Qu’adviendra-t-il des Sengwer et du projet WaTER de l’UE ?

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Qu’adviendra-t-il des Sengwer et du projet WaTER de l’UE ?

Le 17 janvier 2018, l’UE a suspendu son projet de château d’eau WaTER au Kenya, suite au décès d’un membre de la communauté sengwer, Robert Kirotich, perpétré par le Kenya Forest Service (KFS), et de sa vive condamnation par trois rapporteurs spéciaux des Nations Unies. Les violences subies par les Sengwer aux mains du KFS se sont poursuivies, mais plusieurs événements et rapports qui ont suivi les faits ont souligné qu’une refonte complète du projet WaTER financé par l’UE est nécessaire avant qu’il ne puisse reprendre. 

Après les réunions de janvier rassemblant les Sengwer, des députés du Parlement européen et de hauts représentants de la DEVCO de l’UE à Bruxelles, le Vice-président du Parlement européen a obtenu des engagements de la part de l’UE [lien vidéo de la réunion du Comité de l’UE : 3.07.12 - 3.13.09], quatre processus et rapports clés ont été produits : 

  1. 20 avril : l’UE termine l’examen à mi-parcours du projet WaTER, désormais disponible sur le site web de la délégation de l’UE au Kenya. L’examen est accompagné d’explications des raisons pour lesquelles le projet WaTER reste suspendu ;
  2. 30 avril : le groupe de travail pour la gestion des ressources forestières et les activités d’exploitation forestière au Kenya du gouvernement kényan juge que le KFS a exploité et détruit les forêts qu’il était supposé protéger. Son enquête a mené au limogeage du Directeur du KFS et de nombreux autres dirigeants du KFS. Les habitants des forêts se sont exprimés avec vigueur dans la presse nationale quant à la nécessité d’une révision complète de l’approche du Kenya à la conservation des forêts : Peter Kitelo pour les Ogiek de Chepkitale, au Mont Elgon, et Paul Kiptuka, Président de la communauté des Sengwer d’Embobut ;
  3. 15 mai : Amnesty International publie son rapport Families Torn Apart: Forced Evictions of Indigenous People in Embobut Forest, Kenya, fruit d’une longue enquête de trois ans portant sur les violences commises par le KFS contre les Sengwer, à Nairobi ;
  4. 15 juin : la Commission nationale des droits de l’homme du Kenya (KNCHR), une commission indépendante du gouvernement kényan, présente un rapport consacré à la situation des Sengwer au Secrétaire du cabinet chargé de l’environnement et des forêts. Il faisait suite à son enquête approfondie sur le meurtre de Robert Kirotich et plus généralement les violences commises par le KFS contre les Sengwer. Son rapport percutant rend compte des violences du KFS à l’encontre des Sengwer. Il est disponible ici sur le site web de la délégation de l’UE.

Le Ministère et le KFS justifient les incendies répétés contre les maisons des Sengwer en disant qu’ils se débarrassent uniquement des bandits, et affirment par ailleurs que si les Sengwer sont à Embobut, ils s’y trouvent illégalement, et qu’ils doivent donc être traités comme des bandits. 

Malgré cela, les Sengwer d’Embobut et les Ogiek de Chepkitale, au Mont Elgon, continuent de souligner le fait que la Constitution reconnaît leurs droits communautaires sur leurs terres ancestrales. Ils disent clairement que si ceux qui sont au pouvoir s’intéressent à la conservation des forêts plutôt qu’à l’exploitation, alors persister avec une approche à la conservation coercitive qui a échoué n’a aucun sens. Au lieu d’écarter ceux qui s’engagent de longue date pour prendre soin de leurs terres et de les remplacer par une institution dont même le groupe de travail du gouvernement indique qu’elle a exploité et détruit ces forêts, le gouvernement a la possibilité de travailler aux côtés des communautés qui habitent les forêts, en les aidant à vivre sur leurs terres ancestrales et à protéger leurs forêts et l’acheminement de l’eau pour le reste du Kenya.