Le Forest Peoples Programme et ses partenaires thaïlandais et kényans rendent compte du 5ème Congrès mondial de la nature de l’UICN

Le Forest Peoples Programme et ses partenaires thaïlandais et kényans rendent compte du 5ème Congrès mondial de la nature de l’UICN

Avec l’aide généreuse de l’Initiative des droits et ressources (RRI) et de la Commission des politiques environnementales, économiques et sociales de l’UICN (CEESP), le Forest Peoples Programme (FPP) a soutenu ses partenaires thaïlandais et kényans afin qu’ils participent au 5ème Congrès mondial de la nature de l’UICN (WCC5) du 6 au 15 septembre à Jeju, en Corée du Sud. Fred Kibelio Ngeywo (du Projet de développement des peuples autochtones de Chepkitale, CIPDP, et de la communauté ogiek du Mont Elgon, au Kenya), Udom Charoenniyomphrai (Inter Mountain Peoples Education and Culture in Thailand Association, IMPECT), Kittisak Rattanakrajangsri (Indigenous Peoples’ Foundation for Education and Environment in Thailand) et Michael Kipkeu (Kenya Wildlife Service) ont contribué à soutenir des motions clé (voir rapports ci-dessous), et à présenter le Mécanisme de Whakatane qui a pour objectif de « prendre en compte et remédier aux effets des injustices historiques et actuelles dont sont victimes les peuples autochtones au nom de la conservation de la nature et des ressources naturelles ».[1] L'équipe du FPP a également participé à des ateliers clé sur les sites du patrimoine mondial et à toute une série d'événements parallèles.

Le FPP a parrainé la motion de l’UICN portant sur la Convention du patrimoine mondial et la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP)

Cette motion a été acceptée avec un libellé ferme, qui soulignait notamment le fait qu’il est nécessaire que le Kenya redresse la situation des Endorois. En outre, le FPP et ses partenaires ont contribué à s’assurer que la motion 007 concernant l’établissement d’une catégorie de membres et de vote dédiée aux organisations des peuples autochtones (OPA) au sein de l’UICN (pour cette catégorie il faudra attendre jusqu’au WCC6), et la motion 128 sur la mise en œuvre par l’UICN de la UNDRIP, (qui rappelait la motion du WCC4 sur la UNDRIP et avait pour objectif de garantir que la UNDRIP oriente des actions pertinentes de l’UICN) soient acceptées. La motion 128 saluait également «le  ‘Mécanisme de Whakatane’ comme une contribution significative aux activités ‘de conservation équitables et fondées sur les droits’ du Programme et à l’approche Un seul programme ».

Événement parallèle sur le Mécanisme de Whakatane : une approche multipartite à la résolution des conflits liés aux droits humains dans les aires protégées

L’événement parallèle d’une durée de deux heures sur le Mécanisme de Whakatane, auquel beaucoup de monde a participé, était axé sur « la prise en compte d’une gouvernance et d’une gestion équitable dans les aires protégées ». Comme l’a déjà indiqué ce bulletin d'information, le Mécanisme de Whakatane vise à favoriser le règlement des conflits dans les aires protégées en s’assurant que les pratiques de conservation respectent les droits des peuples autochtones et communautés locales. Il ne s’agit pas d’un recours juridique auprès de tribunaux nationaux ou régionaux, mais d'une solution intermédiaire qui a pour objectif de permettre aux parties d'éviter d'aller devant les tribunaux. Le Mécanisme est potentiellement plus rapide, beaucoup moins dispendieux, plus accessible qu’un recours aux tribunaux, et est plus propice à la construction de quelque chose de positif. Le Mécanisme n’est évidemment pas juridiquement contraignant pour ceux qui y prennent part (comme devrait l’être la décision d’un tribunal, du moins en théorie), et s'il ne permet pas d'avancer, la possibilité de recourir à un tribunal demeure.

