomie. Par ailleurs, nous réaffirmons notre volonté, notre responsabilité et notre engagement à continuer de protéger les sources et les plans d’eau, les forêts, les animaux, les semences, la dignité de nos peuples, notre autonomie territoriale, la consolidation de notre gouvernement autonome, nos visions du monde et la paix avec la justice sociale, parce qu’il s’agit de la seule manière de garantir non seulement la survie de nos peuples, mais aussi la vie de l’ensemble de l’humanité.
  5. Nous appelons tous les peuples, les organisations de la société civile, les ONG nationales et internationales, les intellectuels, les médias et les États engagés en faveur des droits humains, ainsi que les personnes sensibles et socialement engagées à se joindre à cet appel pour la vie.
  6. Nous demandons que les États et les institutions judiciaires se conforment à leurs obligations et à leurs responsabilités de respecter les droits humains, et en cas de violations commises par des particuliers, nous leur rappelons leur obligation de prévenir, d’enquêter et de punir les responsables et de compenser les victimes. Nous exhortons également les entreprises, les investisseurs et les institutions financières à se conformer à leurs engagements et à leurs responsabilités de respecter les droits humains et à appliquer de manière stricte l’obligation de diligence pour prévenir les blessures, les dommages et les violations à nos peuples et territoires.
  7. Nous réaffirmons l’importance culturelle, sociale, politique, spirituelle et historique de nos territoires ancestraux, qui constituent une source d’identité et de vie pour nos peuples. Le territoire est la vie et la vie ne peut pas être vendue. La vie et le territoire sont chéris et seront toujours défendus !