Le peuple wapichan du Guyana présente la carte des territoires et les propositions de la communauté pour sauver les forêts ancestrales

Plusieurs participants ont dit qu’ils considéraient que le travail des Wapichan peut devenir un modèle pour d’autres peuples
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FPP

Le peuple wapichan du Guyana présente la carte des territoires et les propositions de la communauté pour sauver les forêts ancestrales

Éléments principaux :

·      Réalisation d’une carte communautaire numérique de l’utilisation et de l’occupation traditionnelles du wiizi (territoire) des Wapichan par les cartographes wapichan et un spécialiste SIG.

·      La carte communautaire est basée sur des milliers de points de cheminement géo-référencés par imagerie satellite.

·      La carte d’utilisation a été finalisée par le biais de multiple rencontres de validation dans les communautés wapichan ainsi que par des consultations avec les communautés makushi et wai wai au nord et sud du territoire wapichan.

·      Plus de 80 consultations et ateliers communautaires ont été menés pour compiler le plan territorial innovant intitulé Thinking Together for those Coming Behind Us (Penser ensemble pour ceux qui viendront après nous).

·      Le plan d’aménagement du territoire comprend des propositions pour établir une forêt conservée par les Wapichan et contient des dizaines d’accords intercommunautaires pour des actions visant à garantir les droits fonciers, promouvoir l’utilisation durable des ressources et permettre un développement des communautés décidé de manière autonome.

·      Les participants à l’événement de lancement de la carte et du plan wapichan à Georgetown au Guyana ont fait l’éloge de ces travaux comme étant un modèle potentiel pour d’autres peuples autochtones au Guyana et dans le monde entier.

Le 7 février 2012, plus de 50 personnes ont participé à un événement public qui s’est tenu dans le Umana Yana (lieu de rencontre traditionnel) dans la capitale du Guyana, Georgetown, où les leaders du peuple wapichan du district de South Rupununi au sud-ouest du Guyana ont présenté une carte communautaire de leurs terres traditionnelles, ainsi qu’un plan communautaire pour prendre soin des ressources communautaires sur leur territoire. Lors des présentations effectuées par les Toshaos (leaders) des communautés wapichan et l’organisation locale South Central Peoples Development Association (SCPDA), l'origine de ce travail et la façon dont la carte et le plan ont été développés ont été expliquées aux participants. Ces derniers ont également été informés des propositions clé contenues dans le plan territorial et des étapes suivantes de sa mise en oeuvre.

Patrick Gomes, Toshao du village de Morora Naawa et Président du Conseil des Toshaos du District de South Rupununi, a expliqué que la réalisation de la carte et du plan territorial est la dernière étape en date d’une longue campagne des Wapichan pour assurer la reconnaissance juridique de leurs terres traditionnelles :

Nous, le peuple wapichan, luttons pour que nos droits soient reconnus, et nous menons cette lutte depuis de nombreuses années. Nous demandons la reconnaissance de nos droits fonciers depuis l’époque des Britanniques. Après l’indépendance, nos leaders ont soumis des demandes de reconnaissance de nos terres à la Amerindian Lands Commission (ALC) en 1967, mais nous n’avons pas obtenu leur pleine reconnaissance. En 2000, nous avons commencé à cartographier nos terres afin de montrer comment nous les utilisons et quels sont les liens qui nous lient à ces terres.

Le Toshao Gomes a souligné que les normes internationales des droits humains établissent que les peuples autochtones ont le droit de posséder, gérer et contrôler les terres qu’ils ont traditionnellement utilisées et occupées. Cela est la raison fondamentale qui a incité les communautés wapichan à réaliser une cartographie, afin de démontrer la propriété coutumière de la terre. Des traités tels que la Convention sur la diversité biologique (CDB), ratifiée par le Guyana, contiennent également la reconnaissance de la nécessité de respecter et de protéger l’utilisation coutumière des terres (par exemple à l’article 10c de la CDB). En vue de compléter les informations de la carte d'utilisation des terres, les Conseils des Toshaos des districts South Rupununi et South Central Rupununi ont également réalisé un « projet 10c » communautaire pour décrire en détail les pratiques et coutumes traditionnelles d’utilisation des terres, qui a donné lieu à un rapport très applaudi intitulé Wa Wiizi Wa Kaduzu: Our Territory, Our Custom, publié en 2006.

