Rio+20 : des résultats mitigés constituent des défis de taille pour les droits et le développement durable

Un leader autochtone informe la Conférence internationale des peuples autochtones des effets néfastes du barrage de Belo Monte
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Tom Griffiths

Rio+20 : des résultats mitigés constituent des défis de taille pour les droits et le développement durable

Alors que les gouvernements n’adoptaient aucun engagement contraignant en matière de développement durable, les peuples autochtones du monde entier faisaient part de messages forts contre les modèles de développement dominants et en faveur du respect des droits humains, de l’auto-détermination, des cultures et savoirs traditionnels.

Vantée comme le plus grand événement des Nations Unies au cours des 20 dernières années, la Conférence Rio+20 sur le développement durable, qui s’est tenue à Rio de Janeiro du 20 au 22 juin, était considérée par beaucoup comme un échec annoncé, et par d’autres comme une étape positive dans le sens d’un renouvellement des engagements de l’ensemble de la communauté internationale en faveur du développement durable. Le document officiel adopté par les gouvernements (« L’avenir que nous voulons ») n’est en effet pas à la hauteur des avancées historiques obtenues il y a 20 ans, et est dépourvu d’engagements clairs et d’un calendrier de mise en œuvre. L’adoption des « Objectifs de développement durable », un engagement visant à promouvoir les moyens de mise en œuvre (notamment la révision des termes de l’échange, et l’augmentation de l’aide publique au développement (APD)) et à mettre à niveau les cadres institutionnels existants de gouvernance environnementale internationale, a été reportée à des négociations futures. Il n’aurait pu en être autrement, les résultats de Rio+20 étant issus d’un compromis entre les priorités divergentes des pays émergents, soit le G77, de l’Inde, de la Chine et des anciennes superpuissances économiques du G7.

Les résultats du sommet sont le reflet d’un monde partagé entre l’incapacité des gouvernements nationaux à se détacher des paradigmes dominants axés sur la croissance et à reconfirmer les principes et engagements adoptés en 1992, et l’appel généralisé des peuples autochtones et des mouvements sociaux en faveur d’approches alternatives au développement durable. Par conséquent, « L’avenir que nous voulons » comporte aussi bien des risques que des opportunités. Le document final reconnaît le concept d’économie verte (critiqué par beaucoup comme étant l’équivalent d’une commercialisation de la nature), mais reconnaît aussi que les pays peuvent s’engager dans des politiques économiques vertes différentes, et que toute transition vers des économies durables doit respecter les savoirs et les moyens de subsistance traditionnels, au-delà des simples valeurs du marché.

Le débat sur les forêts a été entamé à un stade avancé du processus de négociation qui a précédé Rio+20, et beaucoup ont eu le sentiment que le dialogue officiel de Rio+20 sur les forêts a été précipité et insatisfaisant (voir par exemple les commentaires d’un partenaire du FPP dans l’article 2 de ce bulletin d’information). Le résultat final fut un texte aride proclamant le rôle international, en matière d’élaboration des politiques forestières, joué par les organes des Nations Unies tels que le Forum des Nations Unies sur les forêts (FNUF) soutenu par des institutions financières internationales comme la Banque mondiale et le FEM dans le cadre du Partenariat de collaboration sur les forêts (PCF). Bien que le texte souligne l’importance de la consolidation du régime foncier dans l’amélioration des moyens de subsistance tributaires des forêts, les actions sont soumises à la législation nationale (qui, dans de nombreux pays, ne reconnaît toujours pas les droits fonciers coutumiers). Le rôle des peuples autochtones et des autres peuples de la forêt dans la préservation de la plupart des forêts du monde n’est pas reconnu explicitement dans le document final.

Malgré la forte résistance des communautés autochtones au Nord comme au Sud contre les activités extractives destructrices sur leurs terres, les gouvernements ont convenu que l’exploitation minière joue un rôle dans le développement économique, tout en notant que les activités minières doivent « limiter leur répercussions sur l’environnement et la société ». Pendant les négociations sur ce texte controversé, les peuples autochtones et les organisations des droits humains ont été vivement déçues d’apprendre que certains gouvernements cherchaient à éliminer le libellé sur les droits, et en fin de compte toute mention des droits a également entièrement disparu (si ce n’est le « doit souverain » des « pays » d’exploiter leurs ressources minérales !). Par ailleurs, de nombreuses organisations autochtones estimaient qu’il était tout à fait inadéquat d’inclure l’exploitation minière dans un accord sur le développement durable, étant donné que les activités d’extraction des ressources minérales non renouvelables sont, de par leur nature, non durables (utilisation de ressources finies).

Bien que les résultats officiels de Rio+20 n’intègrent pas pleinement une approche fondée sur les droits, ils incluent toutefois des références sans précédent au respect des cultures et savoirs traditionnels, à l’obligation d’assurer la participation pleine et effective des peuples autochtones et à l’importance des obligations et instruments internationaux tels que la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP).