Les participants à cet événement parallèle ont suivi la présentation de rapports concernant les résultats de deux évaluations pilotes du Mécanisme de Whakatane tenues à partir de 2011 : l’une au Mont Elgon au Kenya occidental et l’autre dans le Parc national de Ob Luang  au nord de la Thaïlande. Les participants ont vu comment ces évaluations pilotes ont contribué à des changements pratiques positifs dans ces aires protégées et comment les évaluations ont conduit à des changements politiques au niveau national.

Le docteur Janis Bristol Alcorn (membre de la RRI et co-présidente de la TGER de la CEESP de l’UICN) et Stewart Maginnis (Directeur général, Groupe des solutions basées sur la nature de l’UICN) ont clairement indiqué dans leurs introductions les progrès accomplis par l'UICN concernant le Mécanisme de Whakatane, et ont souligné l’importance de ces processus afin de s’assurer qu’une approche fondée sur les droits se généralise.

La présentation de l’évaluation pilote au Parc national de Ob Luang dans le nord de la Thaïlande s’est penchée sur les événements passés qui ont mené à la situation actuelle, et a souligné que les acteurs de la conservation sur le terrain ont reconnu les droits de la population locale et travaillé sur la base de ces droits, mais aussi qu'il était nécessaire de changer les politiques nationales afin de favoriser, au lieu d'entraver, une forme de conservation effective fondée sur les droits. La présentation montrait clairement que cette évaluation pilote avait contribué à rassembler les acteurs clés, dans le but de travailler à la réalisation de ce changement.

Au cours des présentations sur l’évaluation pilote au Mont Elgon, au Kenya, Stewart Maginnis, Ali Kaka (Directeur régional, UICN Afrique orientale et australe) et Justin Kenrick (Responsable de projet pour l’Afrique, FPP) ont tous souligné qu’il s’était agi d’affronter une situation apparemment inextricable et dangereuse. La présentation de Fred Kibelio Ngeywo a indiqué qu'une contribution essentielle au succès de l’évaluation pilote au Kenya avait été la volonté des Ogiek de s’engager de façon constructive avec les institutions mêmes qui les avaient expulsés de leurs terres ancestrales à Chepkitale, au Mont Elgon. Les présentations ont par ailleurs mis en exergue le rôle clé joué par Ali Kaka, avec sa capacité extraordinaire de rassembler tous les acteurs clé et de gérer conjointement le processus du Mécanisme de Whakatane avec le Forest Peoples Programme. De plus, Michael Kipkeu, du Kenya Wildlife Service, a débuté sa présentation par cette déclaration sans équivoque : « Chepkitale appartient aux Ogiek ».

Suite à la participation de l’équipe du FPP au WCC5, le Mécanisme de Whakatane occupe désormais une place beaucoup plus saillante dans le travail de l’UICN et bénéficie de retours d’expérience utiles. L'étape suivante consiste à passer à la deuxième phase, qui comprendra la collecte de fonds pour effectuer plus d'évaluations et améliorer et finaliser le Mécanisme afin qu'il puisse être lancé officiellement lors du Congrès mondial de la nature à Sydney en 2014, comme une grande initiative de l'UICN. La phase pilote a mis en place un processus et un cadre de travail très efficaces pour ce Mécanisme. Cette deuxième phase tentera d’assurer une contribution et un apport plus grands de la part des peuples autochtones et des communautés locales (par exemple au moyen d'une présentation au caucus autochtone lors de la CdP 11 de la CDB qui a lieu actuellement à Hyderabad, en Inde) et des organisations gouvernementales, non gouvernementales et de conservation, au cours d’activités qui continueront, nous l’espérons, à faire véritablement la différence pour les vies de ces peuples.

Pour en savoir plus concernant le Mécanisme de Whakatane et les évaluations pilotes au Kenya et en Thaïlande, consulter le site web : http://whakatane-mechanism.org/fr

[1] Accord et Plan d’action de Durban et Résolution 4.052