Partage des savoirs : des organisations autochtones du Suriname et du Guyana partagent leurs expériences en matière de cartographie des ressources communautaires et de planification de la gestion territoriale

Le Chef Grace Watamaleo, leader du village de Wan Shisha (Marijkedorp) dans le bas Marowijne, Suriname, présentant
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Caroline de Jong

Partage des savoirs : des organisations autochtones du Suriname et du Guyana partagent leurs expériences en matière de cartographie des ressources communautaires et de planification de la gestion territoriale

En mars 2013, une délégation de six membres de l’Organisation des peuples kalin’a et lokono de Marowijne (KLIM) du Suriname s’est rendue dans les régions du Sud-Central et de l’Extrême-Sud du Guyana pour effectuer une visite auprès des peuples wapichan et makushi (unis dans le cadre de SCPDA, l’Association pour le développement des peuples du Sud-Central), afin de partager des expériences et des approches en matière de cartographie des ressources communautaires et de planification de la gestion territoriale. Cette visite d’échange entre des partenaires du Forest Peoples Programme a démontré la grande valeur et les avantages de l’apprentissage intercommunautaire. Cette visite, voulue de longue date par KLIM et SCPDA, a été rendue possible grâce à une subvention de la Fondation Siemenpuu. 

En février 2012, SCPDA a publié une carte numérique révolutionnaire du territoire traditionnel wapichan au Guyana, ainsi qu’un plan cadre fournissant des détails concernant la préservation de ce territoire. Le plan et la carte font partie de la longue campagne des Wapichan pour la reconnaissance juridique de leurs droits à leurs terres traditionnelles, afin de protéger les ressources naturelles qu’elles renferment contre les menaces externes telles que l’exploitation forestière et minière et le développement de l’agro-industrie. Lors d’un atelier d’une durée de deux jours dans le benap (la salle de réunion traditionnelle du village de Shorinab), les membres de l’équipe de SCPDA ont expliqué à leurs « frères et sœurs du Suriname » comment ils ont élaboré le plan de gestion, et ont fait part de leurs expériences et des enseignements tirés lors de la préparation du plan, notamment des défis relatifs aux différentes phases de développement et aux premières étapes de mise en œuvre.   

KLIM a donné des informations à SCPDA concernant la situation au Suriname. Par exemple, elle a expliqué que les peuples autochtones du Suriname ne possèdent pas de titres fonciers reconnus sur leurs terres traditionnelles étant donné que la loi du pays ne tient pas compte des droits collectifs à la terre et que des étrangers ont acquis des titres individuels sur des zones autochtones. À cet effet, KLIM a déposé, en 2007, une communication auprès de la Commission Interaméricaine des droits de l’homme demandant son assistance pour réclamer les droits des peuples autochtones à leurs terres. Elle a également présenté les activités principales menées par KLIM, notamment la cartographie communautaire, les recherches historiques/de documents d’archives, les recherches au niveau communautaire sur les pratiques coutumières à Marowijne, des projets visant à consolider les autorités traditionnelles et à élaborer des modèles de constitutions villageoises, le renforcement des capacités des conseils de village, et la recherche sur les effets du changement climatique sur le territoire. Les équipes ont fait part des enseignements tirés et discuté des avantages et des inconvénients de certaines approches, méthodologies et séquences de travail. 

Les deux organisations ont fait part de quelques-unes des prochaines étapes prévues de leur travail, pour obtenir l’avis et les réactions de l’autre. Les activités futures comprennent la poursuite du dialogue avec leurs gouvernements, des projets communautaires de conservation, la formation des conseils des villages sur les compétences en matière de leadership, la surveillance environnementale communautaire, et des études et inventaires dans le domaine de la biodiversité.

Après l’atelier, la visite d’échange s’est poursuivie avec plusieurs visites et excursions sur le terrain sur le territoire des Wapichan, pendant lesquelles l’équipe de SCPDA a montré à KLIM différents sites et activités essentiels du territoire et des villages, tels que des sites relatifs à d’importantes propositions de conservation communautaire, des sites culturels, des activités éducatives, et des projets locaux de génération de revenu. L’équipe de KLIM a également eu l’occasion de rencontrer plusieurs leaders communautaires clé dans leurs villages. Pendant ces visites, les communautés ont pris le temps de discuter des points communs entre les activités des deux organisations locales et d’échanger des leçons et des idées.  

Parmi les principales observations et réflexions ayant émergé pendant la visite d’échange figurait le fait que les deux communautés sont confrontées à de graves défis relatifs au manque de reconnaissance juridique des droits fonciers, et à l’obligation de faire face à de longs processus qui requièrent de la patience et de la persévérance. Leurs cartes et le plan de gestion sont étroitement liés et doivent être continuellement mis à jour ; il est important de posséder des compétences internes pour réaliser cela, puisque de nombreux aspects techniques entrent en ligne de compte. Les deux partenaires ont souligné que des leaders forts avec une vision et un engagement à travailler à long terme sont essentiels, et que des leaders ayant des intentions cachées et d’autres intérêts peuvent porter atteinte aux aspirations collectives, et que par conséquent des autorités traditionnelles solides sont cruciales. L’un des enseignements tirés par KLIM de l’approche de SCPDA est que même dans un territoire collectif, il est important de convenir des limites de chaque zone villageoise, et de décider ensemble et en interne à qui incombe la responsabilité de chaque zone.  

Les amitiés et l’étroite solidarité qui se sont tissées entre des peuples autochtones voisins furent un élément réconfortant de la visite d’échange, et il a été convenu que SCPDA et KLIM continueront à se soutenir et à renforcer réciproquement leurs capacités à l’avenir. Pour ce qui est de la réalisation d’évaluations/études approfondies sur les espèces, SCPDA possède déjà une plus grande expérience dans ce domaine et a reçu une formation et l’aide d’importantes organisations internationales. Ces spécialistes wapichan/makushi ont proposé d’effectuer une visite et de partager leurs connaissances avec KLIM en temps utile, comme étape ultérieure de la consolidation de la solidarité intercommunautaire.   

À la fin de la visite, Nicholas Fredericks, coordinateur de SCPDA, a déclaré que la visite de KLIM sur son territoire avait été un honneur et un plaisir pour SCPDA, et qu’il avait été très intéressant de recevoir des informations concernant les activités et les approches de KLIM. Il a également dit qu’il espérait que SCPDA pourrait contribuer au travail de KLIM et avoir un effet sur ses activités. KLIM et SCPDA ont souligné que ce lien entre les peuples du Bas-Marowijne et de Rupununi sera renforcé et se poursuivra, et que le partage d’expériences continuera. KLIM a vivement remercié SCPDA et la population de Shorinab pour leur accueil chaleureux et leur hospitalité, et les a invités à effectuer une visite dans le Bas-Marowijne quand ils le désirent. Le coordinateur de KLIM, George Awankaroe, a dit que le voyage avait été très exigeant, avec un planning très chargé, mais très précieux, passionnant et stimulant, et qu’il avait jeté les bases d’une amitié et d’une collaboration plus étroite.  Il est à espérer qu’une étroite collaboration entre les peuples autochtones au niveau international contribuera à atteindre les meilleurs résultats possibles pour les communautés et l’environnement.

Des organisations autochtones du Suriname et du Guyana ont échangé leurs connaissances pendant une échange
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Louise Henson