FPP Bulletin d'Information Février 2012 (PDF Version)

FPP E-Newsletter February 2012
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FPP Bulletin d'Information Février 2012 (PDF Version)

Chers amis,

Trouver un équilibre entre le besoin des êtres humains de moyens de subsistance décents et l’impératif de protection de notre environnement est probablement le plus grand défi que notre planète doit relever. Cette lutte entre « développement » et « conservation » se déroule lors des négociations politiques mondiales, et les décisions de ceux que l’on appelle les décideurs politiques s’imposent sur le terrain. Mais tout ne vient pas ou ne devrait pas venir du haut. Des solutions durables émergent également du niveau local, depuis le bas.

Dans ce bulletin d’information, nous célébrons le merveilleux accomplissement du peuple wapichan qui, après dix ans d’efforts pour cartographier et convenir de la façon d’utiliser ses terres ancestrales au sud du Guyana, a publié un plan complet afin d’assurer les moyens de subsistance de son peuple et de préserver 1,4 millions d’hectares de forêt pour la conservation. Les Wapichan se tournent maintenant vers le Gouvernement du Guyana afin de protéger cette zone et de rendre ces plans effectifs. Cet exemple est tout à fait opposé au cas du Parc national Kaeng Krachang en Thaïlande, où les forces de sécurité ont mis le feu aux villages des Karen et brûlé leurs réserves de riz afin de les expulser de leurs forêts. Le FPP s’est joint aux Karen pour faire appel au Premier Ministre thaïlandais afin de mettre un terme à ces violations. Il s’agit d’un exemple de l’ancien « modèle de Yellowstone » de conservation par exclusion qui cherche à créer des étendues sauvages non habitées sur les territoires des peuples autochtones. Ce modèle de conservation a été rejeté par la plupart des conservationnistes au profit d’un « nouveau paradigme » qui respecte les droits d’un peuple dans les aires protégées. Une évaluation pilote du Parc national de Ob Luang au nord de la Thaïlande a été menée récemment, dans le cadre du nouveau « Mécanisme de Whakatane », pour déterminer jusqu’à quel point cette nouvelle approche y a été appliquée. L’équipe d’observateurs de l’UICN, du FPP, des communautés locales, des ONG locales et des autorités des parcs nationaux ont constaté que le personnel du parc national à Ob Luang a adopté une politique de gestion commune, accepté la présence des communautés karen et hmong dans le parc, et a soutenu explicitement les droits de ces communautés à leurs terres agricoles et à réguler l’utilisation durable de leurs forêts.

Pendant ce temps, de retour au sommet, les négociations sur le climat à Durban ont mené à des résultats mitigés. La conférence a convenu que les politiques pour réduire les émissions dues à la déforestation doivent aller au-delà des aspects liés au carbone, pour garantir les moyens d’existence et un partage juste des avantages. Mais les parties gouvernementales ont rechigné à accepter la surveillance des droits, qu’avaient demandée les peuples autochtones. Néanmoins, le Programme ONU-REDD est sur le point de finaliser sa directive sur la façon dont le consentement libre, préalable et éclairé devrait être respecté dans les programmes sur les forêts et le climat. En outre, une réunion régionale des institutions nationales des droits humains en Asie du Sud-Est, avec la participation des communautés concernées, des peuples autochtones et des ONG, a publié une Déclaration de Bali sur les droits humains et l’agro-industrie, qui appelle les États à protéger les droits des communautés et des peuples autochtones, ainsi que l’agro-industrie à respecter les droits humains. Fait encourageant, les banques internationales qui ont adopté les Principes de l’Équateur ont récemment affirmé qu’elles se conformeront aux normes de performance révisées de la Société financière internationale, qui requièrent le « consentement libre, préalable et éclairé » des peuples autochtones pour les projets prévus sur leurs terres.

L’application de ces normes sur le terrain est un défi de taille. En Indonésie, les communautés ne peuvent recourir au droit, puisque le pouvoir judiciaire n’est pas indépendant et que le cadre juridique est défavorable. Par conséquent, l’ONG Scale Up, partenaire du FPP, expérimente des processus alternatifs de règlement des litiges. Plus de 7000 différends fonciers enregistrés par le gouvernement sont présents aujourd’hui en Indonésie, et nécessitent d’être réglés au plus vite. À l’autre bout du monde, au Belize, des entreprises pétrolières avancent sur les terres des peuples maya sans leur consentement. Le « développement » et l’ « environnement » sont non seulement encore opposés, mais les politiques sont également toujours imposées par le haut, sans laisser de marge d’expression aux acteurs locaux. Le rôle du FPP, lorsque son support est demandé, est de soutenir ces peuples afin de s’assurer que leur opinion en matière d’utilisation des ressources dans leurs zones soit déterminante. C’est de cette façon que le « développement » et la « conservation » peuvent véritablement être équilibrés.

Marcus Colchester, Directeur