Appels à une protection accrue des droits autochtones dans le secteur agro-industriel en Asie du Sud-Est

Malaysia forest destruction
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Camilla Capasso/FPP

Appels à une protection accrue des droits autochtones dans le secteur agro-industriel en Asie du Sud-Est

« Pour les peuples autochtones, l’environnement est étroitement lié à chaque aspect de leur vie et de leur survie. Ils sont les piliers de la bonne gouvernance de l’environnement ». C’est avec ces mots que Tan Sri Razali Ismail, de la Commission des droits humains de la Malaisie (SUHAKUM), a salué les participants à la 6e Conférence de l’Asie du Sud-Est sur les droits humains et l’agro-industrie.

Organisée à Kota Kinabalu, la capitale de l’État de Sabah, en Malaisie, les 3 et 4 novembre, la conférence réunissait des représentants des six commissions des droits humains de l’Asie du Sud-Est, d’organisations régionales et nationales des droits humains, de grandes organisations du secteur privé et d’ONG, ainsi que des représentants des peuples autochtones et des communautés.

L’événement, co-organisé par le Réseau des peuples autochtones de Malaisie (JOAS), est le dernier événement en date d’une série de réunions organisées par le Forest Peoples Programme en collaboration avec des institutions nationales des droits humains d’Asie du Sud-Est au cours des cinq dernières années, et avait pour objectif d’examiner des moyens de rendre les obligations en matière de droits humains contraignantes pour les entreprises transnationales et nationales de l’agro-industrie, par le biais de réformes nationales.

Une attention particulière a été accordée à l’ « approche juridictionnelle » à la certification de l’huile de palme, dont Sabah est pionnier avec l’appui de la Table ronde pour une huile de palme durable (RSPO). Cette approche innovante appliquera la norme de la RSPO à tous les producteurs de l’État et l’objectif est de veiller à ce que d’ici 2025, l'ensemble de l'huile de palme produite à Sabah, qui représente 12 % de la production mondiale, soit durable et certifiée par la RSPO. Datuk Darrel Webber, Directeur général de la RSPO, a déclaré que l’approche comporterait plusieurs avantages, notamment l’identification des zones à haute valeur de conservation et des sites contenant des stocks de carbone élevés, et des connaissances accrues concernant les procédures de FPIC. Les participants ont émis des recommandations concrètes afin de s’assurer que le processus respecte les principes relatifs aux droits de l’homme et aux entreprises des Nations Unies, tout en s'attaquant à la position marginalisée qu’occupent les peuples autochtones et les communautés locales auprès des institutions gouvernementales aux niveaux local et régional.

Avant la conférence, certains participants se sont joints à deux missions exploratoires organisées par JOAS, Partners of Community Organisation (PACOS) et Sabah Environmental Protection Association (SEPA), dans le but d’examiner les difficultés que rencontrent les communautés à Pitas et Bigor, à Nabawan, Sabah, à cause du développement de projets fonciers dans la région.

« Les visites à Pitas et Bigor ont été l’occasion pour les communautés de chercher des solutions pour ces régions », a déclaré Jannie Lasimbang, Secrétaire générale de JOAS. « Le message que nous souhaitons transmettre est que nous sommes en faveur de l’agro-industrie, mais dans le respect des normes internationales ».

Suite aux missions exploratoires, les participants à la réunion ont appelé le Ministre principal de Sabah à tenir compte des appels des communautés de Pitas, dont les terres ont été prises par un projet d'élevage de crevettes qui entraîne la destruction des mangroves et la disparition des moyens de subsistance des peuples locaux. Ils ont également appelé à la révision de la loi sur les « titres communautaires », afin d’éliminer les vides juridiques dont il est fait un mauvais usage afin de favoriser la prise de contrôle des terres communautaires par des entreprises sans consultations adéquates et sans obtenir le consentement des communautés.

Après quatre jours de discussions, de séminaires et d’enquêtes sur le terrain, les participants ont publié une résolution appelant à des moratoires pour mettre un terme à la distribution de concessions dans la région, tant que les conflits existants n'auront pas été résolus. Les participants ont constaté que les conflits fonciers provoqués par l'expansion de l'agro-industrie prolifèrent et ont préconisé une interruption de l'octroi de licences, dans l'attente que les droits fonciers des communautés et des peuples autochtones soient garantis.

Camilla Capasso