Violations des droits humains et agro-industrie – Que justice soit faite immédiatement pour les communautés affectées !

Violations des droits humains et agro-industrie – Que justice soit faite immédiatement pour les communautés affectées !

Des groupes de défense des droits humains inquiets se sont réunis à l’occasion de la 5e Réunion régionale sur les droits humains et l’agro-industrie en Asie du Sud-est

Les incendies de forêt ravageurs en Indonésie et les nombreuses exécutions extrajudiciaires liées aux accaparements de terres de l’agro-industrie dans toute l’Asie du Sud-est ont fait les gros titres dans le monde entier. Ces violations choquantes des droits humains fondamentaux des peuples ont contraint des groupes de défense des droits humains préoccupés à se rassembler à l'occasion de la 5e Réunion régionale sur les droits humains et l’agro-industrie en Asie du Sud-est les 5 et 6 novembre 2015 à Puerto Princesa, sur l’île de Palawan aux Philippines.

Parmi les 93 participants figuraient des représentants des Commissions nationales des droits humains du Myanmar, de Malaisie, d’Indonésie, de Thaïlande et des Philippines ainsi que des organisations de la société civile préoccupées et des membres de communautés affectées par les accaparements de terres de l’agro-industrie. Il s’agit de la 5e réunion d’une série de réunions (en Indonésie en 2011, au Cambodge en 2012, en Thaïlande en 2013 et au Myanmar en 2014) rassemblant un réseau d’acteurs concernés qui œuvrent ensemble afin de faire changer les choses sur le terrain en fonction de leurs mandats respectifs. Face aux violations continues des droits humains par les agro-industries transnationales et nationales, l’élaboration de cadres juridiques plus solides et le renforcement des moyens permettant de tenir les entreprises pour responsables sont devenus plus importants que jamais.

Accaparements de terres et destruction des forêts à Palawan, la dernière frontière écologique des Philippines (pour plus de renseignements, veuillez consulter le communiqué de presse de CALG et du FPP)

Les membres des communautés des municipalités de Bataraza et Española ont rappelé aux participants à la réunion la nécessité urgente de mettre un terme aux violations flagrantes des droits humains commises par l’agro-industrie sur l’île de Palawan, et de les réparer. Ils s’étaient rendus à Puerto Princesa afin de témoigner de la façon dont leurs droits avaient été violés par plusieurs entreprises du secteur de l'huile de palme qui poursuivent l'expansion de leurs plantations de palmier à huile sur les terres des communautés sans leur consentement libre, préalable et éclairé (FPIC).

Une mission d’enquête qui a précédé la réunion régionale, dirigée par l’ONG de Palawan Coalition Against Land Grabbing (CALG) et la Commission des droits humains des Philippines (CHRP), avait révélé des accaparements de terres et une destruction des forêts systémiques par les entreprises du secteur de l’huile de palme, détenues en partie par des investisseurs malaisiens et singapouriens. Des documents examinés par les enquêteurs mettaient en évidence la complicité des fonctionnaires pour usurper les terres des peuples autochtones. La Commission nationale sur les peuples autochtones (NCIP) du gouvernement des Philippines a annoncé qu’elle délivrerait une injonction pour mettre fin aux opérations de la société concernée, puisqu’elle avait opéré en violation des dispositions de la loi sur les droits des peuples autochtones, qui indique que les terres ne peuvent être prises qu’avec le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones et avec la participation de la NCIP.

John Mart Salunday, membre du conseil de la CALG et Président de NATRIPAL, la fédération des peuples autochtones de Palawan, a expliqué les effets catastrophiques de l'expansion du palmier à huile :

« C’est comme si les membres des communautés affectées par le palmier à huile mouraient petit à petit parce qu’ils ne disposent plus des plantes nécessaires pour se soigner. Avant, ils ne marchaient qu’une demi-heure pour trouver les matières premières servant à la construction de leurs maisons, à leur artisanat et aux plantes médicinales. Maintenant, ils doivent marcher une demi-journée jusque de l’autre côté de la montagne avant de trouver les plantes dont ils ont besoin ».

Appel à un moratoire sur l’huile de palme à Palawan et à une Cour régionale des droits humains pour l’Asie du Sud-est (voir Déclaration de Palawan)

Contrainte par la gravité attestée des violations des droits humains liées à l’expansion du palmier à huile à Palawan, la réunion a approuvé une récente pétition des membres affectés des communautés demandant un moratoire sur l’expansion du palmier à huile à Palawan.

De plus, la réunion a révélé qu’aux Philippines, mais aussi dans le reste de la région, les préoccupations croissantes relatives à l’accaparement des terres et aux investissements fonciers ne s’accompagnent pas de contrôles obligatoires et de normes exécutoires. L'attribution de grandes parcelles pour les plantations d'arbres pour le bois d'œuvre et l'agro-industrie continue d’avoir la priorité sur les droits, les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire locale des communautés, exacerbant davantage les inégalités croissantes dans la région. Les communautés frustrées par l'absence d'action du gouvernement pour défendre leurs droits portent de plus en plus fréquemment leurs affaires devant les instances internationales. Les participants à la réunion ont réitéré l’appel du Forum des institutions nationales de défense des droits humains d’Asie du Sud-est (SEANF) en faveur de l’établissement d’une cour régionale des droits humains au niveau de l’ASEAN ou de l’Asie.