Une nouvelle plateforme pour les peuples autochtones au Cameroun

Une nouvelle plateforme pour les peuples autochtones au Cameroun

Les peuples autochtones des forêts du Cameroun se sont rassemblés pour former une plateforme officielle afin de mieux représenter leurs points de vue aux échelons local, national et international.

Pour la première fois au Cameroun, des représentants de plus de cinquante communautés autochtones baka et bagyeli se sont rassemblés en vue de former une organisation nationale représentant les peuples des forêts du Cameroun et défendant leurs droits aux niveaux local, national et international.

La nouvelle plateforme a été baptisée Gbabandi, un terme baka signifiant « termitière », qui illustre l’union de différentes communautés autochtones œuvrant pour des objectifs communs. La plateforme regroupe des peuples autochtones des forêts qui vivent sur une étendue de 700 km de forêt tropicale de l’est du pays au département d’Océan sur la côte ouest.

Ferdinand Koli Engbwe, un Baka de l’Association Abawoni établie à Mintom, a déclaré : « Jusqu’à maintenant, les peuples autochtones ont travaillé chacun de leur côté, sans grand succès. Cette plateforme nous rassemblera et nous permettra d’intéresser davantage les autorités locales et les institutions nationales à nos terres et besoins ».

Gbabandi a été officiellement constituée lors de sa première Assemblée générale qui s’est tenue du 27 au 29 juillet à Akonetyé, un village baka situé à proximité de Djoum. Lors de cette réunion de trois jours, des représentants ont débattu des priorités des six domaines thématiques qui ont retenu l’attention de la plateforme : éducation, santé, développement économique, terres et ressources naturelles, et justice et participation à la vie publique, avec pour thèmes transversaux des discussions sur l’égalité entre hommes et femmes, les femmes et la famille.

Des représentants autochtones avaient été désignés pour diriger la discussion sur l'une des thématiques, qu'ils ont présentée au reste du groupe.

Parmi les points évoqués, la nécessité d’une représentation accrue des peuples baka et bagyeli dans le Conseil municipal, la création d’une coopérative pour mieux vendre leurs produits, la promotion de l’artisanat autochtone, des formations au sujet de la recherche et des demandes de fonds, la démarcation des terres et l'obtention de droits fonciers, et l'amélioration du dialogue avec les entreprises forestières, minières et agroindustrielles. Les autres thèmes d’importance examinés furent la formation des peuples autochtones à la cartographie de leurs terres, et les campagnes de sensibilisation de la population au sujet du braconnage, de la traite des êtres humains, de l’assainissement et de l’hygiène, de la prévention des maladies, des programmes de vaccination et de vermifuges, ainsi que les effets de l’alcool. Une participation accrue des femmes dans tous les domaines a également été demandée.

Le groupe a examiné les difficultés qui devraient être abordées, comme le manque de fonds, une mauvaise communication entre le niveau local et le niveau national, ainsi qu’entre les différentes organisations partenaires, et la nécessité d’adopter des statuts et un code de conduite pour assurer le fonctionnement de Gbabandi.Des décisions ont été adoptées en vue d’abord de mieux soutenir les peuples de la forêt concernant le manque d’informations, le processus de prise de décisions, et une participation plus active des communautés.

Bertin Buh, un enseignant bagyeli d’une communauté qui a perdu ses terres au profit d’une plantation de caoutchouc, a déclaré : « Tout comme chaque termite joue son rôle afin de solidifier et consolider le nid collectif, Gbabandi représentera les besoins des peuples autochtones dans les six domaines thématiques. Ainsi, nous espérons améliorer les conditions de vie de toutes les personnes ».

Parmi les participants figuraient des organisations déjà formées pour représenter séparément les peuples adebaka, abawoni, abagueni, asbak, ascobak, bacuda, caddap et buma kpode.

La création de Gbabandi a reçu l’appui du Forest Peoples Programme (FPP) et de l’Association Okani, une organisation établie au Cameroun. Le dirigeant baka Venant Messe,  le coordonnateur du FPP et Okani du projet de l’UE au Cameroun, a déclaré : « Au moins cinquante communautés autochtones des forêts ont décidé de participer, et de nombreuses autres devraient se joindre à nous. Comme la Gbabandi, ces communautés seront en mesure de s’exprimer d’une seule voix, avec efficacité et légitimité, et pourront contribuer activement aux politiques de développement national. Ce type d'initiative de représentation directe est, selon moi, unique dans le Bassin du Congo et nous espérons qu’elle montrera l’exemple pour les peuples autochtones des forêts des pays voisins ».

Le premier député de la communauté Djoum, et chef de la subdivision de Djoum, a également participé à la réunion, et a déclaré que la création de Gbabandi était un pas dans la bonne direction, et que le gouvernement s’était engagé à promouvoir les intérêts des peuples autochtones.