Les communautés wampis tiennent l’entreprise pétrolière étatique pour responsable de la pollution dans l’Amazonie péruvienne

Petroperu
Petroperu

Les communautés wampis tiennent l’entreprise pétrolière étatique pour responsable de la pollution dans l’Amazonie péruvienne

Les dommages environnementaux aux terres de deux communautés autochtones wampis du nord-est du Pérou sont en train d’être réparés après des années de contamination pétrolière sur leur territoire.

Les communautés autochtones Fernando Rosas et Arutam continuent de lutter pour obtenir des compensations suite aux problèmes de santé de longue date et aux problèmes liés à l’eau potable sur les terres traversées par le pipeline NorPeruano, exploité par l’entreprise pétrolière étatique Petroperú. 

Pendant des décennies, les villageois des deux communautés wampis, dont les terres traditionnelles se trouvent dans le bassin versant du fleuve Morona dans la région de Loreto dans l’Amazonie péruvienne, subissent les effets des déversements d’hydrocarbures provenant d’une station de pompage située à proximité. Leurs plaintes répétées contre Petroperú, l’entreprise pétrolière étatique, ont été systématiquement rejetées.

José Peña Cachique, un dirigeant de Fernando Rosas, a expliqué à la presse péruvienne que ce n’est que plus récemment, en avril 2017, que le gouvernement a été contraint de les prendre au sérieux lorsque sa communauté, avec l’aide du Gouvernement territorial autonome de la nation wampis (GTANW), du Forest Peoples Programme (FPP) et de l’Institut de défense juridique (IDL), a pu faire analyser des échantillons de terre et d’eau. Ces analyses ont apporté des preuves irréfutables d’une grave contamination de l’eau due au pipeline NorPeruano.

Les résultats accusateurs de ces analyses ne suffisaient pas, et la communauté a été obligée de déposer une plainte formelle auprès de l’autorité de contrôle du pétrole, l’Organisme d’évaluation et d’application environnementale (OEFA). Depuis, l’OEFA et Petroperú se sont rendus dans les communautés affectées afin de prélever des échantillons supplémentaires.

Étant donné que les visites n’ont pas abouti à des mesures pour s’attaquer aux problèmes de santé des communautés et à leurs demandes d’eau potable et de réparations, 200 membres de la communauté de Fernando Rosas ont décidé d’occuper la station de pompage de pétrole n° 4 le 24 avril 2018. Petroperú a d’abord publié une déclaration dénonçant l’occupation et affirmant, à tort, que les manifestations se tenaient en réponse à une coupure de courant. Au moment où les manifestations ont été interrompues le 27 avril, l’entreprise pétrolière et les ministères du gouvernement concernés par la contamination avaient accepté d’entamer un dialogue afin de trouver des solutions. 

Wampis communities impacted by oil pollution continue their long fight to secure justice. Credit: Dan Haworth-Salter.

Wampis communities impacted by oil pollution continue their long fight to secure justice. Credit: Dan Haworth-Salter.

Une délégation composée de dirigeants et de représentants des communautés du GTANW ont ensuite rencontré l’entreprise à Lima en mai et présenté leurs revendications. Celles-ci comprenaient la réparation des dommages environnementaux au ruisseau Shifeco et au fleuve Morona, qui constituent les principales sources d’approvisionnement en eau pour les deux communautés, l’installation d’une pompe à eau fonctionnant parfaitement afin de remplacer le système qui fonctionne mal fourni par Petroperú, un accès garanti des communautés à de l’eau propre, et l’établissement d’un centre de santé dans la région.

Les Wampis ont depuis obtenu des engagements favorables de la part de Petroperú, qui a entamé les réparations sur leur territoire et s’est engagée à fournir une pompe à eau pour les deux communautés. Néanmoins, le contexte plus général est moins encourageant : Petroperú refuse toujours d’accepter ses responsabilités et de compenser les communautés affectées le long du pipeline. L’entreprise a clairement signalé cette position la semaine même de son dialogue avec les Wampis, lors duquel elle a annoncé avoir fait appel d’une résolution historique de l’OEFA de décembre 2017, qui jugeait que Petroperú devait effectuer des interventions de maintenance sur le pipeline en lien avec la contamination aux hydrocarbures à Morona et Imaza. 

