Vive déception suite à la réticence de la SBSTTA-14 à accepter le lien entre les droits fonciers et l'utilisation durable ainsi qu'au sujet du traitement des questions relatives à la « viande de brousse »

  

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Vive déception suite à la réticence de la SBSTTA-14 à accepter le lien entre les droits fonciers et l'utilisation durable ainsi qu'au sujet du traitement des questions relatives à la « viande de brousse »

Dans notre dernière e-newsletter (avril 2010), un groupe d'experts autochtones sur les questions liées à l'utilisation durable dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique (CDB), appelé « équipe 10 c) ", faisait part de ses plans pour mettre en exergue le lien entre la sécurité des droits aux terres et aux ressources et la protection et la conservation de l'utilisation durable coutumière des ressources biologiques par les communautés autochtones et locales à l'occasion de la 14è réunion de l'Organe subsidiaire chargé de fournir des avis techniques et technologiques (SBSTTA-14) de la CDB à Nairobi, Kenya (10-21 mai). Malheureusement, les délégués n'ont pas suivi les propositions des experts autochtones qui comprenaient l'inclusion d'un texte concret sur cette question dans les recommandations finales de la SBSTTA. Les discussions sur l'utilisation et la gestion de la faune (« viande de brousse ») ont également soulevé une vive inquiétude chez les peuples autochtones et donné lieu à un débat très animé. Promotion de l'utilisation durable coutumière Dans le contexte de l'examen approfondi de la mise en œuvre de l'article 10 de la Convention (qui concerne l'utilisation durable), l'« équipe 10 c) » se préparait à aborder le manque de progrès dans la promotion de l'utilisation durable coutumière des ressources par les communautés autochtones et locales (l'élément central de l'article 10 c) de la CDB). L'un des objectifs centraux était que la SBSTTA reconnaisse et convienne que la sécurité des droits aux terres et aux ressources sont essentiels afin de permettre une utilisation coutumière. Pour les peuples de la forêt, il est fondamental de maintenir et de pratiquer l'utilisation coutumière et les activités traditionnelles dans leur interaction quotidienne avec la biodiversité.

Bien que « faire face aux obstacles et concevoir des solutions pour protéger et encourager l'utilisation durable coutumière de la biodiversité par les communautés autochtones et locales » fût l'élément central de l'un des paragraphes du document de réunion de la SBSTTA sur l'utilisation durable, l'appel lancé par l'équipe afin que les Parties définissent comme une priorité la reconnaissance et le respect des droits des peuples autochtones et des communautés locales à leurs terres et à leurs ressources, en tant que moyen pour accroître la protection et encourager l'utilisation durable coutumière de la biodiversité, n'a obtenu aucun soutien.

Bien que les Parties aient convenu d'autres mesures possibles, telles que l'intégration de l'utilisation durable coutumière de la biodiversité dans les stratégies, politiques et plans d'actions nationaux pour la biodiversité, et la promotion de la participation des communautés autochtones et locales dans la prise de décisions et la gestion des ressources biologiques, il est frappant de voir que les Parties sont encore réticentes face à l'adoption de références concrètes aux droits à la terre et aux ressources. L' « équipe 10 c) » continuera à les exiger lors de la CdP10 de la CDB au Japon en octobre 2010, au cours de laquelle les recommandations de la SBSTTA seront adoptées en tant que décisions finales.

« Viande de brousse » De même, les peuples autochtones, et en particulier les représentants des communautés de chasseurs-cueilleurs en Afrique, étaient vivement préoccupés par un paragraphe du document de la SBSTTA dans lequel il est recommandé à la Conférence des Parties d'adopter les recommandations d'un « Groupe de liaison sur la viande de brousse » sur la chasse de la faune, en complément des Principes et lignes directrices d'Addis-Ababa pour l'utilisation durable de la biodiversité (AAPG).

