Les projets forestiers et climatiques du Guyana continuent de soulever la controverse et d’exclure les peuples autochtones

Guyana – une controverse est née au sujet des chiffres relatifs à la déforestation utilisés pour la politique REDD
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FPP

Les projets forestiers et climatiques du Guyana continuent de soulever la controverse et d’exclure les peuples autochtones

Alors que le Président du Guyana a été nommé « Champion de la terre » par les Nations Unies cette année pour ses efforts en faveur de la mise en œuvre d’un soutien international à la protection des forêts et d’une croissance à faible intensité de carbone, des leaders autochtones et des organisations de la société civile du pays et de l’étranger ne cessent de souligner et de mettre en cause les vives contradictions des projets forestiers et climatiques du gouvernement. n juin 2010, le Président de l’Association des peuples amérindiens (APA) a prononcé une intervention sans appel lors de la Sixième réunion du Comité des participants du Fonds de partenariat pour la réduction des émissions de carbone forestier de la Banque mondiale (FCPF) à Georgetown, qui demandait pourquoi les questions clés relatives aux droits fonciers soulevées à maintes reprises par APA n’avaient pas encore été prises en compte dans les dernières propositions de préparation REDD+ de la Commission forestière du Guyana (GFC).

Plus tard en octobre, la même question a fait chou blanc auprès des fonctionnaires de la Banque mondiale, qui ont expliqué à l’APA que « la balle est dans le camp du Guyana ». Les fonctionnaires de la Banque mondiale ont signalé que le Fonds de partenariat pour la réduction des émissions de carbone forestier (FCPF) ne sera pas en mesure de définir des obligations minimales sur les questions des droits fonciers dans tout accord de subvention futur visant à soutenir la planification REDD du Guyana tant qu’il ne disposera pas d’une idée claire au sujet des projets du gouvernement pour régler les revendications foncières non résolues.

Les leaders autochtones du Guyana insistent sur le fait qu’aucune subvention de la Banque mondiale ne devrait être approuvée tant qu’il n’y a pas de plans et de garanties effectives visant à reconnaître leurs droits fonciers, y compris des mesures pour remédier aux graves problèmes relatifs aux procédures de démarcation et de délivrance des titres de propriété. Ils ont indiqué que tout accord de subvention conclu à la hâte sans clarification préalable de leurs droits fonciers serait une violation directe des politiques de garantie de la Banque mondiale et représenterait potentiellement un non-respect de l’obligation internationale du Guyana de défendre les droits collectifs des peuples autochtones.

Les leaders amérindiens des régions 7 et 8 ont récemment fait part de leur inquiétude quant à la pression exercée sur les membres du Conseil national des Toshaos (NTC) afin qu’ils signent une résolution publique bâclée soutenant la Stratégie de développement à faible intensité de carbone (LCDS) du gouvernement. Ils affirment qu’ils ne sont pas prêts à signer des déclarations de soutien pour la LCDS alors que les membres de leurs communautés et eux-mêmes ne comprennent toujours pas les implications du projet pour leurs terres, leurs forêts, leurs moyens de subsistance et leur mode de vie. Certains leaders ont quitté la conférence, tandis que d'autres ont refusé de signer le document controversé. Certains leaders ont signé, mais ont par la suite indiqué qu'ils avaient subi des pressions les poussant à approuver la résolution NTC. Cette situation soulève de nouvelles questions au sujet du risque de « manipulation du consentement » au Guyana et l’utilisation du consentement libre, préalable et éclairé (FPIC) par le gouvernement pour convenir a leurs propres standards. Elle a également exacerbé la nécessité d’établir des mécanismes solides afin de remplir l’engagement du Guyana de respecter le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones.

Les ONG internationales ont, quant à elles, exprimé leurs inquiétudes au sujet de la décision de la Norvège, en août, de lever les conditions sociales liées à son financement bilatéral REDD pour le Guyana. Il semblerait que c’est sous la forte pression exercée par le Gouvernement du Guyana que la Norvège a accepté de renoncer aux « conditions d’application » pour la première tranche à hauteur de 30 millions de dollars EU déposée dans le Fonds d’investissement REDD (GRIF) du Guyana en octobre 2010. La Norvège a maintenant indiqué que ces conditions d’application, y compris le développement transparent d'un Plan de gouvernance et de développement REDD et la vérification indépendante des accords sous forme de mémorandum d’entente, s'appliqueront à la deuxième tranche des fonds norvégiens.

