Un rapport publié par CEFAID conteste la validité des consultations menées au Cameroun dans le cadre de la proposition d’inscription de l'aire protégée du Tri-National de la Sangha (TNS) à la liste des sites du Patrimoine mondial

Un rapport publié par CEFAID conteste la validité des consultations menées au Cameroun dans le cadre de la proposition d’inscription de l'aire protégée du Tri-National de la Sangha (TNS) à la liste des sites du Patrimoine mondial

Le Tri-National de la Sangha (TNS) est une aire protégée, définie selon une approche fondée sur les paysages, qui s'étend sur trois pays : le Cameroun, la République centrafricaine (RCA) et la République du Congo. En 2010, ces trois pays ont proposé ensemble que cette aire figure parmi les sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette proposition fut examinée par le Comité du patrimoine mondial en juin 2011.

L’UICN, en tant qu'organe consultatif du Comité du patrimoine mondial chargé d’évaluer la proposition, a recommandé que la proposition du TNS soit différée. L’UICN a en effet considéré qu’une révision substantielle et une réévaluation complète ultérieure de la proposition s’imposaient. Mais la décision du Comité, prise en juin 2011, consista à renvoyer la proposition, ce qui signifiait que seules quelques informations supplémentaires seraient requises (et non une révision substantielle), et que la proposition pourrait être soumise à nouveau en 2012. Les raisons de la non-approbation de la première proposition avancées par le Comité du patrimoine mondial étaient notamment l’absence de consultations des peuples autochtones et des communautés locales affectées par le TNS. Cet élément représentait l'un des points de désaccord clé soulevés dans l'évaluation de l'UICN et l'une des objections contenues dans une déclaration faite par un grand nombre d’organisations de peuples autochtones et d’ONG. En effet, lorsque le FPP s’est rendu dans la partie centrafricaine de la TNS en octobre 2011, il a découvert que les peuples autochtones n’avaient jamais entendu parler de la proposition d’inscription à la liste des sites du Patrimoine mondial. Le Comité du patrimoine mondial a également demandé aux États parties d’ « évaluer l’application éventuelle de critères culturels au bien proposé (dans le cadre d’une proposition de bien mixte), pour tenir compte du riche patrimoine autochtone de la région ».

Suite à la décision du Comité, les autorités chargées de gérer le TNS, notamment le WWF et les gouvernements des trois pays, ont soumis à nouveau la proposition le 1er février 2012, au lieu d’attendre plus longtemps. Des consultations ont eu lieu en janvier 2012 avec certaines communautés autochtones en République centrafricaine et au Cameroun.

Le FPP n’a pas encore évalué la qualité des consultations dans le TNS, mais notre partenaire, Centre pour l'Éducation, la Formation et l'Appui aux Initiatives de Développement au Cameroun (CEFAID), fut invité à suivre les consultations au Cameroun. CEFAID a constaté que les consultations furent tout à fait inadéquates, et effectuées au dernier moment, juste avant que la proposition ne soit à nouveau soumise au Comité du patrimoine mondial. Il semble même que certaines réunions de consultations aient été tenues après la remise de la proposition. Par conséquent, il est évident qu’il aurait été très difficile de tenir compte de tout commentaire des communautés dans la proposition finale. Sept réunions étaient planifiées chaque jour, ce qui ne laissait pas suffisamment de temps pour des consultations et la transmission d’informations, et certaines réunions furent de très courte durée (moins de trente minutes). Les informations fournies pendant les réunions furent insuffisantes et ne comprenaient aucune explication relative aux risques potentiels de l’inscription à la liste du Patrimoine mondial pour les peuples autochtones et les communautés locales.

De plus, la plupart des communautés vivant dans le TNS n’ont pas été consultées et de vastes zones n’ont pas été visitées par l’équipe de consultation. Il semble qu’avant la tenue des consultations, les autorités avaient décidé de ne pas soumettre une nouvelle proposition pour ce bien en tant que site mixte, ce qui aurait permis de prendre en compte le riche patrimoine culturel de la zone, si bien que l’option d’une nouvelle proposition en tant que site mixte n’a pas été avancée lors des consultations au Cameroun et en RCA.

Le rapport de CEFAID a soulevé de graves inquiétudes concernant la validité des consultations relatives au site du Patrimoine mondial au Cameroun et pose des questions sur la qualité des consultations dans les deux autres pays concernés par le TNS. Les résultats du rapport indiquent que la représentation et la participation des communautés locales et autochtones au processus de proposition et à la gestion future, tel qu'exigé par le Comité du patrimoine mondial, n’ont pas été satisfaisantes. Le FPP et ses partenaires examineront si le Comité du patrimoine mondial accepte la nouvelle proposition du TNS et si les gestionnaires des aires protégées améliorent la participation des communautés autochtones à leur gestion au cours des prochains mois.