Les peuples autochtones se mobilisent à Lima, mais la Conférence sur le changement climatique n’aboutit pas à des engagements en matière de droits

Cumbre de los pueblos
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FPP

Les peuples autochtones se mobilisent à Lima, mais la Conférence sur le changement climatique n’aboutit pas à des engagements en matière de droits

Publication de rapports sur la déforestation et audition tenue en présence de la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones

Les peuples autochtones ont occupé le devant de la scène à l’occasion de la CdP 20 de la CCNUCC à Lima en décembre 2014. Un dialogue international avec les gouvernements a eu lieu avant le début des négociations. Au même moment, des initiatives et des présentations étaient organisées pour souligner la nécessité de respecter les droits des peuples autochtones comme l’un des piliers d'une atténuation et d'une adaptation respectueuses de l’environnement et socialement justes.

Les peuples autochtones de l’Amazonie se sont rendus à Lima pour revendiquer leurs droits à la terre, aux territoires et aux ressources. Des méga projets, l’extraction des ressources et l’accaparement des terres ont été dénoncés comme étant des menaces significatives pour les forêts et les droits des peuples autochtones, alors que les systèmes de gestion traditionnels et les droits fonciers ont été identifiés comme des alternatives possibles. La criminalisation des mouvements autochtones fut un autre leitmotiv. Les noms de deux leaders autochtones - Edwin Chota, un Ashaninka du Pérou, et Jose Isidro Tendetza Antun, un Shuar d’Équateur – tués dans leur lutte contre l’exploitation forestière et minière, ont résonné dans le Pavillon des peuples autochtones, ainsi qu’à l’occasion de la Cumbre de los Pueblos, le Sommet des peuples pour la justice climatique.

Comme à l’accoutumée, les négociations qui ont eu lieu dans le cadre de la réunion officielle sur le climat ne se sont pas déroulées au même rythme que les mobilisations à l'extérieur. Les parties tentaient d’élaborer un projet de texte de négociation pour la CdP 21 de Paris qui se tiendra en décembre, à l’occasion de laquelle un accord contraignant sur le changement climatique devrait être adopté. Par conséquent, tout libellé ou toute référence à des engagements qui ralentirait ou retarderait les négociations ont été omis. Aucun engagement concernant les droits n’a été inclus dans l’Appel de Lima pour l’action sur le climat, et aucune norme qualitative visant à rendre compte des droits des peuples autochtones dans le cadre de REDD+ n’a été adoptée.

Après des négociations intenses  avec le Groupe des 77 (G77), les parties ont soutenu la nécessité de respecter les droits humains et les droits des peuples autochtones dans le préambule du nouveau projet d’accord. Dans ce contexte, les peuples autochtones – et le Forest Peoples Programme (qui soutient une délégation de leaders de RDC, de Panama, de Colombie, du Guyana et du Pérou) – ont travaillé aux côtés d’une coalition d’ONG pour plaider en faveur d’une approche aux politiques et programmes en matière de changement climatique fondée sur les droits.

Le FPP a publié des études de cas sur la déforestation et les droits des peuples autochtones, axées en particulier sur le Pérou, et lancé un rapport mondial sur la déforestation et les droits des peuples des forêts, sur la base des comptes rendus et des principaux résultats de l'atelier de Palangka Raya qui s’est tenu en mars de l’année dernière en Indonésie. Une audience globale des peuples autochtones sur la déforestation a également été organisée en collaboration avec l’AIDESEP au Musée des arts de Lima. En présence de leaders provenant du monde entier (et de la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, Vicky Tauli Corpuz), les menaces aux terres autochtones ont été dénoncées publiquement et des alternatives ont été proposées sur la base d'une cartographie participative (comme dans le cas des Wapichan au Guyana), des savoirs traditionnels et de l’auto-détermination.

Le travail doit se poursuivre dès maintenant et jusqu’à la conférence de Paris, de façon à s’assurer que les exigences clé des organisations de peuples autochtones soient reconnues et qu’elles obtiennent une réponse de la part des gouvernements. Le Forest Peoples Programme continuera à travailler avec ses partenaires et avec les mouvements de peuples autochtones pour appeler à la reconnaissance des droits dans tout nouvel accord sur le climat, en particulier dans le cadre des actions d’atténuation dans les forêts, en matière de droits fonciers, de consentement libre, préalable et éclairé, de reconnaissance des savoirs traditionnels, de participation pleine et effective des peuples autochtones aux pourparlers et actions sur le climat, et d’accès direct aux ressources financières.