Les chasseurs et les cueilleurs qui utilisent les ressources de la faune comme moyens de subsistance n'ont pas participé aux réunions de ce Groupe de liaison. Seuls les « experts » des gouvernements, des organisations scientifiques et de conservation ont participé à la rédaction des recommandations, au sujet desquelles les peuples autochtones présents à la réunion SBSTTA-14 avaient de nombreuses objections. Ils ont souligné que les lignes directrices sur la chasse de la faune devraient reconnaître et respecter les droits des peuples autochtones à utiliser les ressources de la faune comme moyens de subsistance ainsi que leurs savoirs traditionnels en matière d'utilisation et de gestion durable des animaux sauvages. Ils ont également indiqué que le Groupe de liaison sur la viande de brousse n'établissait pas une distinction suffisante entre l'utilisation commerciale de la faune par les braconniers ou d'autres personnes, et l'utilisation durable à petite échelle de la faune par les peuples autochtones pour leur subsistance quotidienne. Si elles sont adoptées en tant que complément aux AAPG, les recommandations du Groupe de liaison sur la viande de brousse pourraient avoir des conséquences négatives et injustes sur les pratiques et les moyens d'existence des peuples autochtones.

Heureusement, le Groupe de travail a uniquement accepté de « saluer » les recommandations plutôt que de les « adopter », mais l'inquiétude demeure quant au fait que les organisations qui luttent contre la « crise de la viande de brousse » travaillent selon une approche descendante et font preuve d'une compréhension et d'une prise en compte limitées des pratiques coutumières des peuples autochtones. Les propositions de programmes de « sensibilisation communautaire » et de « renforcement des capacités » pour les communautés locales sur l'utilisation et la gestion durables de la faune présentées lors d'un événement parallèle des membres du Groupe de liaison sur la viande de brousse sont des exemples de cette approche douteuse.

Groupe d'experts technique spécial sur l'utilisation durable La SBSTTA a également décidé de la mise sur pied d'un Groupe d'experts technique spécial (AHTEG) sur l'utilisation durable, qui aurait la tâche de développer des recommandations pour l'amélioration des politiques, des lignes directrices, des programmes de certification et des meilleures pratiques pour l'agriculture et la sylviculture durables, à soumettre à la CdP11 de la CDB (2012). Un petit comité de rédaction dirigé par le Canada (auquel les peuples autochtones n'ont pas participé) a rédigé de brefs termes de référence (TdR) pour cet AHTEG. Puisqu'il n'y avait pas suffisamment de temps pour discuter de ces TdR en détails, il a été décidé de les laisser sous forme de projet et d'inviter les Parties à soumettre leurs opinions et commentaires par écrit pendant la période intersessions.

A la grande déception des peuples autochtones, la SBSTTA a uniquement demandé au Secrétaire exécutif de solliciter les opinions des Parties sur ce projet de TdR. Par chance, la Finlande et la Suisse ont indiqué qu'il serait « poli » de demander également les opinions des organes tiers, tels que les organisations (internationales) concernées, proposition qui fut acceptée par les autres Parties.

Malgré l'absence de référence explicite aux peuples autochtones et aux communautés locales, ceci représentera une opportunité importante pour les peuples autochtones de faire part de leurs idées et de leurs opinions sur les travaux de cet AHTEG. Les organisations de peuples autochtones enverront certainement très prochainement leurs opinions à l'AHTEG. L'une des suggestions sera que l'AHTEG aborde la question de l'utilisation durable coutumière, analyse les obstacles et élabore des recommandations afin de protéger et encourager l'utilisation durable coutumière de la biodiversité par les communautés autochtones et locales. Ils souligneront également que les TdR à l'AHTEG devraient garantir la participation des peuples autochtones et des communautés locales. Les termes de référence revus, qui comprendront les opinions des Parties et des autres organes, seront soumis à la CdP10.

Regardez le lien pour lire tous les résultats des discussions sur l'utilisation durable à l'occasion de la SBSTTA-14

y compris :UNEP/CBD/SBSTTA/14/L.4 # Examens approfondis de la mise en œuvre du Programme de travail sur l'article 10 de la Convention (utilisation durable de la biodiversité) et application des Principes et lignes directrices d'Addis-Ababa# Projet de recommandation soumis au Président du Groupe de travail II# Des documents concernant d'autres questions discutées par la SBSTTA peuvent également être trouvés ici.

Patrick Gomes, Guyana
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Pierre Romeo a présenté des cartes qui détaillent la répartition de l'utilisation coutumière des ressources biologiques
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