À la fin du mois de juin, il a été annoncé que Petroperú avait temporairement renversé cette décision, en prenant l’OEFA en défaut sur un aspect technique mineur. L’OEFA doit maintenant déposer une nouvelle fois la plainte afin de s’assurer que Petroperú soit tenu pour responsable des marées noires. Par ailleurs, Wrays Perez Ramirez, Pamuk (Président) du GTANW, a constaté que la population locale perçoit un salaire insignifiant pour la réalisation des travaux difficiles et dangereux de nettoyage de la contamination aux hydrocarbures. 

Après plusieurs réunions avec le Ministère du logement au sujet de l’approvisionnement en eau potable de Fernando Rosas et Arutam, les Wampis attendent actuellement une réponse du Conseil des Ministres du gouvernement, responsable de la coordination entre les ministères concernés et Petroperú, afin de parvenir à une solution. Pendant ce temps, le Ministère de la santé s’est engagé à établir un centre de santé à Fernando Rosas. 

Wrays Perez Ramirez, Pamuk du GTANW, a déclaré : « Au moment où nous saluons cette avancée pour les communautés affectées par la contamination causée par le pipeline, avancée qui est le résultat des efforts des communautés et de leurs alliés, une question demeure : pourquoi les autorités nationales ont-elles ignoré les peuples de Fernando Rosas et Aurtam pendant si longtemps, même lorsque la pollution se produisait juste à côté de la station de pompage de Petroperú ? Pourquoi a-t-il fallu si longtemps aux autorités pour résoudre le problème des communautés ? »

Juan Carlos Ruiz Molleda, coordonnateur du programme des peuples autochtones d’IDL, souligne : « Il existe une procédure clairement définie (établie dans le Décret suprême 081-2007-EM), qui précise ce que l’État doit faire dans ce type de situation d’urgence, et notamment que les autorités concernées se rendent dans la région, appliquent des mesures pour assurer l’approvisionnement en eau potable, et octroient des compensations pour les dommages provoqués par la contamination. Cependant, dans ce cas ces mesures n’ont été que partiellement respectées et les communautés affectées ont été obligées de lutter à chaque étape pour que l’État s’acquitte de ses responsabilités fondamentales ».
 

Remarques :

  • La pollution aux hydrocarbures dans le nord de l’Amazonie péruvienne remonte au début des activités d’Occidental Petroleum dans les bassins versants de Tigre, Corrientes, Pastaza et Maranon en 1971.
  • Pendant ces presque 50 années d’activités, les organisations autochtones n’ont eu de cesse de dénoncer les fuites des pipelines, les fuites de déchets toxiques, et le déversement à grande échelle dans les fleuves des eaux de production à forte teneur en baryum à des températures allant jusqu’à 90 degrés Celsius. Rien qu’en 2005, on estime que Pluspetrol a déversé l’équivalent d’environ 1,1 million de barils de déchets dans le fleuve Corrientes, le fleuve Tigre, le fleuve Pastaza et le fleuve Marañon. Ces activités ont eu des effets dévastateurs pas seulement sur les territoires des peuples autochtones, mais aussi sur leur santé et sur les animaux et les poissons qui constituent la base de leur alimentation. 
  • Malgré les nombreuses protestations et manifestations et des preuves en grand nombre, ce n’est qu’en 2012 que le gouvernement a établi une commission intersectorielle pour enquêter sur l’étendue des dégâts. En mai 2014, la commission conclut à « une urgence en termes de santé et d’environnement » dans les quatre bassins versants.
  • Les concessions pétrolières et gazières couvraient plus de 80 % de l’Amazonie péruvienne en 2012, et leurs activités, qui entraînent des déversements fréquents depuis les pipelines, sont responsables d’une détérioration grave des forêts et de la biodiversité et des écosystèmes qui y sont associés.