Le FPP exhorte la Colombie à protéger la vie d’un défenseur des droits humains d’ascendance africaine

Clemencia Carabalí Rodellaga
Clemencia Carabalí Rodellaga

Le FPP exhorte la Colombie à protéger la vie d’un défenseur des droits humains d’ascendance africaine

La militante colombienne d’ascendance africaine Clemencia Carabalí Rodellaga a travaillé sans relâche pour s’assurer du respect des droits de son peuple, et en particulier des droits des femmes et des jeunes filles. Ce travail précieux pour la communauté – qui s’étend sur plusieurs communes du Nord du Cauca, a entraîné de graves menaces pour sa vie et celle de ses enfants.

En tant que partisan de longue date du Palenke Alto Cauca et de la population des communes où travaille Clemencia, le Forest Peoples Programme a rédigé une lettre exhortant l’Unité de protection nationale de Colombie à accorder à Clemencia les plus hauts niveaux de protection possibles, afin qu’elle puisse continuer l’importante tâche qu’elle mène. Elle ne veut pas quitter son territoire ancestral, ce qui est l’objectif ultime des menaces qu’elle et d’autres membres de son organisation, l’Association municipale des femmes (ASOM), ont reçues.

En effet, malgré la signature des accords de paix en 2016, le nombre de meurtres et de menaces contre des dirigeants sociaux est en hausse au cours des derniers mois, et les dirigeants autochtones et d’ascendance africaine des zones reculées et rurales sont les populations les plus affectées. Le rapport annuel 2017 du programme « Sommes Defensores » estime qu’un dirigeant social a été assassiné tous les trois jours depuis la signature des accords de paix entre le gouvernement Santos et les FARC-EP. Jeudi dernier 5 juillet, le médiateur colombien a publié un rapport d’alerte précoce qui montrait que depuis janvier 2016, 282 défenseurs des droits humains et dirigeants sociaux ont été tués en Colombie. Par ailleurs, l’Organisation nationale des peuples autochtones de Colombie, ONIC, estime que depuis les accords de paix, les Autochtones ont été victimes de 59 assassinats, 153 menaces, 5 112 déplacements de masse et forcés, 8 238 cas d’emprisonnement, 9 cas de torture, 25 recrutements forcés, et 19 attaques, pour un total de 13 615 violations des droits humains.

Cette situation alarmante a donné lieu à des déclarations et condamnations publiques de la part du Bureau des droits de l’homme des Nations Unies en Colombie, ainsi que de la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, Victoria Tauli-Corpuz, qui a déclaré que :

« Depuis la signature des accords de paix en Colombie, le pays a été le théâtre d’un regain de violence épouvantable et d’assassinats à l’encontre de dirigeants autochtones et défenseurs sociaux et des droits humains. Plus de 100 personnes ont été tuées depuis le début de 2018, dont 19 rien que le mois dernier [juin]. Nous ne devons pas nous taire face à cette détérioration de la situation en matière de droits humains. Je joins ma voix à celle de ceux qui appellent le gouvernement colombien à prendre des mesures urgentes pour mettre un terme au meurtre de dirigeants autochtones et des droits humains ».

Le 6 juillet, des veillées à la bougie ont été organisées dans toute la Colombie afin de rendre hommage aux victimes du conflit armé interne qui se poursuit, et condamner le manque de responsabilité de l’État concernant ces atrocités après une semaine particulièrement violente d’assassinats. Les dirigeants sociaux se préparent à davantage de violence lorsque le président entrant Iván Duque prendra ses fonctions en août.

Clemencia est l’un des nombreux défenseurs des droits humains qui s’expose à des risques dans la campagne pour ses terres ancestrales. Les communautés affectées et les organisations sociales en Colombie, ainsi que leurs alliés comme le FPP ont à maintes reprises contesté l’impunité des personnes et des intérêts liés à l’assassinat de Fernando Salazar Calvo, un dirigeant autochtone embera chami membre du Resguardo Indígena Cañamomo Lonaprieta, assassiné le 7 avril 2015 pour avoir défendu les droits autochtones en matière d’exploitation de l’or sur le territoire ancestral.