Des fonds REDD norvégiens « non garantis » soulèvent une controverse

Des fonds REDD norvégiens « non garantis » soulèvent une controverse

Les progrès déplorablement lents des négociations intergouvernementales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ont incité en mai le gouvernement norvégien à affecter ses fonds à travers un mécanisme de financement ad hoc parallèle afin de payer les pays en développement pour qu’ils réduisent leurs émissions causées par la déforestation. Le processus a d’abord été mis en place avec une participation minimale, mais suite aux protestations, le gouvernement norvégien a précisé qu’il exigerait le respect des droits des peuples autochtones et une bonne gouvernance. Ces affirmations semblent être de plus en plus vides de sens.

La première mise à l’épreuve de leur crédibilité s'est présentée en Guyana, où la Norvège a convenu d’une manière créative de transmettre 250 millions de dollars US de ces fonds à la Guyana par le biais de la Banque mondiale mais sans demander que le financement général soit évalué à l’aide des politiques de garantie de la Banque mondiale (voir e-newsletter FPP de juillet). Aucun progrès n’a été accompli pour résoudre les revendications des Amérindiens concernant leurs terres et leurs forêts au-delà des titres de propriété limités accordés pour leurs villages et des terres agricoles restreintes qui ne comprennent pas les territoires sur lesquels ils ont des droits conformément aux traités internationaux ratifiés par la Guyana.

Alors que la question des droits amérindiens reste non résolue, le gouvernement guyanais a annoncé par la suite qu’une grande partie des fonds norvégiens allait être affectée à un projet controversé pour la construction d’un barrage aux chutes Amaila, qui sont situées dans une zone forestière reculée. Personne ne sait comment ceci va freiner la déforestation. La presse locale guyanaise publie presque tous les jours des allégations de manœuvres douteuses concernant la façon dont ce projet a été évalué et adjugé. L’entreprise qui a obtenu le contrat de construction de la route n’a aucune expérience dans le domaine de la construction de routes et est à ce jour très en retard dans les travaux.

Le gouvernement norvégien a également promis 1 milliard de dollars US sur 5 ans à l’Indonésie pour freiner la déforestation. Cet argent protégera-t-il les droits des peuples de la forêt à leurs terres et forêts ou encouragera-t-il encore plus le contrôle des forêts par le gouvernement central? Des ONG ont travaillé d’arrache-pied pour tenter de persuader le gouvernement norvégien que cet argent n’apporterait rien de bon si les droits des peuples de la forêt et une bonne gouvernance n'étaient pas d'abord assurés. La lettre d’intention publiée regorgeait toutefois d'ambiguïtés. À la place de l’exigence proposée de garantir les droits des peuples autochtones conformément à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, le gouvernement indonésien a promis uniquement « une participation pleine et effective, sujette aux lois nationales et aux instruments internationaux applicables ». Étant donné les droits très limités dont les peuples autochtones jouissent actuellement aux termes du droit national et l’absence de réponse du gouvernement lorsque les organes des Nations Unies ont préconisé des réformes afin de les renforcer, ceci n'est que bien peu de choses.

L’organisation nationale des peuples autochtones a insisté sur le fait que des mesures doivent être prises pour garantir leurs droits. Même la promesse apparemment grandiose du gouvernement indonésien d’arrêter l’octroi de tous les permis de déforestation pendant deux ans s’est révélée être plus limitée qu’il ne semblait. En premier lieu, le moratoire ne débutera qu’en 2011. En second lieu, il ne s’appliquera pas aux entreprises qui ont déjà obtenu des permis. De quel type de permis s’agit-il ? Selon SawitWatch, l’ONG indonésienne qui suit de près le secteur de l’huile de palme, les gouvernements provinciaux ont déjà octroyé des permis de démarrage d’exploitation pour une surface totale de 26 millions d’hectares. Et pourtant, des porte-paroles des secteurs de l’huile de palme et des plantations de bois ont demandé des dispositions spéciales afin de permettre une expansion continue.

La presse locale indique en ce moment que l’un des principaux négociateurs du gouvernement avec la Norvège a été accusé d'avoir accepté des pots-de-vin. Ceci est très inquiétant puisque l’Indonésie détient un triste record en matière de corruption: plus de 5 milliards de dollars US ont été détournés du Fonds de reforestation du gouvernement dans les années 1990. Les arguments en faveur de garanties solides pour les droits des peuples de la forêt et une bonne gouvernance semblent plus forts que jamais. Mais quelqu’un écoute-t-il ?