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Le cyclone Aila dévaste les côtes du Bangladesh – une autre victime du changement climatique ?

1 Août, 2009

Le 25 mai, le cyclone Aila a balayé les villages des usagers des ressources traditionnelles de la forêt des Sundarbans au Bangladesh. Des catastrophes comme Aila (2009) et Sidr (2007) ont contraint plus d'un million de personnes à abandonner leurs foyers et quitter leurs régions. Kushal Roy, chargé de recherche principal du partenaire de FPP, Unnayan Onneshan, rend compte des destructions causées par le passage d’Aila.Il s’interroge pour déterminer si les tendances climatiques, dont la volatilité est croissante, sont le résultat direct du changement climatique mondial.

 Le cyclone destructeur Aila a frappé la région côtière du sud-ouest du Bangladesh et la côte orientale de la province voisine du Bengale-Occidental en Inde le 25 mai 2009 à midi.

Les districts de Satkhira et Khulna ont subi les destructions les plus importantes, et neuf autres districts ont également été gravement frappés.

Selon les statistiques officielles, près de quatre millions de personnes ont été touchées et le 3 juin 2009, l'on recensait officiellement 190 morts. Un nombre très élevé de têtes de bétail ont péri et près de 2000 km de routes ont été entièrement ou partiellement détruits. Des milliers d'hectares de cultures ont été anéantis.

Près de 2000 km de digues côtières (appelées " polder " dans la région) ont été endommagés, causant d'effroyables inondations sur une vaste échelle. La diarrhée s'est déclarée et l'on a fait état de presque 50 000 personnes malades.

Toutefois, les sources non officielles confirment que ces chiffres devraient au moins être multipliés par deux.

Aila a donné lieu à des migrations en masse. A ce jour, plus de 35% des communautés touchées ont migré de façon permanente vers les régions septentrionales et vallonnées.

Les dégâts principaux ont été causés par les inondations qui ont pénétré à travers les digues déjà affaiblies le long des districts touchés. Les communautés ont expliqué que les activités associées à l'élevage des crevettes, telles que la pratique fréquente d'ouverture des digues pour amener l'eau salée dans les étangs à crevettes, ont affaibli des digues en terre vieilles d'un demi-siècle, causant leur rupture sous l'effet des vagues provoquées par le cyclone. L'ensablement des lits des rivières ainsi que le rapide affaissement côtier ont également contribué à provoquer des vagues plus hautes et une pression accrue sur les digues.

La zone est encore détrempée, entraînant la salinisation du sol et des eaux intérieures. Par conséquent, l'agriculture de la région est fortement menacée et une grave pénurie d'eau potable se fera bientôt sentir à travers la région.

Au cours de ces dernières décennies, les habitants ont fait face à de fréquentes catastrophes telles qu'Aila, et des dérèglements climatiques mondiaux ont été constatés. Les données du département météorologique révèlent que la fréquence des cyclones frappant la côte du Bangladesh a augmenté de manière régulière depuis les années 90, alors que les vitesses des vents varient entre des extrêmes de forte et de faible intensité. Le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a indiqué que ce phénomène pourrait être causé par le réchauffement de la surface de la mer dans le Golfe du Bengale.

Des catastrophes comme Aila (2009) et Sidr (2007) ont contraint plus d'un million de personnes à abandonner leurs foyers et à quitter leurs régions. Le manque de préparation du Bangladesh, sa capacité décroissante à lutter contre les catastrophes, ainsi que l'absence de capacité des personnes à faire face aux désastres peuvent avoir contribué à l'ampleur des destructions. Toutefois, l'on craint que le changement climatique mondial puisse également contribuer à la gravité des conditions climatiques, démultipliant ainsi les souffrances des personnes.

Etant donné le rythme actuel des cyclones qui frappent la côte du Bangladesh, l'on s'attend à une aggravation dans le futur, avec pour conséquence des migrations à plus grande échelle et une augmentation des communautés sans terres.

Pour faire face, le gouvernement du Bangladesh aura besoin de plus de main d'œuvre qualifiée, d'une planification plus effective, d'une économie plus forte, d'études plus approfondies, de ressources accrues et d'infrastructures renforcées et adéquates. La collecte de données relatives aux manifestations du changement climatique et à son impact au niveau local, l'accent mis sur les connaissances écologiques locales et l'innovation traditionnelle ainsi que l'analyse du niveau de préparation des communautés sont des éléments essentiels de la planification nécessaire pour lutter contre les impacts du changement climatique.

Et, ce qui est plus important, il est vital que les peuples locaux participent pleinement à la définition des politiques et aux programmes traitant des impacts, de la réduction et de l'adaptation au changement climatique. L'adaptation au niveau des communautés devrait donc être un principe central de l'action contre le changement climatique au Bangladesh.

 

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