Pleins feux sur nos partenaires : entretien avec Louis Biswane de l’Organisation des peuples kalin’a et lokono de Marowijne (KLIM), au Suriname

Louis au siège des Nations Unies à Genève pendant le Programme de bourses en faveur des autochtones
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Louis Biswane

Pleins feux sur nos partenaires : entretien avec Louis Biswane de l’Organisation des peuples kalin’a et lokono de Marowijne (KLIM), au Suriname

Dans cette édition de « Pleins feux sur nos partenaires », nous nous entretenons avec Louis Biswane de l’Organisation des peuples kalin’a et lokono de Marowijne (KLIM) au Suriname. Louis a récemment participé au Programme de bourses en faveur des autochtones (IFP) du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) à Genève du 17 juin au 12 juillet, pour le compte de KLIM. Dans cet entretien, Louis nous parle de son expérience à Genève : ce qu’il a appris, et comment les compétences et les connaissances acquises soutiendront le travail de KLIM. 

Q : Nous vous félicitons d’avoir été choisi pour participer au prestigieux programme de bourses du HCDH. De quoi s’agit-il, et à qui s’adresse ce programme ? 

R : Le programme de bourses fournit des conseils et des informations concernant les différents mécanismes des Nations Unies que les peuples autochtones peuvent utiliser pour obtenir la reconnaissance de leurs droits. Afin d’être admis à ce programme, il faut remplir certains critères : vous devez être autochtone, vivre dans un village autochtone, et travailler avec une organisation communautaire autochtone. Il y avait 26 participants provenant de différents pays de tous les continents, 13 hommes et 13 femmes. Le processus de sélection est plutôt strict. Vous passez un entretien et ils vérifient également votre formation et votre expérience professionnelle.

Q : Pourquoi était-ce important pour vous, en tant que représentant de KLIM, de participer au programme de bourses ? Quelle est la situation en matière de droits des peuples autochtones au Suriname ?

R : Pour moi ce processus d’apprentissage était très important, car il m’a permis de me faire une meilleure idée des options et des possibilités offertes par les différentes institutions des Nations Unies pour s’attaquer au manque de reconnaissance de nos droits. Au Suriname, la constitution ne reconnaît pas les droits de propriété collectifs, mais uniquement la propriété individuelle. Aucune disposition ne reconnaît nos autorités et communautés traditionnelles. Nous vivons encore collectivement et avons notre propre mode de vie. Le gouvernement du Suriname a été condamné à plusieurs reprises par la communauté internationale pour sa non-reconnaissance des droits des peuples autochtones. L’exemple le plus célèbre est la décision de la Cour interaméricaine dans l’affaire Saramaka.

Étant donné qu’aucune possibilité n’est offerte au niveau national, nous utilisons les processus internationaux et avons déposé une plainte contre le gouvernement auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). Le FPP nous aide également dans cette affaire. Je crois que j’ai été sélectionné pour l’IFP parce que mon organisation s’est mobilisée dans cette affaire.

Q : Que fait KLIM et quelle est sa mission ? 

R : KLIM est une section régionale de l’Association nationale des leaders de villages autochtones du Suriname (VIDS). KLIM est composé des conseils des villages de 6 villages kalin’a (Caraïbes) et de 2 villages lokono (Arowak). La mission principale de KLIM consiste à obtenir la reconnaissance juridique de nos terres et ressources, et à gérer et développer collectivement notre territoire autochtone à Marowijne. 

Au cours des dernières années, nous avons recueilli des informations afin de prouver l’étendue de notre territoire, comment nous l’utilisons, pourquoi il est si important pour nous, et à quel type de menaces et de défis nos communautés et nos ressources sont confrontées. Nous avons établi une carte du territoire et avons signalé les concessions et les titres fonciers octroyés à des étrangers. Nous avons fourni des preuves de notre utilisation coutumière durable et de nos lois et règles traditionnelles. Nous menons également des recherches sur l’état de notre biodiversité, par exemple au niveau des conséquences des changements climatiques dans notre région. Nous travaillons également avec des jeunes, afin de les impliquer activement dans notre travail et de préserver notre langue, notre culture et nos savoirs.

Q : Qu’avez-vous appris à Genève ? Qu’avez-vous fait, qui avez-vous rencontré et à qui avez-vous parlé ? Qu’est-ce qui vous a le plus frappé, ou quel est votre plus beau souvenir ? 

R : J’ai appris en détail comment utiliser certains instruments des Nations Unies dans la lutte pour la reconnaissance des droits. J’ai vu comment sont organisées les conférences et le rôle que jouent les secrétariats. Dans le cadre du programme de bourses, nous avons participé à la réunion du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones (MEDPA) et contribué à la préparation à cette réunion. Ce fut une expérience très intéressante. On m’a présenté de nombreuses personnes. Par exemple, la responsable de secteur géographique du HCDH chargée de mon pays. Le HCDH n’a pas de bureau au Suriname, donc nous sommes sous la responsabilité de la responsable basée à Genève. Elle supervise toutes les informations relatives aux droits humains qui concernent le pays. J’ai également rencontré les personnes qui travaillent dans le département des Nations Unies chargé des minorités et d’autres personnes employées par le département des droits humains des Nations Unies. J’ai même rencontré le Rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones, M. James Anaya. J’ai appris comment prendre contact avec ces personnes. J’ai également appris à utiliser le site web du HCDH. La chose la plus spéciale que j’ai apprise est que nous avons différentes institutions auxquelles nous pouvons nous adresser et faire part de nos problèmes. Par exemple, le Rapporteur spécial sur la pauvreté, ou sur le droit à l’éducation.  

Q : Comment s’est passé votre déplacement en Suisse depuis votre village pendant un mois ? 

R : Cela a été un défi de vivre à Genève pendant un mois, mais l’expérience a été positive car il était important d’acquérir ces connaissances. J’ai également appris que pour les Européens, le temps est précieux. L’heure, c’est l’heure ! 

Q : De quelle façon les connaissances, expériences et contacts obtenus au cours du programme de bourses vous aideront-ils à mieux faire votre travail avec KLIM ? Comment prévoyez-vous d’appliquer vos nouvelles connaissances et vos nouvelles compétences ?

R : Je partage ce que j’ai appris avec d’autres personnes au sein de l’organisation, et nous examinons les possibilités d’utiliser « l’approche » des Nations Unies plus fréquemment afin de faire connaître notre situation. Par exemple, élaborer des rapports parallèles aux rapports que notre gouvernement soumet aux organes des Nations Unies, afin que ces derniers soient informés des questions que le gouvernement ne mentionne pas dans ses rapports. Nous savons maintenant comment le faire et qui contacter à cette fin. Désormais, nous comprenons et interprétons également mieux les documents ou examens des Nations Unies qui concernent notre pays. 

Q : Comment envisagez-vous l’avenir à Marowijne ?

A : Nous sommes confiants au sujet de notre affaire auprès de la CIDH. Je pense que nous obtiendrons la reconnaissance juridique de nos droits d’ici 10 ans. Nous continuerons également à développer et à consolider notre organisation et à préparer les conseils des villages pour la gestion, la protection et le développement collectifs de notre territoire. 

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Plus d’informations concernant le programme de bourses en faveur des autochtones sont disponibles ici : http://www2.ohchr.org/french/issues/indigenous/fellowship.htm

Plus d’informations concernant le Suriname, notamment les affaires Saramaka et KLIM, sont disponibles ici : http://www.forestpeoples.org/fr/region/south-central-america/suriname