Forest Voices – La tournée ambitieuse de musiciens baka au Cameroun

Forest Voices – La tournée ambitieuse de musiciens baka au Cameroun

Des musiciens baka ont il y a peu achevé une tournée ambitieuse dans le sud du Cameroun avec le soutien d’un projet du FPP, d’OKANI et de l’UE au Cameroun.

Depuis plus d’une décennie, Global Music Exchange (GME), établi au Royaume-Uni, travaille avec l’Orchestre Baka Gbiné, un groupe de musiciens baka qui viennent de la forêt tropicale du sud-est du Cameroun. Leur album Gati Bongo sorti en 2006 figure toujours au hit-parade des musiques du monde d’iTunes, et un documentaire de Channel 2 consacré au groupe est régulièrement diffusé à la télévision camerounaise.

L’Orchestre Baka Gbiné est le seul groupe du Cameroun entièrement composé de Baka, et est bien connu par les communautés baka du pays. GME avait déjà effectué une tournée pilote « Forest Voices Tour » en 2014 avec l’orchestre. Cette tournée avait fait étape dans cinq villages baka pour une série de concerts suivis de la diffusion d’un film dans chaque communauté. Les Baka sont marginalisés et discriminés par les agriculteurs bantu et les autorités locales car ce sont des « Pygmées ». GME a donc également donné la possibilité à tout membre des communautés qui le souhaitait de s’exprimer devant la caméra à propos des problèmes rencontrés par ces communautés.

Les communautés qui vivent dans les environs de plusieurs aires protégées, comme la Réserve Dja au sud-est du Cameroun, ne peuvent plus mener leurs vies traditionnelles dans la forêt et sont forcées de vivre dans des villages situés en bord de route. Voir un groupe de Baka et entendre des Baka parler de manière approfondie des problèmes qui leur sont communs a donc été très stimulant.

Étant donné que la première tournée ne s'était rendue que dans un petit nombre de communautés, cette deuxième tournée en décembre 2015 fut beaucoup plus ambitieuse, et prévoyait d’inclure des villages dans une vaste région du sud-est du Cameroun, desservis par des routes non asphaltées accidentées, souvent bloquées par des camions de transport de bois en panne, une boue profonde ou des ponts détruits.

Le FPP et OKANI, une ONG baka établie à Bertoua, ont appuyé la tournée en fournissant les transports et en contribuant aux dépenses des musiciens. Le FPP tenait à ce que les musiciens se rendent dans les communautés du massif forestier de Ngoyla-Mintom dans le sud, où une grande mine de minerai de fer et une proposition de construction d’une voie de chemin de fer de 500 km vers l’Atlantique menacent de provoquer de graves effets sur les communautés forestières. OKANI a proposé de faire étape dans plusieurs autres communautés baka dans le sud, notamment Assok, où un festival culturel baka avait lieu. Après avoir reçu l’information que la route utilisée pour l’exploitation forestière reliant Ngoila à Mbalam était praticable, un itinéraire de Abong Mbang à Djoum via Lomie a été tracé, pour revenir par Yaoundé pour un dernier concert.

Au début, la tournée se heurta à quelques problèmes. À la dernière minute, le Sous-préfet de Moloundou décida de ne pas délivrer les documents de voyage pour couvrir les musiciens qui ne possédaient pas de cartes d’identité (qui semblent être impossibles à obtenir à Moloundou parce qu’un trop grand nombre finissent entre les mains de réfugiés centrafricains). Le groupe composé de Gbine et de GME s’est néanmoins mis en route et, après explication, a réussi à franchir les contrôles routiers pour arriver à Yokadouma où, après un retard de 24 heures, le Préfet a finalement délivré une belle collection de lettres imprimées qui constituaient des laissez-passer.

Ce retard entraîna l’annulation du premier concert. Puis la rupture d’un embrayage les obligea à conduire toute la nuit jusqu’à Mintom, où ils arrivèrent avec 12 heures de retard. Quelques couche-tard qui avaient attendu toute la nuit firent signe au bus de s’arrêter, ce qui fit rapidement sortir les gens de chez eux. Ne souhaitant pas décevoir un public fidèle, le groupe s'installa en plein air entre les maisons et la route et donna un premier concert magnifique, même s'ils étaient un peu fatigués, à environ 8 heures et demie du matin. Si le jour empêcha la projection du film, quelques interviews furent filmées avant de remballer et charger le bus pour la prochaine étape à Bosquet, à proximité de la Réserve de Dja.

À partir de ce moment-là, tous les concerts se déroulèrent comme prévu. L’attrait des musiciens baka, dont beaucoup avaient entendu parler ou qu'ils avaient même vu à la télévision, garantit un public nombreux lors de tous les concerts, bien qu'ils fussent organisés dans de petits villages. Après la musique, le public principalement composé de Baka fut captivé par la collection de films de GME qui étaient tous en Baka et narraient des histoires traditionnelles, la vie traditionnelle des Baka, ou montraient des personnes qui discutaient des situations actuelles. Des clips vidéo avec en vedette des Baka furent également diffusés. Certains avaient même été filmés dans les communautés où ils furent projetés. Voir et entendre d’autres Baka parler ouvertement de problèmes communs à tous les Baka fut extrêmement stimulant et encouragea les personnes à enregistrer leurs points de vue pour que d'autres puissent les écouter.

La tournée fut également une occasion pour les musiciens baka de créer un réseau avec d’autres communautés baka. Un partage d’idées eut lieu et des nouvelles furent transmises selon la tradition séculaire des artistes comme porteurs de nouvelles. Il était également intéressant d’observer les similitudes et les différences entre les différentes communautés. Dans toutes les communautés, les Baka étaient asservis à la population bantu, mais à des degrés très différents. Les villages du sud, en particulier entre Mbalam et Djoum, disposaient d’une quantité beaucoup plus importante de viande d’animaux sauvages, ce qui montre que les Baka ont dans cette région un accès plus important à la chasse en forêt que les Baka situés plus à l'est, dans les environs de la Réserve de Dja et dans la région de Moloundou qui comprend les parcs nationaux Lobeke, Boumba Bek et Nki. Des incidents dans les villes d'Abong Mbang, Yokadouma et Ayos ont également porté à l’attention du groupe les attitudes racistes de nombreux habitants des villes à l’égard des Baka.

Dans l’ensemble, ce fut néanmoins une expérience très positive pour toutes les personnes concernées, grâce à des accueils chaleureux dans toutes les communautés, de nouvelles amitiés et de nouveaux liens entre les communautés. Une lueur d'espoir a été introduite dans l'esprit de nombreux Baka par des Baka.

GME travaillera avec les enregistrements vidéo et audio réalisés pendant la tournée au cours des prochains mois. Le matériel de la tournée 2014 et d'autres morceaux de musique de Baka sont disponibles sur :

Le site web de Global Music Exchange: http://globalmusicexchange.org/

Le site web de la tournée de Forest Voices: http://forestvoices.com/

Des vidéos de Baka sur la chaîne YouTube Baka Beyond: https://www.youtube.com/user/bakabeyond

En 2016, le FPP et l’Association Okani lancent une nouvelle action financée par l’ENRTP de l’UE dans l'est avec la communauté gbine et plusieurs autres communautés baka autour de Mambelé pour consolider la gouvernance communautaire, le respect du régime foncier coutumier et des droits d'utilisation, et surveiller toute violation de ces droits par des aires protégées, des projets d’infrastructures, des concessions d’exploitation forestière, et des projets REDD+.