« C’est important pour les Baka d’avoir un espace forestier où ils peuvent mener leurs activités »

Michel Mbengo

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Nadia Stone/FPP

« C’est important pour les Baka d’avoir un espace forestier où ils peuvent mener leurs activités »

Michel Mbengo a déménagé à Assoumindelé 2 en 2011, lorsqu’il s’est marié. Il dit qu’il utilise la petite parcelle de terre qu’on lui a donnée comme « forêt communautaire »   pour vendre du bois, mais il voudrait pouvoir mener d’autres activités. Il explique ainsi :

Michel Mbengo

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Nadia Stone/FPP

« Quand CAFT et WWF sont arrivés, il était environ 6 heures du soir. Ils ont appelé trois personnes - le chef et deux autres. Nous leur avons demandé ‘pourquoi nous enlevez-nous de notre communauté ? Pourquoi ne tenez-vous pas une réunion communautaire ? Nous ne savons pas ce qu’est une forêt communautaire. Vous devez nous l’expliquer à nous tous rassemblés.’

« WWF a commencé le projet de forêt communautaire dans la région mais ils n’ont pas informé les Baka sur le sens de ce projet, par exemple, qu’est-ce qu’un hectare ? Pour gérer une forêt communautaire, nous devons en connaître les systèmes. A présent, nous aurons une forêt communautaire, mais nous ne saurons pas comment la gérer. »

« Quand ils sont arrivés, ils ont dit que la première année, ils allaient commencer par délimiter la forêt communautaire. Ils ont dit qu’ils continueraient la délimitation année après année, nous octroyant un peu plus de terre chaque année - jusqu’à atteindre les 5.000 hectares prévus.

“Ils ont proposé de nous donner 2.000 CFA par jour pour que allions délimiter la terre. Je leur ai dit que 2.000 CFA, ce n’était pas beaucoup d’argent pour le travail que nous allions accomplir. Ils ont dit que c’était vrai mais qu’ils ne nous donneraient pas plus, et que l’argent était seulement pour nous trois, qui irions avec eux délimiter la terre.

« Je leur ai dit que trois personnes, ce n’était pas assez pour quelque chose qui concerne tout le monde, et que nous avions besoin de plus de personnes impliquées. Donc nous étions six au final. Ils ont également demandé à quatre personnes de Seh, car les gens de Seh ont dit qu’ils feraient également partie de la forêt communautaire et qu’ils devaient être impliqués.

« Ils ont accepté cela.

« Nous avons campé la nuit avant et avons commencé les travaux le matin. Nous avons délimité une zone de 1500m x 1500 mètres. Nous avons fait un carré, puis ajouté des piliers que nous avons peint en rouge pour délimiter la zone.

« La terre est bonne. C’est une forêt primaire. Il y a tous les arbres utilisés par les Baka et elle n’a jamais été travaillée avant, mais la « forêt communautaire » est une mauvaise chose.  L’idée est bonne, et cela aurait été bien d’avoir notre propre forêt ici, mais ça ne va pas parce que les Baka d’Assoumindelé 2 ont déjà leur forêt ici et que notre nouvelle forêt communautaire est dans la forêt de Seh. Les Baka de Seh disent déjà que c’est « leur terre ». Il va y avoir des problèmes.

« Cela prend 10 km pour arriver à Seh, et de Seh à la forêt, il y a encore 2 km. Nous avons tenu une réunion là-bas et les gens de Seh ont dit que c’était leur forêt, près de leur village, où ils mènent leurs activités. Ce n’est pas bien.

« Personne ne veut accepter ça. Il y aura seulement quelques personnes qui iront travailler là-bas. Ils vivront là-bas et travailleront là-bas, mais ce sera difficile.

« Notre forêt communautaire sera utilisée par Assoumindelé 2 et Seh, et plus de 200 personnes l’utiliseront. Même si nous voulions l’utiliser, 1,500m2 c’est trop petit. Il n’y aurait pas assez de production pour nous tous sur l’année. Ce n’est pas pour planter des cultures, c’est pour les produits forestiers - pour vendre du bois.

« L’idée des Baka est de délimiter les 5.000 hectares en entier et de décider après quoi faire avec la forêt. Nous aimerions pouvoir conserver quelque chose comme 2.000 hectares pour la conservation des produits - pour conserver la forêt intacte. Cela pourrait être fait avec le soutien du projet PES (paiement de services écosystèmes). Ce serait une gestion durable de la forêt. Nous pouvons prendre la forêt en charge et être payés pour cela. Les Baka ont dit que ce serait une bonne idée de garder la forêt intacte ; c’est important pour les Baka d’avoir un espace forestier où mener leurs activités.

« A la place de ça, CAFT et WWF ne nous donnent pas toute la somme en une seule fois. WWF a dit que c’était mieux de donner une petite partie de la somme à la fois, car cela permet de surveiller la zone et de s’assurer que personne d’autre ne l’exploite. Cela signifie que la forêt communautaire fonctionnera comme une plantation. Quand nous enverrons quelqu’un travailler dans la forêt, nous devrons aussi envoyer quelqu’un pour le surveiller nuit et jour car sinon il fera ce qu’il veut, et avec la distance nous ne pouvons pas le surveiller de près. Ici, nous pouvons surveiller plus facilement ce qui se passe.

« La forêt communautaire Bantu commence depuis la route à côté de notre village et continue sur 5 km jusqu’à la nouvelle réserve Ngoyla-Mintom, et inclut notre village. Les Bantu et les Baka ont fait une réunion mais ça n’a pas beaucoup de poids car ce n’était pas une rencontre officielle. Durant la réunion, ils ont dit que nous pouvions toujours travailler nos champs mais sans couper les arbres ; que les arbres étaient pour eux. Ce n’est pas aussi simple que ça. S’il y a un arbre dans mon champ et que les Bantu veulent le couper, il va tomber et détruire mes cultures.

« Je pense que c’est une trahison car au final il y aura des problèmes ; nous ne pourrons pas travailler nos champs pour longtemps. Nous changeons de champs régulièrement pour garder la qualité du sol intacte, mais nous ne pourrons pas faire ça et donc ça ne va pas durer, rien ne poussera.

« L’autre problème c’est que toutes nos activités - la pêche, la chasse, la cueillette - se passent en général dans ce qui va à présent constituer la réserve, et ça sera difficile de les continuer.

« L’idée était que les Baka puissent mieux gérer leurs affaires en ayant leur propre forêt communautaire. Les Baka veulent avoir leur propre forêt communautaire car s’ils partagent avec les Bantu, ils sont toujours perdants. Les Bantu trichent et les Baka se retrouvent avec moins de production. »

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