Les réformes foncières pourraient-elles aboutir là où la conservation a échoué ?

Les réformes foncières pourraient-elles aboutir là où la conservation a échoué ?

Les organisations de conservation ont fait un grand pas en avant vers la reconnaissance du fait que les aires protégées doivent respecter les droits des peuples autochtones tels que consacrés par le droit international, notamment le droit d'accorder ou non leur consentement libre, préalable et éclairé à l'établissement de nouvelles aires protégées sur leurs territoires coutumiers. Néanmoins, dans la pratique, les organisations de conservation continuent souvent d'exclure la population locale de l'utilisation des ressources forestières et des autres ressources, et ne la consulte qu'après avoir déjà rédigé des plans de gestion, au lieu de les rédiger ensemble.

Les défenseurs de l'environnement admettent que la conservation est en train d'échouer. Bien que les « ecogards » du Sud du Cameroun arrêtent les Baka parce qu'ils aident les braconniers à chasser les éléphants, ces mêmes gardes savent que les Baka reçoivent une somme dérisoire en échange, et qu'ils sont contraints de chercher ce type d'emploi parce qu'ils sont exclus de leur propre forêt. Récemment, au cours de recherches sur le terrain, le FPP a parlé avec un défenseur de l'environnement qui a indiqué que « la question clé est de savoir comment fournir un avantage économique à la population locale afin qu'elle accepte la conservation ».

Ceci est réfuté de façon directe dans l'excellente étude de Liz Wiley de 2011 sur le système de propriété foncière au Cameroun, Whose land is it? The status of customary land tenure in Cameroon, dans laquelle elle indique que :

 « En privant les communautés de la reconnaissance de leur propriété légitime des ressources forestières et des prairies, la loi les prive de leur plus grande incitation à utiliser ces ressources selon des méthodes durables, et les empêche d'adopter des systèmes plus actifs et un contrôle accru qu'elles sont les mieux placées, en tant que populations résidentes locales, pour faire fonctionner et maintenir. Au contraire, les communautés affectées sont aliénées. Le gouvernement est obligé de « racheter » leur coopération en échange d'avantages liés à un accès que les communautés affectées considèrent comme un droit qui leur est dû, ce qui fait croître les antagonismes ». (Wiley 2011: 93)

Conserver avec succès les forêts requiert une solution à la fois beaucoup plus simple etplus radicale. Au lieu d'imposer des aires protégées et de chercher à acheter la participation de la population locale au processus, le droit de posséder et de gérer  les ressources dont dépendent les communautés doit être reconnu et soutenu. Les défenseurs de l'environnement pourraient par exemple mettre en place des « ecogards » pour aider les communautés à résister aux puissantes entités provenant de l'extérieur déterminées à extraire les ressources de façon non durable. Mais en cherchant à exclure la population locale des ressources dont elle dépend, les défenseurs de l'environnement détruisent le seul fondement de la durabilité à long terme. Comme l'indique un représentant baka :

« Nous ne bénéficierons d'avantages que si nos droits sont reconnus : d'une part nos droits à la terre sur laquelle nous vivons, et d'autre part nos droits à la forêt que nous utilisons de façon coutumière ». 

Le FPP participe à l'organisation d'un atelier FLEGT/ REDD à Yaoundé (du 13 au 15 septembre) visant à approfondir l'examen de la façon dont la garantie des droits coutumiers pourrait être la base de la conservation, de la durabilité et du développement. Cette approche comprend la reconnaissance sur un pied d'égalité des modèles d'utilisation coutumière des terres, tels que la culture itinérante, la chasse et la cueillette. Sans soutien aux droits, aux ressources et aux terres, même tout l'argent du monde investi dans REDD ne fera qu'alimenter ultérieurement la destruction des forêts.

Voir:

Whose land is it? The status of customary land tenure in Cameroon - http://www.fern.org/whoselandisit

La Déclaration de principes du WWF sur les peuples autochtones et la conservation - http://www.worldwildlife.org/what/communityaction/people/partneringwith/WWFBinaryitem8944.pdf

Notes :

FLEGT signifie « Application des réglementations forestières, gouvernance et échanges commerciaux ». Il s'agit d'une initiative de l'Union européenne qui cherche à développer des Accords de partenariat volontaires avec les pays producteurs de bois pour empêcher le bois produit illégalement de pénétrer dans le marché de l'UE.

REDD est l'acronyme de Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts. Il s'agit d'une proposition de système visant à verser des compensations financières aux pays qui réduisent ces émissions à travers une meilleure gestion des ressources forestières.