Des leaders autochtones de la communauté de Santa Clara de Uchunya enquêtant sur l’invasion et la destruction de leurs forêts échappent à une tentative d’assassinat

Santa Clara
Santa Clara
By
Ivan Flores Rodriguez

Des leaders autochtones de la communauté de Santa Clara de Uchunya enquêtant sur l’invasion et la destruction de leurs forêts échappent à une tentative d’assassinat

Le 11 décembre, une délégation de la communauté de Santa Clara de Uchunya,  accompagnée de représentants de la Fédération des Communautés Natives de Ucayali (Federation of the Native Communities of Ucayali - FECONAU) et de l’Institut de Défense Légale (Instituto de Defensa Legal - IDL), a conduit une visite de terrain afin de confirmer les rapports informant d’invasions sur leurs terres cultivées par des membres de la communauté, près des berges de la rivière Aguaytia.

Lorsqu’ils se sont approchés du site, trois coups de feu ont été tirés sur la délégation par les envahisseurs. Un des envahisseurs est connu des membres de la communauté comme étant un « homme de main » en lien avec les opérations de la compagnie d’huile de palme (actuellement connue sous le nom de Ocho Sur Pe SAC), qui a converti une zone de presque 7,000 hectares de forêt en plantation d’huile de palme sur les terres communautaires, sans le consentement de la communauté.

Edinson Mahua, représentant de FECONAU, a été éraflé par une balle et souffre de blessures mineures. Les membres de la délégation ont courageusement approché les envahisseurs et les ont défiés. Les envahisseurs ont répondu que leur présence était connue de l’Agence Agraire Régionale (Regional Agrarian Agency) et qu’ils étaient en phase de valider leurs certificats de propriété sur 620 hectares de terres forestières.

Les 7,000 hectares de terres actuellement convertis en plantation d’huile de palme ont été obtenus par l’utilisation du même modus operandi que celui auquel les envahisseurs faisaient référence, par lequel des invasions de terres sont suivies de publications frauduleuses de titres par les autorités agraires, la conversion de terres en propriétés privées et leur vente à la compagnie d’huile de palme facilitant ainsi l’accumulation de presque 7,000 hectares de forêt et de sa conversion en plantation d’huile de palme.

Un membre de la communauté qui a pris part à la délégation s’est exprimé sur le dernier incident : « Notre forêt primaire est en train d’être détruite par ces trafiquants de terres. Après, ils vont vendre ces terres à la compagnie d’huile de palme. Nous sommes  maintenant entourés par eux de tous côtés. Nous sommes une île mais nous croyons pouvoir récupérer nos terres, les restaurer et que ces criminels iront en prison pour ce qu’ils ont fait ».

La tentative d’assassinat est le dernier incident en date dans une site de violentes menaces contre les leaders et les soutiens de la communauté de Santa Clara de Uchunya qui se sont opposés à l’accaparement de leurs terres traditionnelles pour les convertir en huile de palme, ce qui a commencé sérieusement en 2013. Plusieurs appels à la protection des leaders vulnérables ont été faits, cependant, jusqu’à aujourd’hui, la protection de la police a seulement été accordée à un membre de la communauté de Santa Clara en août 2017, et n’a toujours pas été mise en oeuvre.

La cause latente du conflit se trouve dans la pratique de l’Agence Régionale Agraire de Ucayali (Regional Agrarian Agency in Ucayali - DRAU) qui continue de publier des certificats de terres au bénéfice de « colonisateurs » qui s’installent sur les terres traditionnelles des communautés. Ces titres fonciers sont ensuite vendus à la compagnie d’huile de palme. De telles pratiques sont communes dans l’Amazonie péruvienne et sont en lien avec un réseau criminel puissant de traffic de terres qui opère dans la région de Ucayali et qui est au coeur de nombreux conflits fonciers actuels. Malgré son engagement à protéger les forêts et les territoires autochtones, le gouvernement péruvien, que ce soit au niveaux national ou régional, a échoué de manière historique à reconnaître légalement les territoires autochtones, et environ 20 millions d’hectares de terres autochtones restent en attente d’attribution de titres.

Le gouvernement péruvien a échoué à créer ou à mettre en oeuvre des garanties permettant d’éviter que ces territoires non protégés ne soient attribués à des tiers tandis que les peuples autochtones sont en attente d’attribution de titres fonciers. Les communautés autochtones comme celle de Santa Clara ainsi que l’organisation FECONAU appellent le gouvernement péruvien à répondre de manière urgente à ces demandes de titres fonciers. En même temps, ils demandent l’introduction de mesures permettant de bloquer la publication de droits au bénéfice de tiers tant que l’attribution de titres reste en attente en accord avec les obligations légales péruviennes de protéger les droits territoriaux des peuples autochtones.

Les members de la communauté font référence de manière répétée au cas du meurtre de quatre leaders ashaninka de la communauté de Saweto en 2014 et insistent sur leur insatisfaction : « Devons-nous mourir pour que l’Etat décide de résoudre nos problèmes ? »

Pour plus d’information, voir ici : http://www.forestpeoples.org/en/featured-topic/struggle-shipibo-communi