La conservation coercitive en procès en République démocratique du Congo

Dans les derniers jours de l’année 2020, dix écogardes de deux parcs nationaux différents de la République démocratique du Congo (RDC) ont été reconnus coupables de crimes graves notamment, meurtre, viol, torture et coups et blessures. Ces crimes ont été perpétrés à l’encontre des peuples autochtones Batwa qui vivent juste à l'extérieur des parcs nationaux de Kahuzi-Biega et de Salonga. Dans les deux cas, les écogardes ont commis de terribles violations des droits humains à l'encontre de personnes qui ont déjà été déplacées de leurs territoires ancestraux et qui doivent par conséquent lutter quotidiennement pour leur existence.
Les cinq accusés ont été condamnés à des peines allant de cinq à vingt ans de servitude pénale et l'Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) a été condamné à payer d’importantes sommes à titre de dommages et intérêts aux victimes de viol et de torture ainsi qu’à la veuve du Batwa tué dans l'affaire du PNKB.
Nous espérons que ces deux affaires représentent le début d'un changement d'approche en RDC. Il s'agit d'un changement radical dans la manière dont les tribunaux traitent les abus commis par les écogardes. En 2017, un écogarde du PNKB a été acquitté d'un meurtre et reconnu coupable du délit mineur de coups et blessures aggravés pour lequel il a purgé une peine d'un an seulement. Dans l'affaire Salonga, six écogardes avaient déjà été acquittés pour viol collectif et torture a l’issue d’un procès au premier degré. L'ONG de droit Congolais APEM et la Rainforest Foundation UK, avec le soutien de FPP, ont accompagné les victimes dans le cadre du procès qui s’est ouvert devant la cour militaire de la province de l’Equateur. La cour a rendu son arrêt le lundi 28 décembre 2020 à Mbandaka, condamnant cinq des prévenus précédemment acquittées. Dans l'affaire des cinq écogardes du PNKB, jugés le 31 décembre 2020 pour le meurtre d’un autochtone Batwa, le tribunal militaire de garnison de Bukavu les a déclarés coupables et condamnés à des peines allant de dix à vingt ans de servitude pénale, dont deux à vingt ans pour meurtre et trois autres à dix ans pour coups et blessures.
Les dix écogardes qui ont été reconnus coupables ont effectivement commis des crimes graves, mais ils ont été formés et armés par une institution nationale de conservation qui a persisté à diaboliser et à criminaliser les peuples autochtones pendant de nombreuses années. De notre point de vue, c'est sur ce point que l'accent devrait être mis - sur l'institution et le modèle de "conservation" qu'elle pratique. Tout au long l’année écoulée, la direction du PNKB a accusé le peuple Batwa de toute une série d'infractions et de crimes pour des raisons très douteuses, tout en refusant de se présenter au tribunal alors que son propre personnel, employé, formé et armé par lui-même, était poursuivi pour meurtre et agression. Les cinq écogardes du PNKB, désormais reconnus coupables de crimes très graves, ne se sont jamais présentés au tribunal et apparemment auraient été redéployés par l'ICCN dans d'autres régions. Cependant ils travaillent toujours pour l’ICCN et sont très probablement encore à des postes qui impliquent l’usage des t des armes à feu.
Cette approche abusive et coercitive à l'égard des communautés qui pourraient être les leaders de la protection de leurs terres traditionnelles doit prendre fin. L'ICCN et les bailleurs de fonds du secteur de la conservation en RDC doivent assumer leurs responsabilités fondamentales en matière de respect des droits humains. Nous espérons que ces deux arrêts et jugements encourageront les acteurs de la conservation à tous les niveaux en RDC à repenser leur approche et à traiter les communautés dont ils occupent les terres avec respect et humanité dans un esprit de coopération.
Photo: Écogardes du ICCN dans le Parc national Kahuzi-Biega, par Dominique Linel
Overview
- Resource Type:
- News
- Publication date:
- 6 January 2021
- Region:
- Democratic Republic of Congo (DRC)
- Programmes:
- Territorial Governance Culture and Knowledge Conservation and Human Rights