Joie et déception vont de pair lors de la 10ème Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique

Jason Pan (Tara-Ping Pu) lisant la déclaration de clôture du FIAB à CdP10 de la CDB à 2h du matin, samedi 30 octobre 2010
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Joie et déception vont de pair lors de la 10ème Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique

Aux premières heures du jour, samedi 30 octobre, après deux semaines d’intenses sessions qui se sont poursuivies tard dans la nuit et de négociations de dernière minute, les Parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) ont adopté, lors de la 10ème Conférence des Parties (CdP10), un « paquet » qui consiste en un protocole sur l’accès et le partage des avantages, un nouveau plan stratégique, et une stratégie pour la mobilisation des ressources afin de mettre effectivement en œuvre la convention. En outre, plus de quarante autres décisions ont été adoptées, y compris des décisions en matière de : biodiversité et changement climatique ; aires protégées ; utilisation durable ; savoirs traditionnels, innovations et pratiques. Les peuples autochtones ont célébré certaines victoires, mais sont rentrés chez eux non sans quelques inquiétudes.

Deux semaines longues et intensives à Nagoya au Japon ont donné lieu à des discussions et à des négociations sur de nombreuses questions jusqu'au dernier jour de la CdP. Les peuples autochtones, réunis au sein du Forum international des peuples autochtones sur la biodiversité (FIAB), ont activement participé à presque tous les points de l’ordre du jour par leurs délibérations et leurs propositions.  

L’une des questions auxquelles le FIAB a pleinement participé était le développement du nouveau Plan stratégique de la CDB, qui consiste en une mission et en 20 objectifs visant à orienter l’action des Parties au cours de la décennie à venir. Un moment marquant de cette réunion a été la décision prise à l'unanimité par les Parties d'accepter l’objectif sur les savoirs traditionnels et l'utilisation coutumière, qui avait été préparé par les participants autochtones (objectif 18), et certaines Parties ont même fait remarquer qu’il était juste et logique de laisser les peuples autochtones décider de l’objectif relatif à cette question[1]. Les Parties se sont en outre engagées à promouvoir les contributions pleines et effectives des femmes, des communautés autochtones et locales, et des organisations de la société civile à la mise en œuvre des objectifs de la Convention et du Plan stratégique.  

Avec l’adoption du Protocole de Nagoya sur l’accès et le partage des avantages (« Protocole ABS ») [2], les gouvernements ont accepté de prendre des mesures aux niveaux national et international afin de faire respecter les droits coutumiers et humains des peuples autochtones, et de protéger leurs savoirs traditionnels en matière de ressources génétiques. Dans sa déclaration de clôture, le Forum international des peuples autochtones sur la biodiversité a toutefois souligné que beaucoup reste encore à accomplir pour mettre un terme à la biopiraterie. Le fait que le Protocole ABS et le Plan stratégique ne font que « prendre note » de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones est une déception pour les peuples autochtones. Ceci implique que le respect et la reconnaissance des droits des peuples autochtones en matière de biodiversité ne sont pas encore pleinement reconnus et acceptés par l’ensemble des Parties.    

Les autres décisions de la CdP10 contenaient elles aussi des résultats positifs ainsi que des résultats plus mitigés. Un Code de conduite éthique a été adopté afin de garantir le respect du patrimoine culturel et intellectuel des peuples autochtones et des communautés locales. De plus, l’utilisation coutumière durable par les peuples autochtones et les communautés locales a été reconnue comme étant essentielle pour l’utilisation durable et la conservation de la biodiversité. D’autre part, malgré les appels répétés du FIAB à accepter le lien primordial entre un régime foncier sûr et l’utilisation coutumière durable, les Parties n’ont pas reconnu ceci dans leur Décision traitant de l’utilisation durable de la biodiversité. Mais les peuples autochtones ne manqueront pas de saisir l’opportunité de ce nouvel accent mis sur l’utilisation coutumière dans le programme de travail révisé sur les savoirs traditionnels pour aborder à nouveau ce lien significatif dans les années à venir.  

Pour ce qui est des aires protégées, bien que certains accords positifs aient été stipulés en matière de gouvernance, de participation, d’équité et de partage des avantages, les peuples autochtones sont inquiets de l’intérêt accordé à l’expansion des aires protégées, alors que la mise en œuvre des accords sur la participation et les droits des peuples autochtones est encore problématique, et que le cadre de notification sur les aires protégées qui a été adopté lors de la CdP10 n’encourage pas suffisamment les gouvernements à informer sur les éléments clé relatifs aux peuples autochtones et aux aires protégées.

Il est déjà possible de distinguer certains aspects positifs et motivants, mais il faudra du temps pour évaluer pleinement ce que toutes ces décisions signifieront et comporteront pour les peuples autochtones et les communautés locales qui vivent au quotidien l’interaction avec la biodiversité.

Les résultats complets de la CdP10 de la CDB sont disponibles sur

Les documents finaux de la session plénière de la CdP10 (« documents L ») sont disponibles dans toutes les langues officielles des Nations Unies à l’adresse  

L’enregistrement vidéo de la session plénière finale de la CdP10 à Nagoya est disponible en anglais, japonais et français à l’adresse. La durée est de 230 minutes. La déclaration de clôture du Forum international des peuples autochtones sur la biodiversité, lue par Jason Pan de Tara-Ping Pu va de 184:49 à 189:15.

[1] Objectif18 : d’ici 2020, les savoirs traditionnels, les innovations et les pratiques des communautés autochtones et locales significatives pour la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité, ainsi que leur utilisation coutumière des ressources biologiques doivent être respectés, conformément à la législation nationale et aux obligations internationales pertinentes, et doivent être pleinement intégrés et pris en compte dans la mise en œuvre de la Convention, avec la participation pleine et effective des communautés autochtones et locales, à tous les niveaux concernés.

[2] Titre intégral : Protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation  

 

 

Peuples autochtones lors de la session de clôture de la CdP10 de la CDB, octobre 2010
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Peuples autochtones lors de la session de clôture de la CdP10 de la CDB pendant laquelle les décisions finales ont été adoptées
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