Citoyenneté : La situation des peuples autochtones de la forêt au Cameroun

International Women's Day march
International Women's Day march

Citoyenneté : La situation des peuples autochtones de la forêt au Cameroun

Aujourd'hui, à l'occasion du 70e Anniversaire de la Déclaration Internationale des Droits de l'homme, la Plateforme Gbabandi a publié sa Déclaration et Rapport sur la citoyenneté des peuples autochtones des forêts au Cameroun. Plus de 50 représentants de communautés autochtones, de la société civile camerounaise et du gouvernement se sont réunis à Yaoundé pour ce lancement qui s'inscrit dans un dialogue national sur les droits des peuples autochtones des forêts et l'accès à la citoyenneté.

Le droit à une citoyenneté reconnue – un élément clé du droit à la nationalité, l’un des droits humains – est non seulement un droit à part entière, mais aussi la base de l’obtention d’autres droits civils, économiques, sociaux et culturels. Au Cameroun par exemple, au moins l’un des documents clés attestant de la citoyenneté – l’acte de naissance, la carte nationale d’identité, et la carte d’électeur – est nécessaires pour pouvoir inscrire un enfant à l’école, jouir de la liberté de circulation dans le pays, voter, entamer des procédures judiciaires, postuler à des emplois, et autres activités essentielles. Il est cependant bien connu depuis longtemps que de nombreux membres des communautés autochtones des forêts du Cameroun ne seraient pas en possession de documents prouvant leur citoyenneté, et ne peuvent donc pas jouir non plus, de manière disproportionnée, d’autres droits juridiques.

Mais il est difficile de comprendre réellement l’étendue et la nature exacte du problème à cause du manque d’informations directes sur cette problématique, et en particulier de l’absence de données ventilées récoltées ou publiées par le gouvernement camerounais. Grâce à une collecte de données auprès de 40 communautés autochtones de la forêt – environ 24 % de la population autochtone de la forêt estimée – à l’aide des outils du Navigateur Autochtone, la présente étude a tenté de combler ces lacunes. Les données récoltées donnent une représentation de la manière dont les communautés elles-mêmes évaluent l’état (collectif) d’une série de problématiques liées aux droits humains, et donnent un donnent des exemples de situations concrètes de la situation.

Ce rapport présente les résultats de la collecte de données sur l’état de la citoyenneté en particulier, et examine les causes du manque d’accès à cette dernière. Les résultats ont révélé que :

  • environ 69 % des enfants autochtones de moins de cinq ans n’ont pas été enregistrés au moment de leur naissance – la moyenne nationale est de 31 % ;
  • près de la moitié des adultes (un peu plus de femmes que d’hommes) ne sont pas en possession de documents valides attestant leur citoyenneté.

Plusieurs raisons ont été suggérées pour expliquer ce manque d’accès à la citoyenneté. Parmi les plus importantes : la distance que doivent parcourir les communautés autochtones afin de se rendre dans les bureaux d’état civil (où se fait l’enregistrement des naissances et où sont établies les cartes nationales d’identité) ; les coûts (directs et indirects) liés à l’obtention de tels documents ; et la complexité des procédures à suivre (en particulier pour ceux dont la naissance n’a pas été enregistrée et qui doivent donc entamer des procédures judiciaires pour obtenir un acte de naissance). Des taux d’alphabétisation faibles et un manque de connaissances du rôle et de la fonction des documents de citoyenneté parmi les communautés autochtones sont d’autres facteurs aggravants.

Il est dans l’intérêt de tous les citoyens du Cameroun d’inclure les Peuples autochtones en tant que participants actifs et légitimes pour l’avenir du pays. Donner accès à des documents prouvant leur citoyenneté à tous ses citoyens est par ailleurs une obligation de l’État du Cameroun. Reconnaissant ceci, le gouvernement a fait une priorité de la cible 16.9 des Objectifs de développement durable, qui a pour but l’obtention d’une identité légale pour tous d’ici 2030, y compris un enregistrement gratuit des naissances. Ce rapport formule une série de recommandations pour sa mise en oeuvre pour les Peuples autochtones de la forêt du Cameroun, et la Plateforme Gbabandi se réjouit d’ores et déjà de pouvoir collaborer avec le gouvernement pour faire de la citoyenneté pour tous une réalité.

 

Citoyenneté au Cameroun
Citoyenneté au Cameroun