Les communautés font entendre leurs voix dans les discussions au sujet de l’huile de palme

Les communautés font entendre leurs voix dans les discussions au sujet de l’huile de palme

Les communautés du Liberia ont parlé aux représentants du secteur de l’huile de palme au sujet des problèmes incessants liés au régime foncier, et de la participation des peuples aux futurs plans pour leurs terres coutumières.

Seize représentants venus des quatre coins du Liberia ont participé au Deuxième Dialogue national annuel de Tropical Forest Alliance 2020 (TFA) afin de parler de l’avenir de leurs terres et des développements agricoles à grande échelle dans le pays.

Les communautés sont affectées par les activités menées par les quatre principales entreprises du secteur de l’huile de palme au Liberia : Equatorial Palm Oil (EPO), Sime Darby (SD), Golden Veroleum Liberia (GVL) et Maryland Oil Palm Plantation (MOPP).

Les représentants se sont rendus à Monrovia afin de participer à une série d’activités de formation de préparation à leur participation au Dialogue national 2020, qui s’est tenu du 1er au 4 août.

Les formations comprenaient des modules consacrés au consentement libre, préalable et éclairé (FPIC), et aux instruments pour les hautes valeurs de conservation (High Conservation Values - HCV) et les stocks de carbone élevés (High Carbon Stock - HCS), axés respectivement sur les thèmes des droits, de la biodiversité et du carbone. Ces questions régissent de manière croissante les activités du secteur de l'huile de palme au niveau mondial, et les mécanismes qui s'y rapportent peuvent permettre aux communautés locales de mieux gérer leurs terres et leurs ressources.

Cependant, si ces mécanismes ne sont pas pleinement expliqués aux communautés locales et mis en œuvre de manière participative, ils pourraient devenir des exigences supplémentaires imposées à la planification de l'utilisation des terres, et marginaliseraient davantage les communautés dans la gestion effective et durable de leurs terres et ressources.

Tropical Forest Alliance 2020 est un partenariat public-privé mondial, qui vise à éliminer la déforestation des secteurs de l'huile de palme, du bœuf, du soja, et du papier et de la pâte à papier. Au Liberia, son action se concentre sur le secteur de l’huile de palme, et l’alliance a travaillé par le passé avec le gouvernement, le secteur privé et la société civile à l’élaboration de neuf principes directeurs conçus pour réglementer le secteur au Liberia. 

Les communautés locales n’avaient pas participé au premier dialogue national annuel, et elles eurent cette année pour la première fois l’occasion d’influencer directement l'avenir du secteur de l’huile de palme au Liberia.

Au terme des quatre jours, les 16 représentants ont rédigé une lettre exposant leurs préoccupations et leurs espoirs pour l’avenir, qu’ils ont remise à l’Autorité libérienne pour le développement forestier (FDA).

Bien que satisfaits d’avoir été invités au Deuxième Dialogue national annuel, les représentants étaient inquiets de l’absence d’intégration du régime foncier coutumier dans les boîtes à outils HCS, HCV et les principes directeurs TFA 2020. Ils ont clairement indiqué qu’à moins que les questions foncières relatives à la propriété coutumière ne soient réglées, la capacité du secteur de l'huile de palme à assurer un avenir sans conflit et donc pérenne pour le Liberia et les communautés dont il exploiterait les terres pour ses activités était remise en question. Ils ont fait part des avis suivants :

  • que les revendications foncières non résolues soient réglées avant tout engagement du secteur et que tous les droits coutumiers soient respectés et protégés par toutes les parties ;
  • que l’inclusion des détenteurs des droits fonciers était critique pour le processus TFA 2020 (et les instruments comme les HCS et HCV qu’il contient) et plus généralement pour le secteur de l’huile de palme ; 
  • que les propriétaires fonciers coutumiers avaient besoin de davantage d’informations sur tous les aspects du secteur de l’huile de palme, y compris des détails à propos des accords de concession, du consentement libre, préalable et éclairé, des HCS, des HCV, du TFA 2020, de la RSPO et de leurs droits au titre du droit national et international ; 
  • que les communautés devraient être en mesure de participer à toutes les étapes, y compris à la cartographie, aux levés, au suivi et à l’évaluation, etc. ;
  • que l’imposition de nouvelles catégories de désignation des terres dans la planification des terres en vertu des HCS et HCV accroîtrait davantage la pression sur leurs terres agricoles, les déplacements forcés et la pénurie de ressources ; 
  • les rôles et les responsabilités de toutes les parties concernées par les HCS, HCV et TFA 2020 au Liberia doivent être expliqués aux communautés de toute urgence, et en particulier aux institutions responsables de la mise en œuvre et de tout mécanisme de suivi et de plainte.

Les représentants des communautés ont précisé dans leur lettre à la FDA qu’à moins que les communautés locales ne reçoivent suffisamment d’informations pour éclairer leurs décisions et accroître les occasions de jouer des rôles de premier plan dans le secteur de l'huile de palme, les possibilités de développement que le secteur du palmier à huile promet pour le Liberia courent le risque de ne bénéficier qu’à quelques rares privilégiés et non à ceux qui en ont le plus besoin, et qui ont droit à ces possibilités en tant que propriétaires coutumiers des terres qu'occupe le secteur de l‘huile de palme.

Chris Kidd, Forest Peoples Programme