Les peuples autochtones déclarent l’état d’urgence environnementale dans l’Amazonie péruvienne

Peru timber
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By
Miluska Elguera

Les peuples autochtones déclarent l’état d’urgence environnementale dans l’Amazonie péruvienne

Les communautés autochtones des zones agro-industrielles déclarent l’état d’urgence environnementale et territoriale dans un climat d’accaparements des terres et de déforestation.

Les communautés de la région de Bajo Huallaga dans l’Amazonie péruvienne ont déclaré « l’urgence environnementale et territoriale » le 16 septembre de cette année, suite aux effets graves et continus sur leurs ressources naturelles, territoires et habitants des accaparements de terres et de la déforestation de leurs terres par des entreprises exploitant le bois et le palmier à huile.

La décision de déclarer l’état d’urgence a été prise lors d’une assemblée générale des 14 communautés de la Fédération des peuples autochtones kichwa de Bajo Huallaga, San Martin (FEPIKBHSAM), convoquée en urgence. L’assemblée s’est tenue à Puerto Mercedes (district de Papaplaya dans la province de San Martin), qui accueille l’une des communautés autochtones les plus durement touchées par le défrichement et les incendies de forêt. La communauté tient l’entreprise Palmas de Huallaga, qui opère dans le secteur de l’huile de palme, pour responsable de la destruction et du défrichement de ses forêts afin d’y cultiver le palmier à huile, et dont les opérations se seraient étendues à la région voisine de Loreto.

L’expansion du palmier à huile n’est pas le seul moteur de la déforestation et de la violation des droits territoriaux dans la région de Bajo Huallaga. Dans une autre région du territoire, Santa Rosillo de Yanayaku (Huimbayoc), des bûcherons agissant dans l’illégalité portent atteinte aux forêts des communautés, entraînant des violations des droits et la destruction des espoirs de développement durable de la communauté, tandis que la communauté d’Anak Kurutuyaku signale que des inconnus cultivent illégalement le coca sur leurs terres pour la production de drogue.

Des membres de la communauté ont rendu compte à plusieurs reprises de ces violations au Procureur spécial pour l’environnement d’Alto Amazonas à Yurimaguas, mais dans le cas de Santa Rosillo, le Procureur n’a pas participé à trois enquêtes qui avaient été prévues.

Même si les membres des communautés ont parlé ouvertement des menaces territoriales auxquelles ils sont confrontés, ceux qui s’opposent à ces activités le paient cher : en septembre 2018, l’apu (chef) de Santa Rosillo, Manuel Inuma Alvarado, a été battu et a reçu des menaces de mort pour s’être opposé à des bûcherons illégaux qui défrichaient les forêts en toute impunité sur le territoire de sa communauté.

« L’attribution de titres fonciers à nos territoires est essentielle pour protéger les forêts, puisque nous, les peuples autochtones, habitons et protégeons ces territoires depuis une époque antérieure à la création de l’État péruvien ».

 « Ces événements ne font que renforcer la position du mouvement autochtone concernant l’importance cruciale d’accorder des titres fonciers collectifs afin de préserver les territoires des peuples autochtones et leur existence », déclare Elias Sinty, Président de la Fédération FEPIKBHSAM.

« Par ailleurs, l’attribution de titres fonciers à nos territoires est essentielle pour protéger les forêts, puisque nous, les peuples autochtones, habitons et protégeons ces territoires depuis une époque antérieure à la création de l’État péruvien ».

L’organisation autochtone régionale, le Conseil des peuples autochtones de San Martin (CODEPISAM), et ses membres, mettent actuellement sur pied un groupe de travail technique chargé de régler les violations à l’égard de ses membres, et qui se concentrera sur les questions environnementales et territoriales, en particulier sur la nécessité d’attribuer des titres fonciers aux terres autochtones et d’adopter des réformes et des mesures pour reconnaître juridiquement leurs droits sur leurs forêts.

Les communautés membres de FEPIKBHSAM appellent maintenant le Gouvernement péruvien à se pencher sur leur situation et à les appuyer dans la déclaration officielle d’état d’urgence environnementale et territoriale sur leurs terres. Cela impliquerait un accord gouvernemental intersectoriel afin d’acheminer des ressources à la prise en compte effective des problèmes identifiés à Bajo Huallaga au moyen d’une série de mesures temporaires. En particulier, FEPIKBHSAM appelle de toute urgence à l’attribution de titres fonciers communautaires sur l’ensemble de ses territoires ancestraux.

À ce jour, aucune des 14 communautés appartenant à la fédération n’a reçu de titre foncier reconnaissant ses droits de propriété sur ses terres ancestrales, malgré l’obligation de l’État péruvien de le faire.

FEPIKBHSAM a indiqué qu’elle continuera de montrer que ces violations sont possibles à cause de politiques défaillantes et de protections juridiques inadéquates. Les droits ne sont ainsi pas défendus et les territoires sont à la merci de l’exploitation forestière, de l’agro-industrie, de l’exploitation minière, du commerce de la drogue et d’initiatives de conservation fondées sur l’exclusion. FEPIKBHSAM souligne que la création de la Zone de conservation régionale de la Cordillera Escalera et du Parc national de la Cordillera Azul, sans consultation préalable, constitue une violation additionnelle de leurs droits en tant que peuples autochtones, y compris de leurs droits à l’autodétermination et au consentement libre, préalable et éclairé.

FEPIKBHSAM est dans l’attente d’une réponse, par l’intermédiaire du groupe de travail créé récemment, aux demandes territoriales des communautés membres de la fédération, et espère que le gouvernement saisira cette occasion pour établir des politiques qui respectent les droits et les territoires des peuples autochtones, mettant ainsi un terme à l’état d’urgence environnementale qui affecte les communautés.