M. Gomes a indiqué aux participants que cette recherche communautaire a été utilisée comme référence pour un autre grand projet du Conseil des Toshao de district (DTC) mené de 2008 à 2011, visant à mettre au point un plan de gestion des terres fondé sur le droit coutumier et les systèmes locaux de gouvernance, à promouvoir l’utilisation durable des terres, à soutenir les moyens de subsistance locaux et à protéger le territoire wapichan d'un développement nuisible. Après 5 ans et plus de 80 consultations et ateliers communautaires, le résultat final est un plan territorial détaillé intitulé Thinking Together for those Coming Behind Us (Penser ensemble pour ceux qui viendront après nous), qui contient les lois coutumières des Wapichan et les principes communs pour prendre soin de la terre, ainsi que de nombreuses actions communes pour des lieux spécifiques du territoire.

Il a expliqué que ce document complet a été développé pour orienter la planification communautaire de l'utilisation des terres et la prise de décisions, afin de démontrer que le peuple wapichan possède son propre système de règles coutumières et la capacité de gouverner son territoire au niveau local.

Afin de décrire comment la carte territoriale numérique a été réalisée, le cartographe autochtone et Toshao du village de Sawari Wa’o, Angelbert Johnny, a expliqué :

La cartographie a nécessité plusieurs années de travail (2000-2005). Elle a été réalisée en travaillant avec nos anciens, les utilisateurs de la terre et les personnes expertes dans nos villages. Ils nous ont guidés lors de visites cartographiques et nous, cartographes, avons visité de nombreux endroits. Nous avons escaladé des montagnes, marché le long des rivières et suivi nos sentiers traditionnels. Les expéditions dans la forêt duraient parfois jusqu'à trois semaines. Ce fut un travail difficile. L'utilisation des terres était soigneusement enregistrée à la main, ainsi que par GPS, dans des registres de terrain adaptés pour vérifier les informations par recoupement. Les cartes provisoires ont été validées et corrigées par nos communautés au cours d'un processus rigoureux de 2006 à 2011. Je peux affirmer que le résultat final est une carte détaillée et précise !

Lors de sa présentation sur la façon dont le plan territorial a été établi, Claudine La Rose, un membre de l'équipe technique de terrain SCPDA du village de Shorinab, a souligné l’importance de travailler dans les langues locales lors des discussions communautaires sur les droits fonciers et la planification de l’utilisation des terres :

Toutes les réunions publiques, ateliers et activités de validation ont été menés dans notre langue wapichan et dans certains villages mixtes, nous avons utilisé également le makushi et le wai wai. Ceci était essentiel afin d’assurer une participation effective. Nous avons beaucoup réfléchi à la traduction des concepts clé et nous avons travaillé en collaboration étroite avec nos alphabétisateurs wapichan. Tout a été validé page par page avec les villageois, y compris les accords sur les limites communes des titres, l’extension des titres fonciers et le développement communautaire.

Concernant le contenu du plan, M. Kid James, de la SCPDA, a indiqué aux participants que le plan contenait les accords sur des questions de droits fonciers, notamment les limites communes entre les villages pour l’extension des titres fonciers, développés de façon tout à fait conforme à l’Amerindian Act et à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP). Il a parlé aux participants des chapitres sur les différents types de terre (écosystèmes) présents sur le territoire wapichan, notamment les forêts, les savanes, les montagnes, les eaux et les marécages. Les participants ont été informés des chapitres concernant les différentes utilisations des terres, notamment l'agriculture, la chasse, la pêche, la cueillette, l'élevage et l'utilisation du feu, ainsi que des endroits importants tels que les lieux spirituellement sensibles, les sites du patrimoine culturel et les sites d’une grande valeur de par leur faune.

