L’exploitation minière viole les droits des peuples autochtones et menace les terres traditionnelles au Guyana

Confluence des fleuves Mazaruni (marron et pollué par l’exploitation miniè) et Kako (pour l’instant, encore propre)
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Oda Almas

L’exploitation minière viole les droits des peuples autochtones et menace les terres traditionnelles au Guyana

Depuis le début de l’année 2013, les peuples autochtones du Guyana sont de plus en plus alarmés par le mépris continu et croissant à l’égard de leurs droits légitimes par les sociétés d’exploitation minière et les institutions gouvernementales, et par les violations flagrantes de leurs droits, approuvées par le pouvoir judiciaire lors de deux cas récents. En 2012, le lobby du secteur minier a attaqué publiquement les droits fonciers des peuples autochtones dans la presse guyanaise et a pris position contre la reconnaissance des terres coutumières. Par ailleurs, l'institution gouvernementale chargée de la réglementation du secteur minier semble accélérer l’octroi de permis et concessions d'exploitation minière sur les terres coutumières amérindiennes, malgré le fait que ces terres fassent l’objet d’actions en justice auprès des tribunaux pour la reconnaissance des droits de propriété traditionnels et/ou de demandes de titres fonciers et d’extensions de titres de villages non résolues.

Les terres des Akawaio sont profanées et leurs droits sont bafoués

Les décisions de justice et les événements récents relatifs aux conflits miniers sur les terres villageoises des Akawaio dans le Mazaruni moyen et supérieur sont des exemples tragiques de ces violations manifestes des droits des peuples autochtones par le secteur minier. En réponse, les leaders et les communautés akawaio défendent leurs droits et contestent l’envahissement de leurs terres et eaux traditionnelles par le secteur minier. Depuis un an, le village de Kako dans le district de Mazaruni supérieur est contraint de mener une bataille devant les tribunaux dans le cadre d’un procès intenté contre lui par une entreprise minière lorsqu’il refusa que cette entreprise ne pénètre dans le fleuve Kako afin de démarrer des activités minières. Le leader du village (Toshao) a également été accusé d’outrage à la Cour et risque une peine d’emprisonnement après que son peuple a agi de façon directe et pacifique pour empêcher l’entreprise minière de pénétrer sur ses terres, en violation d’une injonction de tribunal ordonnant que l’entreprise minière soit autorisée à agir sans entrave.

« L’on sait que nous sommes les protecteurs de ces terres et que nous en dépendons. Notre terre est notre vie ! » a déclaré le Toshao Mario Hastings alors qu’il s’exprimait au sujet de l’importance de la terre communautaire pour son peuple.

En juillet 2011, le Conseil du village et les résidents de Kako ont appris que l'organisme de réglementation, Guyana Geology and Mines Commission (GGMC), avait octroyé un « permis de prospection » à cette entreprise minière. Lors d’une première interaction, les résidents se sont vivement opposés à toute activité minière en amont du fleuve ou sur leurs terres traditionnelles, puisque cela provoquerait la pollution de leur source d’eau et la dégradation de leurs terres traditionnelles. Ils ont souligné de manière résolue que cela affecterait leurs moyens de subsistance, puisque ces lieux sont les lieux où ils pêchent, chassent et cultivent la terre. À ces endroits se trouvent également des fermes qui existent depuis de nombreuses générations, bien des années avant l’indépendance guyanaise de la Grande-Bretagne.

À deux reprises en juillet et en août 2012, l’entreprise minière a tenté de passer, mais les villageois ont persisté à s’opposer à son arrivée. Au cours de la même période, le Toshao a essayé de rencontrer les organismes concernés afin de leur faire part de ses préoccupations, mais en vain. Le 18 septembre 2012, l'entreprise minière a déposé une demande d’injonction qui a été acceptée puis notifiée au Toshao. Le 5 octobre 2012, alors que le Toshao se trouvait dans une autre communauté afin de participer à une réunion du conseil de district, il a soudainement été appelé afin d’intervenir dans ce qui semblait être une confrontation avec cette entreprise minière, que les résidents avaient une nouvelle fois empêchée de franchir la rivière. Depuis, l’entreprise minière a déposé une demande de motion d’outrage à une ordonnance qui avait été accordée et exige que « le Toshao du village de Kako soit remis à la prison de Georgetown pour sa désobéissance délibérée et effrontée » et affirme avec insistance qu’il est « l’instigateur et l’organisateur » de la résistance des Akawaios du village de Kako.

Comme c’est le cas pour de nombreux villages amérindiens du Guyana, la terre de Kako qui bénéficie actuellement de titres de propriété ne correspond pas pleinement à l’étendue de ses terres coutumières traditionnellement utilisées et occupées, notamment des terres situées à l’ouest, jusqu’à la vallée fluviale de Kako. Ces terres coutumières sont les zones où se trouvent les ressources traditionnelles utilisées par les villageois de Kako et sont partagées conformément au droit coutumier avec les villages akawaio voisins de Kamarang, Jawalla et Phillipai, qui utilisent ces terres en commun avec les résidents de Kako pour la chasse, la pêche et la cueillette. En novembre 2012, le Toshao a obtenu une copie d’une carte de concessions minières et a découvert avec stupeur que la plupart des terres traditionnelles sont désormais couvertes par des zones de prospection et d’exploitation minière, avec dans certains cas des zones multiples octroyées à une même entreprise minière.

Récemment, dans ce qui peut être considéré comme un autre coup porté à la lutte du peuple de Kako, un juge de la Haute Cour a décidé que le Conseil du village de Isseneru dans le Mazaruni moyen n’était pas habilité à fournir des indications aux entreprises minières sur leurs terres possédant des titres de propriété, sur la base du fait que l’entreprise minière était titulaire de la concession avant que le village de Isseneru ne reçoive un titre de propriété pour ses terres, et également parce que la Loi amérindienne ne pouvait appuyer ces pouvoirs, étant donné que la loi a été promulguée après l’octroi de la concession.

Entre-temps, le 26 janvier 2013, l’entreprise minière au centre du conflit foncier à Kako a déplacé ses équipements en amont de la rivière, et le 3 février une autre entreprise minière s’est rendue en amont afin d’y afficher des avis d'exploitation minière. Encore une fois, aucune des entreprises minières n’avait informé la communauté ou obtenu son consentement préalable.

Le procès contre le leader du village de Kako se poursuit, et une éventuelle décision est attendue dans le courant du mois : l’interprétation des lois défendra-t-elle les droits des peuples autochtones ? Lors d’une récente conférence de presse tenue en collaboration avec le Conseil du village de Isseneru, le Toshao de Kako a affirmé en toute franchise que : « cela est la preuve que la Loi amérindienne qui, selon les dires du gouvernement, est la meilleure loi du monde, n’est qu’un tissu de mensonges. Je demande que cette loi soit révisée immédiatement afin que nos droits soient garantis ».

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