Lutte des femmes pour leurs terres et leurs moyens de subsistance dans la Péninsule de Kampar en Indonésie

Ibu Upik Desmidarti expliquant au Gouvernement du district les problèmes auxquels est confronté son village
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Rini Ramadhanti

Lutte des femmes pour leurs terres et leurs moyens de subsistance dans la Péninsule de Kampar en Indonésie

Rini Ramadhanti

À partir de mi-2009, j’ai commencé à me rendre régulièrement dans le village de Teluk Meranti pour y rencontrer les femmes et discuter avec elles de leurs conditions de vie et des questions qui les affectent. Teluk Meranti est un village qui compte environ un millier d’habitants près de la Péninsule de Kampar, une tourbière à Riau, sur l’île de Sumatra en Indonésie.

Lors de ma première visite, nous avons discuté des peurs des femmes relatives à la perte de leurs terres agricoles et de leurs forêts, et de leur souhait de développer leurs potagers et leurs petites entreprises. Ces femmes étaient préoccupées par un plan du gouvernement et de la société du secteur de la pâte et du papier APRIL visant à créer une plantation de bois à pâte sur une surface de 56 000 hectares et à s’emparer d’une forêt que leur communauté gère depuis des générations.

Au cours des derniers mois, plusieurs assemblées se sont tenues dans le village pour examiner cette menace, mais les réunions ont été dominées par des hommes ; lorsque les femmes y participaient, elles étaient assises au fond de la salle et la parole ne leur a pas été accordée. Les femmes du village n’ont pas eu l’opportunité de faire entendre leurs voix et leurs opinions lors des discussions de la communauté.  

Dans les zones côtières et les plaines de la Province de Riau, la plupart des communautés appartiennent à l’ethnicité malaise, et vivent traditionnellement du poisson et du commerce fluvial. La culture malaise à Riau est guidée par les normes de l’Islam, en particulier en ce qui concerne les femmes. La communauté Teluk Meranti est typique des villages des plaines malaises, avec un système de parenté patrilinéaire, et l’espace public au sein de la communauté appartient presque exclusivement aux hommes. Le rôle des femmes s'est limité aux activités familiales et ménagères, mais cette situation change peu à peu, et les femmes de Teluk Meranti en particulier sont depuis peu davantage impliquées dans les débats et les décisions de la communauté.   

En 2009 et 2010, j’ai régulièrement rendu visite aux femmes de Teluk Meranti, et nos discussions de groupe ont conduit à des projets concrets visant à accroître le revenu que les femmes tirent de la production et de la vente de l’artisanat et des cultures vivrières. Nous avons également traité des menaces aux terres et forêts de leur village, et échangé des informations relatives aux négociations entre les hommes du village et la société du secteur de la pâte et du papier. Après avoir échangé des informations et en avoir discuté entre nous, plusieurs femmes ont ensuite eu le courage de participer aux réunions avec les hommes et de faire part de leurs préoccupations.  

Avec le soutien de différentes parties, y compris de certains hommes du village, les femmes ont exprimé leurs inquiétudes lors des assemblées du village quant au fait que les plantations d’acacia créeraient des problèmes économiques et sociaux pour les femmes. Durant la même période, les manifestations des ONG aux niveaux provincial, national et international ont mis en exergue la résistance aux projets de défrichement des tourbières de la société APRIL. En février 2010, en réponse à la controverse, le Ministre national des affaires forestières s’est rendu dans la communauté de Teluk Meranti, afin d’expliquer les projets du gouvernement pour les tourbières de Kampar. Les femmes de Teluk Meranti ont fait face au Ministre à sa descente d’hélicoptère pour une brève visite. Elles l’ont informé qu’elles ne souhaitaient pas que leurs forêts et jardins soient remplacés par des plantations d’acacias. Les femmes leaders de Teluk Meranti ont également fait part de leurs préoccupations lorsque des journalistes et une commission parlementaire se sont rendus dans leur communauté plus tard dans l’année pour discuter des plantations controversées.

Le courage des femmes de Teluk Meranti de s’exprimer lors des forums du village et en présence de dignitaires et d'étrangers à l'occasion de visites dans leur communauté est un signe évident du rôle plus grand que ces femmes souhaitent jouer dans les débats et la prise de décisions de leur communauté. Malheureusement, lorsque la communauté a désigné ses leaders pour négocier avec la société APRIL, aucune femme n’a été incluse dans l’équipe de négociation. À ce jour, une partie des forêts de la communauté de Teluk Meranti a été défrichée pour les plantations d’acacias, mais la lutte des femmes pour garantir leurs droits à leurs terres coutumières, améliorer leurs économies et faire entendre leurs voix se poursuit.

À propos de l’auteur : Rini est directeur de l’ONG Institute Social and Economic Changes (ISEC). Au cours de la dernière décennie, elle a travaillé auprès des communautés rurales à Riau, et des femmes en particulier, afin des les aider à améliorer leurs moyens de subsistance et à s’impliquer dans les propositions de développement du gouvernement et de l’industrie. 

 

Les femmes de Teluk Meranti à la tête d’une manifestation au bureau central du Gouvernement du district de Pelalawan
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Rini Ramadhanti