M. James a expliqué que le plan territorial définit également la vision des Wapichan pour le développement de leurs communautés :

Nous voulons suivre notre propre voie de développement et nous assurer que les propositions de développement venant d'ailleurs correspondent à nos priorités. Nous voulons nous assurer que l'orientation du développement pour nos peuples est pleinement conforme à nos droits et à la direction que nous voulons suivre.

Il a ajouté :

Notre plan contient également des propositions de renforcement institutionnel et de travaux futurs pour consolider les règles des villages sur le consentement libre, préalable et éclairé. Nous prévoyons de mettre en place un Conseil des anciens dans chaque village afin qu'ils donnent des conseils sur des questions culturelles, sur l'utilisation des terres et les questions de développement. Nous prévoyons d'identifier et de soutenir les leaders traditionnels locaux (hommes et femmes) afin de faciliter la mise en œuvre de nos décisions, notamment des accords sur le brûlage contrôlé.

Lors d’une session de questions et réponses, les participants, notamment des fonctionnaires gouvernementaux, des députés, des ONG, des organisations internationales et des représentants des médias, ont félicité les Toshaos pour les résultats du travail difficile qu'ils ont accompli au cours de la décennie écoulée. Plusieurs participants ont indiqué qu'ils considèrent que le travail de cartographie et de planification de l'utilisation des terres des Wapichan peut devenir un modèle pour les autres peuples autochtones du Guyana et d’autres pays.

Lors de la clôture de la réunion, le Toshao Gomes a indiqué que le partage des expériences avec d’autres peuples autochtones du Guyana et d’ailleurs représente un élément essentiel du travail de suivi prévu. Concernant les étapes suivantes de mise en œuvre du plan territorial, il a ajouté :

Une étape de notre tâche a été achevée, mais le travail ne fait que commencer. Le défi à relever consiste à exécuter notre plan. Nous souhaitons travailler avec le gouvernement et les autres alliés et amis afin que nos droits soient reconnus, pour garantir enfin l’extension complète de nos titres fonciers et pour nous aider à réaliser notre vision pour le territoire wapichan. Travaillons afin que nos plans et notre proposition de forêt conservée par les Wapichan deviennent réalité.

Pour plus d’informations :

Communiqué de presse: Wapichan people in Guyana showcase community proposal to save tropical forests on their traditional lands (seulement disponible en Anglais) : http://www.forestpeoples.org/fr/node/2918

M. Kid James, South Central Peoples Development Association (SCPDA) – Tél : +592 617 4519 (portable) ; adresse email : kidrodelo@gmail.com

Toshao Patrick Gomes, Conseil des Toshaos du district de South Rupununi - Tél +592 687 4923 (portable)

Les Conseils des Toshaos de district (DTC) remercient les nombreuses organisations qui ont collaboré au projet de cartographie, notamment Amerindian Peoples Association (APA), Local Earth Observation (LEO) et le consultant en cartographie SIG Gregor MacLennan. Les DTC souhaitent également remercier le Forest Peoples Programme (FPP) pour la fourniture d'assistance technique et la facilitation des projets communautaires de cartographie, de recherche et de planification de l’aménagement du territoire. Les DTC, la SCPDA et le FPP souhaitent tous faire part de leurs remerciements aux nombreux donateurs qui ont soutenu ce travail depuis 2000, notamment W Alton Jones Foundation, Rainforest Foundation US, HIVOS-Novib Biodiversity Fund, Oxfam-Novib, Michael John Eden Bequest, Size of Wales, IFAD, Swedbio et l’Union européenne (au travers de la délégation de l’UE au Guyana). Les opinions contenues dans ce document sont celles de la SCPDA et du FPP et ne sont pas nécessairement partagées par les institutions qui ont généreusement soutenu ce travail.

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