Les peuples autochtones du Cameroun : entre Ngoyla-Mintom et la reconnaissance nationale

Une vue du dialogue parlement gouvernement à Yaoundé au Cameroun
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Messe Venant

Les peuples autochtones du Cameroun : entre Ngoyla-Mintom et la reconnaissance nationale

Le dialogue Parlement-Gouvernement

Comparée à la situation des années 1990 et l’aube des années 2000, la question de prise en compte des peuples autochtones du Cameroun est véritablement mise au centre des préoccupations ces dernières années, quoi que ce soit encore de façon timide.

En effet les 1 et 2 septembre 2011 vient de se tenir à Yaoundé au Cameroun, le dialogue Parlement-gouvernement sur les peuples autochtones. La rencontre a regroupé les députés de l’assemblée nationale réunis au sein du réseau des parlementaires (REPAR), les représentants des ministères ayant des projets touchant les peuples autochtones, les partenaires au développement, les représentations spécialisées de l’ONU et bien entendu une forte délégation des peuples autochtones : Baka, Bakola, Bagyéli et les Bororo. L’innovation s’est ressentie sur l’engagement des uns et des autres à porter plus haut les préoccupations inhérentes à la prise en compte des droits des communautés ci-dessus mentionnées. Les administrations se sont pliées au jeu de questions réponses posés par les députés et les autochtones.

Très actifs tant sur le plan organisationnel, protocolaire et dans les groupes de travail, les autochtones ont émis le vœu que les questions liées au foncier et à l’accès aux services sociaux de base trouvent une issue positive le plutôt possible. Bien entendu, la crainte soulevée était celle d’organiser encore une réunion de plus sur les autochtones.

C’est le lieu ici de saluer les organisations qui militent en faveur des droits des peuples autochtones en Afrique en général et au Cameroun en particulier. En attendant de suivre de très près les recommandations issues de cette rencontre, il est important de rester vigilant.

Ngoyla-Mintom : les Baka s’interrogent

FPP et OKANI viennent de terminer une série de consultations dans les communautés Baka du corridor Ngoyla-Mintom. Plus de 300 personnes ont été impliquées. Ces consultations ont été couronnées par deux ateliers locaux tenus respectivement à Mintom et à Ngoyla. Ces activités ont été financées par RRI. Au cours des consultations, il était question d’éclairer les communautés sur les obligations des promoteurs des projets et de l’Etat à consulter les communautés lorsqu’un projet est susceptible de les affecter. Il était aussi question de les informer sur les enjeux qui concernent leur forêt, notamment la préparation des initiatives REDD par WWF, GEF etc.

Fort a été de constater que les Baka vivant dans ce massif forestier ne sont pas au courant de toutes les négociations et de toutes les discussions sur leur territoire. Au sortir de ces échanges, le WWF et ses partenaires ont pris l’engagement de combler les écarts et de s’arrimer à leurs principes sur les peuples autochtones et la conservation présentée d’ailleurs aux communautés par le facilitateur venu du Centre pour l’environnement et le développement (CED).

En conclusion, les Baka ont précisé que, (i) si leur droit au consentement libre, préalable et éclairé n’est pas mis en place, (ii) si leurs droits sur leurs forêts ne sont pas reconnus, et (iii) s’il n’y a pas de mécanismes clairs pour les inclure de façon égale dans le partage des bénéfices et avantages qui devraient découler des projets REDD, alors ils n’accepteront pas REDD.

Les Baka ont enfin fait remarquer que leur mode de vie et leurs activités n’ont pas endommagé la forêt mais l’ont protégée et qu’ils accueilleront une forme de REDD qui les soutiendra à continuer ces activités mais pas celles qui encourageront la destruction de leurs forêt et perpétueront leur marginalisation.

Atelier de concertation sur REDD à Mintom
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Messe Venant