La Convention du patrimoine mondial et les peuples autochtones

Victor Amougou présente l’expérience du processus de consultation des communautés locales et autochtones en Cameroun
By
Helen Tugendhat

La Convention du patrimoine mondial et les peuples autochtones

Les expériences des peuples autochtones relatives à l’inscription de leurs terres et ressources parmi les sites du patrimoine mondial, au titre de la Convention du patrimoine mondial de 1972, varient énormément. Dans certains cas, la Convention a été un outil utilisé par les peuples autochtones pour protéger leurs terres – le cas du peuple mirarr à Kakadu, en Australie, qui a utilisé la Convention du patrimoine mondial pour mettre un terme à l’exploitation de l’uranium sur ses terres, est un exemple patent. Néanmoins, trop souvent, les processus de la Convention du patrimoine mondial et du Comité qui supervise sa mise en œuvre sont bien loin des réalités des peuples autochtones qui vivent sur les terres concernées. Dû à l’absence d’implication, et au manque de participation effective et de procédures de consultation et de consentement complètes des peuples autochtones, l’inscription donne trop souvent lieu à des violations des droits des peuples autochtones, tels que stipulés dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP).

Afin d’examiner ces expériences de plus près et de définir les enseignements que doivent tirer les États, le Comité du patrimoine mondial et d’autres acteurs, le Forest Peoples Programme et le Groupe de travail international pour les affaires autochtones (IWGIA) élaborent ensemble un livre détaillant les expériences des peuples autochtones relatives à cette Convention. Ceci s’ajoute à d’autres efforts internationaux déjà déployés visant à souligner le besoin urgent de réformes des processus de travail de la Convention du patrimoine mondial, et notamment à la Motion de l’UICN sur la Convention du patrimoine mondial et la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (voir article 6 de ce bulletin d’information pour plus d’informations concernant cette motion) ainsi qu’à des déclarations conjointes préalables faites devant l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones en 2011 et 2012. En septembre, un atelier international d’experts sur la Convention du patrimoine mondial et les peuples autochtones a été organisé par l’Agence danoise pour la culture, le gouvernement du Groenland, et le Groupe de travail international pour les affaires autochtones (IWGIA). L’atelier s’est tenu à Copenhague, au Danemark, les 20 et 21 septembre 2012, dans le cadre du 40ème anniversaire de la Convention du patrimoine mondial, célébré par l’UNESCO sous le thème « Patrimoine mondial et développement durable : le rôle des collectivités locales ».L’atelier international d’experts a vu la participation d’experts et de représentants autochtones de tous les continents, de spécialistes des droits humains, de représentants des mécanismes des Nations Unies sur les peuples autochtones (notamment de l’Instance permanente sur les questions autochtones et du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones), de représentants de l’UNESCO, de l’UICN et du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), ainsi que de quelques représentants gouvernementaux. Les experts et représentants autochtones et les autres spécialistes des droits humains ont présenté les expériences des peuples autochtones relatives à environ vingt sites différents du patrimoine mondial, notamment des sites déjà inscrits, des sites en cours de nomination et des sites figurant sur la liste indicative.   L’ « Appel à l’action » résultant de cet atelier souligne la nécessité de réviser et adapter les Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention, avec la participation effective des peuples autochtones, afin de garantir que les pratiques de travail existantes puissent être modifiées pour mettre un terme aux violations. Il souligne également qu’il est nécessaire que le Comité du patrimoine mondial et les États parties à la Convention du patrimoine mondial, mais aussi les travaux des principaux organes consultatifs de la Convention, l’UICN et ICOMOS, prennent en compte les aspects liés aux droits humains. Documents relatifs :• Projet d’inscription du Tri National de la Sangha en Patrimoine mondial de l’UNESCO par les Services de conservation - Expérience du processus de consultation des communautés locales et autochtones vivant autour du Parc National de Lobéké - Rapport par CEFAID : http://www.forestpeoples.org/topics/environmental-governance/news/2012/04/report-cefaid-consultations-cameroon-world-heritage-sit