Communiqué de presse : Une nouvelle étude indique que la REDD pourrait marginaliser les peuples autochtones et les communautés locales au Cameroun

Prolifération des projets sous-nationaux de REDD au Cameroun
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Emmanuel Freudenthal, FPP

Communiqué de presse : Une nouvelle étude indique que la REDD pourrait marginaliser les peuples autochtones et les communautés locales au Cameroun

Un nouveau rapport du Forest Peoples Programme propose une analyse critique détaillée des aspects sociaux des projets visant à la Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD) au Cameroun. « La REDD et les droits au Cameroun : Analyse du traitement réservé aux peuples autochtones et aux communautés locales dans les politiques et projets de REDD » constate qu’il est peu probable que les peuples autochtones et les communautés locales bénéficient de la REDD telle qu’elle est actuellement définie et qu’elle pourrait même leur nuire.

Bien que le processus national de « préparation à la REDD » au Cameroun n'en soit qu'aux premières étapes, les projets REDD sous-nationaux, dits projets REDD « pilote », prolifèrent dans l’ensemble du pays, et pourraient affecter 30% des terres forestières. De nombreuses organisations se lancent dans des projets REDD sans penser nécessairement aux personnes qui vivent dans ces forêts et qui en prennent soin depuis longtemps.

En premier lieu, le rapport indique clairement que les plans de REDD au Cameroun se développent à partir du haut, avec une participation limitée, voire inexistante, des peuples autochtones et des communautés locales :

  • Aucun plan ne prévoit la participation de la population locale au processus national de « préparation à la REDD » lié au Fonds de partenariat pour le carbone forestier (FCPF) de la Banque mondiale. La participation locale est également limitée dans les projets sous-nationaux examinés. Pour tous les projets étudiés, la population locale ne savait même pas que la « REDD » existait. Ces pratiques sont contraires à la Loi forestière du Cameroun et à la position publique de plusieurs organisations concernées.
  • Aucun plan ne prévoit l’obtention du Consentement libre, préalable et éclairé (FPIC) des peuples autochtones dans les projets ou lors du processus de préparation national, bien que le Cameroun soit signataire de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
  • De grandes organisations de conservation et d’autres organisations, qui perçoivent peut être la REDD comme une opportunité de s'emparer de fonds pour des projets existants, sont fortement impliquées. Nombre de ces organisations participent à la définition du cadre national et à la conception des mesures de sauvegarde qui détermineront leurs propres activités, ce qui pourrait constituer un grave conflit d’intérêt.

Dans leur hâte de développer les projets de REDD, de nombreuses organisations ont oublié de consulter les personnes qui vivent dans la forêt où le précieux carbone est « stocké ».Dans un cas, la Banque mondiale et le World Wildlife Fund, dont les bureaux sont côte à côte, développaient chacun un projet de carbone exactement au même endroit sans savoir que l’autre faisait de même ! Ceci pourrait faire l'objet d'une bonne plaisanterie si ce n’est pour les communautés locales qui pourraient être affectées par ces plans REDD développés dans la précipitation, a déclaré Emmanuel Freudenthal, Responsable de projet au Forest Peoples Programme.

En deuxième lieu, le rapport met en exergue la façon dont les projets REDD, malgré la formule largement répandue selon laquelle ces projets profiteront aux communautés locales, pourraient en réalité marginaliser et appauvrir les peuples autochtones et les communautés locales pour les raisons suivantes :

  • Il n’y a pas à ce jour de plans clairs pour des mécanismes de partage des avantages que ce soit dans les projets sous-nationaux examinés ou dans le cadre de préparation national.
  • Le processus national de « préparation à la REDD » est fondé sur des données peu solides et sur une absence de compréhension des véritables sources de la déforestation. Si les moyens d'existence des populations locales sont considérés à tort comme les moteurs de la déforestation, ils pourraient être limités, ce qui appauvrirait les peuples de la forêt tout en laissant les véritables causes de la déforestation libres de progresser. Nombre des projets REDD sous-nationaux souffrent du même manque de preuves et de compréhension du problème.
  • La quasi-totalité des projets sous-nationaux sont planifiés autour de parcs nationaux existants. Il semble que les fonds destinés à la REDD pourraient financer l’expansion de ces parcs (souvent fondés sur le modèle de conservation dépassé de la « forteresse ») et exclure davantage la population locale de l’accès à ses ressources et ses moyens d’existence.

« Nous ne retirerons des avantages que si nos droits sont reconnus. Non seulement nos droits sur les terres où nous vivons, mais aussi sur la forêt que nous utilisons traditionnellement », a déclaré un représentant Baka dans le rapport.

La REDD et les droits au Cameroun : Analyse du traitement réservé aux peuples autochtones et aux communautés locales dans les politiques et projets de REDD peut être téléchargé gratuitement en français et en anglais sur : http://www.forestpeoples.org/REDD-and-rights-Cameroon

Pour plus d'information, prière de contacter :

 

Emmanuel Freudenthal, Forest Peoples Programme – Email: emmanuel@forestpeoples.org

Samuel Nnah, Centre for Environment and Development (CED) – Email: samnnah@cedcameroun.org 

Justin Kenrick, Forest Peoples Programme – Email: justin@forestpeoples.org

 

Camions forestiers attendant qu’un pont soit mis en place au sud du Cameroun
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Emmanuel Freudenthal, FPP
Panneaux arrachés pour le Takamanda National Park
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Emmanuel Freudenthal, FPP