Tout au long du processus préparatoire, les peuples autochtones ont réclamé la reconnaissance de leurs droits au développement autodéterminé comme approche alternative à la conservation environnementale et à la réduction de la pauvreté. Une plateforme commune des peuples autochtones sur le développement durable a été adoptée à Manaus en août 2011. Elle soulignait la reconnaissance de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) comme cadre essentiel pour le développement durable ainsi que le rôle de la culture comme quatrième pilier (outre les piliers social, environnemental et économique) du développement durable. La plateforme a également souligné l’obligation de protéger et de respecter les droits à la terre, aux territoires et aux ressources comme condition préalable au développement durable. Un dernier aspect tout aussi important souligné par les peuples autochtones est que Rio+20 doit reconnaître la contribution spécifique et cruciale des savoirs traditionnels et des économies locales différentes à l’éradication de la pauvreté et au développement durable, et leur rôle primordial pour les des économies vertes.

Les peuples autochtones se sont réunis à différentes occasions et ont pris part à de nombreuses actions et initiatives ainsi qu’à des événements parallèles avant et pendant le Sommet de Rio, tant au sein du RioCentro (lieu de l’événement officiel) qu’à l’extérieur. Certaines organisations autochtones se sont rassemblées dans l’espace Kari-Oca II pour réaffirmer le rôle clé de la culture et des valeurs des peuples autochtones, les droits de la Terre nourricière, et rejeter la tendance en faveur d’une « marchandisation » de la nature et des écosystèmes, prenant le contrepied du modèle « capitaliste » actuel. D’autres organisations autochtones d’Amérique latine et de l’Amazonie se sont réunies dans le cadre de « Campamento Tierra Libre y Vida Plena » pour lancer un appel à la reconnaissance des droits à la terre, aux territoires et aux ressources, en opposition à l’approche actuelle de la plupart des gouvernements d’Amérique latine ciblée sur l’intensification des activités extractives, la promotion des mégaprojets (tels que le barrage controversé de Belo Monte dans l’Amazonie brésilienne) et l’expansion de l’agro-industrie.

Plus de 200 représentants d’organisations autochtones (ainsi que d’ONG de soutien, telles que le Forest Peoples Programme) ont pris part à une Conférence internationale des peuples autochtones sur le développement durable et l’autodétermination. La conférence avait une durée de trois jours et s’est tenue immédiatement avant le segment officiel à haut niveau. L’objectif de la Conférence était de partager les expériences et les points de vue sur le développement autodéterminé. Les participants ont analysé les répercussions des modèles de développement néolibéral sur les peuples autochtones et les effets des activités extractives et des mégaprojets d’infrastructures. Des approches alternatives fondées sur les pratiques et savoirs traditionnels autochtones ont également été soulignées, des approches axées sur l’autonomie alimentaire et l’économie territoriale. Les hypothèses conceptuelles et spirituelles qui sous-tendent les approches au développement propres aux peuples autochtones ont été examinées, comme par exemple les perspectives des femmes autochtones sur le thème du « vivre bien », le pastoralisme ou encore la diversité écologique.

La déclaration finale de la conférence des peuples autochtones, appuyée également par « Campamento Tierra Libre », a réitéré la valeur centrale de la culture dans le développement durable, l’obligation d’assurer le plein exercice des droits humains et collectifs, et la nécessité de renforcer les économies locales et la gouvernance territoriale. Elle a en outre souligné les engagements des peuples autochtones en faveur de la mise en œuvre de leurs priorités pour un développement fondé sur l’autodétermination et les cultures et savoirs traditionnels, qui rétablirait les savoirs et les échanges commerciaux. Rejetant le modèle néolibéral, elle appelle les États, les entreprises et la communauté internationale à mettre en œuvre les obligations internationales sur les droits des peuples autochtones, et à un accroissement de l’engagement des peuples autochtones pour la résistance contre les projets de développement destructeurs. La déclaration propose une feuille de route des activités collectives et des efforts de plaidoyer en préparation de la Conférence mondiale des Nations Unies sur les peuples autochtones, qui se tiendra en 2014, et qui représentera une occasion sans précédent de débattre des pratiques et approches des peuples autochtones au développement durable. INFORMATIONS SUPPLÉMENTAIRES :

« L’avenir que nous voulons » : https://rio20.un.org/sites/rio20.un.org/files/a-conf.216-l-1_french.pdf.pdf

Déclaration finale de la Conférence mondiale des peuples autochtones sur l’autodétermination et le développement durable : http://www.tebtebba.org/index.php/content/220-indigenous-peoples-release-rio-20-declaration

Déclaration finale de Kari-Oca II : http://www.forestpeoples.org/sites/fpp/files/news/2012/06/Kari-Oca%20II%20Declaration%20English.pdf

Déclaration de Campamento Tierra Libre y Vida Plena : http://www.forestpeoples.org/topics/environmental-governance/news/2012/06/indigenous-peoples-terra-livre-declaration-rio-20

Déclaration finale du Sommet des peuples pour la justice sociale et environnementale pour la défense des biens communs (en portugais) : http://cupuladospovos.org.br/2012/06/declaracao-final-da-cupula-dos-povos-na-rio20-2/#

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