Venezuela : la politique minière menace les terres autochtones

Venezuela : la politique minière menace les terres autochtones

Le Venezuela fait la une de l’actualité internationale principalement dans des reportages consacrés à l’effondrement de l’économie du pays et aux mesures de plus en plus répressives du Président Nicolas Maduro pour s’accrocher au pouvoir malgré la majorité remportée par l'opposition au Congrès. L’envers de ces réalités retient moins l’attention. Dans un effort visant à relancer une économie chancelante et à glaner des soutiens auprès de la population rurale démunie et appauvrie, le gouvernement a annoncé l'année dernière de nouvelles mesures pour ouvrir à l’exploitation minière une grande partie du sud du pays, appelée Arco Minero Orinoco

Cette politique constitue une grave menace pour les peuples autochtones du sud du pays, qui s’y sont opposés avec véhémence depuis son annonce. Des déclarations publiques dénonçant l’ouverture de leurs terres à l’exploitation minière ont été faites par les organisations autochtones qui représentent les femmes autochtones, les peuples autochtones des États d’Amazonas et Guayana, et les organisations locales de peuples autochtones des Sanema, Yanomami, Ye’kuana, Pemon, Eñepa, Yabarana, Warekena, Kurripaco, Baniba, Yeral, Hiwi et Wottoja (Piaroa). Elles ont bénéficié de l’appui d’un grand nombre d’ONG, d’universitaires, d’experts environnementaux et de groupes de défense des droits humains, ainsi que de celui des politiciens de l’opposition au Congrès. Des plaintes ont également été envoyées à la Commission interaméricaine des droits de l’homme. Elles indiquaient en quoi la politique minière viole les obligations en matière de droits humains du Venezuela en vertu du droit international.

La Constitution du Venezuela et sa loi sur les peuples autochtones garantissent les droits des peuples autochtones, y compris leurs droits de posséder et contrôler leurs terres et territoires (habitat) et leur droit d’accorder ou refuser leur consentement libre, préalable et éclairé concernant les activités sur leurs terres. Cependant, le gouvernement a fait obstruction de manière répétée à la reconnaissance des revendications foncières de ces peuples. Les groupes nationaux de défense des droits humains estiment que seuls 12 % environ des droits fonciers autochtones se sont vu attribuer un titre foncier.

Les détails de l'application de la nouvelle politique minière n’ont pas été rendus publics. Cependant, la presse indique que des concessions d’exploration et d’exploitation minières auraient déjà été offertes à des entreprises minières internationales, jusqu’à 150 d’entre elles, de 35 pays, y compris de Chine, du Canada, des États-Unis, d’Italie et de RDC, pour l’extraction d’or, de diamants, de coltan, de fer et de bauxite. Par ailleurs, l’exploitation minière illégale extensive se poursuit dans de nombreuses régions du pays, notamment sur les territoires des peuples Pemon et Akawaio dans l’est, sur les territoires des peuples Caroni et Paragua, Ye’kuana et Sanema le long du cours supérieur du fleuve Caura et dans de nombreuses régions autochtones dans l’État d’Amazonas. Quelques 150 000 mineurs illégaux, beaucoup venant de Colombie et du Brésil, travailleraient dans le sud du pays, soutenus par la collusion avec les forces de sécurité locales et les guérillas armées. Ces mines ont déjà un effet dévastateur sur les peuples autochtones et leurs forêts et les écosystèmes en général. La pollution au mercure fait des ravages, le paludisme transmis par les moustiques a progressé, il est fait état de la prostitution de femmes autochtones, et des menaces de mort ont été proférées contre des dirigeants autochtones qui s’opposent aux mineurs. 

Comme l’a indiqué une femme autochtone dans une réunion publique :

L’exploitation minière ne détruit pas seulement l’environnement, elle nous détruit nous, femmes autochtones, et détruit les peuples autochtones.

Paradoxalement, la politique minière du gouvernement gauchisant n’est pas nouvelle. Au début des années 1970, le parti démocrate-chrétien de droite (COPEI) avait annoncé une initiative similaire, intitulée la Conquista del Sur (CODESUR – la Conquête du Sud), dans laquelle la construction de routes, le développement industriel et l’industrie agro-alimentaire dans les États d'Apure, Guayana et Amazonas, serait entraînée par l’exploitation minière. Même si certaines grandes centrales hydroélectriques, mines de bauxite et fonderies d’aluminium virent le jour, le gouvernement centriste qui prit le pouvoir après les élections de 1974 revit rapidement les ambitions de la CODESUR. La protection de l’environnement se vit accorder la priorité, les routes de pénétration à travers les forêts tropicales furent emportées, les plans encore plus fous de dérivation du fleuve des promoteurs de l’énergie hydraulique furent archivés, et jusqu’à 45 % des deux États du sud furent classés comme aires protégées. D’ici la moitié des années 1990, l’illégalité de toute exploitation minière dans l’État d’Amazonas fut décrétée. Aujourd’hui, avec une économie basée sur le pétrole en ruine dans le nord du pays, les politiciens placent une nouvelle fois leurs espoirs dans l’exploitation minière de l’intérieur.

Marcus Colchester

 

Liens utiles :

http://venezuelaoriginaria.blogspot.co.uk/2017/02/garimperios-brasilenos-amenazan-de.html#!/2017/02/garimperios-brasilenos-amenazan-de.html 

http://www.forestpeoples.org/region/south-central-america/venezuela