Des ONG et des membres de la société civile s'inquiètent également des propositions du gouvernement d'utiliser une bonne partie de la première tranche de l'aide financière norvégienne du GRIF pour contribuer à financer la construction d’un grand barrage aux chutes Amaila (sur le fleuve Kuribrong, un affluent du fleuve Potaro). Ce barrage aura un impact sur les terres traditionnelles des communautés amérindiennes, par la coupe à blanc et l’inondation de milliers d’hectares de forêts anciennes. Les projets prévoient également la construction d’une route d’accès d'une longueur de 100 km qui menace de frayer un passage aux industries extractives dans des zones forestières reculées. Les experts environnementaux avertissent que le projet Amaila pourrait ouvrir la voie à un programme de construction de barrages beaucoup plus étendu, dans l’arrière-pays du Guyana, qui pourrait avoir des conséquences sociales et environnementales dévastatrices.

Les responsables de l’Initiative norvégienne pour le climat et la forêt (NCFI) affirment qu’aucune décision n’a à ce jour été prise en faveur du financement du barrage d’Amaila par les fonds GRIF. Ils ont souligné que tout projet financé par le GRIF doit respecter les politiques de garantie des agents de réalisation. Dans ce cas, ceci signifierait qu’aucun financement par le GRIF ne serait approuvé ou déboursé tant que la proposition ne serait pas pleinement conforme aux Politiques d'évaluation environnementale et aux Politiques sur les peuples autochtones de la Banque interaméricaine de développement (BID), parmi d’autres normes opérationnelles. La BID mène à l’heure actuelle une évaluation de l’impact du barrage proposé, et il est prévu que son étude se termine en 2011. Les groupes qui luttent pour la justice environnementale et sociale, dont le FPP, insistent auprès de la BID afin qu'elle garantisse que toute évaluation des impacts potentiels du barrage prenne en compte les impacts indirects et cumulés des propositions beaucoup plus vastes de construction de barrages et de routes du gouvernement liées au projet de développement des chutes Amaila. 

 Outre ces questions, les ONG et les experts en sylviculture s’interrogent sur les chiffres communiqués récemment par la GFC et des consultants qui définissent les références historiques en matière de déforestation au Guyana. Ces chiffres semblent montrer une augmentation du recul de la forêt au cours de la première année de coopération avec la Norvège (bien que les niveaux de déforestation restent faibles). Cette situation pourrait mener à un résultat contraire au résultat escompté : il se peut que le Guyana soit payé pour accroître la déforestation suite à des estimations inadéquates des taux de déforestation. Les responsables norvégiens ont annoncé en novembre que les chiffres de la GFC publiés récemment doivent être réexaminés et qu’il est probable que les données de référence soient revues en 2011 afin d’éliminer ces contradictions. Les ONG et le public étudient de près ces chiffres et certains observateurs persistent à affirmer que c'est l'ensemble de la formulation des versements REDD qui est inexacte et qu’elle doit par conséquent être reconsidérée.

Pour plus d’informations :  

1. Our Land, Our Future. Promoting Indigenous Participation and Rights in Mining, Climate Change and other Natural Resources Decision-making in Guyana. (Notre terre, notre futur. La promotion de la participation et des droits autochtones dans la prise de décisions en matière d’exploitation minière, de changement climatique et des autres ressources naturelles au Guyana). Marcus Colchester and Jean la Rose. Mai 2010. Forest Peoples Programme (FPP), Amerindian Peoples Association (APA) and North-South Institute (NSI).

2. Guyana: Amaila Falls Hydro: Social and Environmental Aspects. (Guyana : la centrale hydroélectrique des chutes Amaila : aspects sociaux et environnementaux) Robert Goodland, former World Bank Environmental Specialist. Bank Information Center (BIC) website. 19 octobre 2010

3. Eight Upper Mazaruni toshaos reject conference pact – say were not consulted. (Huit Toshaos du haut Mazaruni rejettent le pacte de la conférence : ils affirment ne pas avoir été consultés). Stabroek News. 3 novembre 2010

4. Norway’s climate aid to Guyana slated for hydro dam in pristine rainforest. (L’aide climatique de la Norvège au Guyana affectée à la construction d’un barrage hydroélectrique dans une forêt pluviale primitive). Development Today, 16/2010.

5. McREDD: How McKinsey ‘cost-curves’ are distorting REDD.  (McREDD: Comment les « courbes de coût » de McKinsey déforment REDD) Dyer, N and Counsell, S (2010). Rainforest Foundation UK, London.

Girl with logs, Guyana, 2007
Fille de billes de bois, de la Guyane, 2007
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