L’article de notre invité: Garantir le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones dans les forêts
Le Forest Stewardship Council (Conseil de la bonne gestion forestière) (FSC) a récemment convenu d’établir un Comité permanent des peuples autochtones (PIPC) au sein de sa structure de direction. Les Sami sont un peuple traditionnel d’éleveurs de rennes. Ci-après, Anders Blom – de la Protect Sapmi Foundation, une organisation des peuples autochtones qui travaille avec les Sami – expose sa vision de la façon dont le FSC devrait contribuer à réaliser les droits des peuples autochtones.*
L’action de toute organisation efficace doit être guidée par une vision. Cette vision doit être solide, accessible et visible par tous au sein de l’organisation. Cela me rappelle l’histoire de Michel-Ange alors qu’il réalisait la sculpture du David. L'un de ses disciples lui demanda : « Maître, comment pouvez-vous créer une telle beauté à partir d’une roche solide? ». Michel-Ange répondit : « Mais n’est-ce pas évident? Je vois David dans la roche à tout moment. Tout ce que j’ai à faire, c’est de retirer les parties qui le cachent ».
Au sein du Comité permanent des peuples autochtones (PIPC) du Forest Stewardship Council, nous avons énoncé une vision fondée sur la valeur, qui dit que nous devons:
« Défendre et promouvoir le renforcement de communautés des peuples autochtones fortes, résilientes, durables et couronnées de succès, dont les droits et les intérêts sont reconnus, respectés, protégés et pris en compte dans l'utilisation et la gestion de leurs terres ancestrales, forêts et ressources naturelles ».
Afin de réaliser cette vision, afin de voir David dans notre pierre, nous devons travailler avec des outils qui nous aident à retirer les parties qui la cachent.
Le consentement libre, préalable et éclairé (FPIC) est actuellement l’outil le plus important dont dispose le PIPC pour réaliser notre vision. Il constitue une priorité absolue.
Les définitions du FPIC ont suscité de nombreux débats au fil du temps. Le FPIC figure déjà dans la norme actuelle du FSC, puisqu’il figure dans les programmes relatifs aux droits civils, au droit international et à la responsabilité sociale des entreprises. Selon nous, ce débat n'est plus nécessaire. Toutefois, il reste peut-être à apporter des éclaircissements sur certaines questions.
- Le problème aujourd’hui ne consiste pas à discuter de définitions, mais à déterminer comment nous pouvons mettre en œuvre le FPIC. Le FSC a rédigé une directive pour la mise en œuvre du FPIC complète – lisez-la ! Elle montre que la consultation et le consentement ne sont pas équivalents. La directive est un bon exemple de la façon dont le FSC travaille de manière proactive sur cette question.
- Depuis 2012, le concept du FPIC a été clairement intégré dans les Principes et critères du FSC. Il constituera un élément obligatoire des indicateurs génériques internationaux et des normes nationales qui en découlent. Pour toutes les entreprises dont les activités ont un lien avec le monde autochtone, ce concept fera obligatoirement partie intégrante de leur travail.
- Beaucoup demandent si le FPIC est un veto absolu – nous répondrions non à cette question.
- Nous pensons que le FPIC implique une responsabilité pour les communautés autochtones ainsi que pour les entreprises certifiées. Un processus de dialogue sérieux devrait donner lieu à un accord écrit.
Qu’en est-il des espoirs, des peurs, des défis et des occasions relatifs au FPIC? Ces questions sont toutes pertinentes pour beaucoup d’entre vous, tout comme pour nous au sein du PIPC. Commençons à travailler avec espoir.
Nous considérons que le FPIC est l’outil le plus important pour reconnaître et respecter les droits autochtones. Le FSC espère tracer la voie sur cette question. Aucun autre système de certification contrôlé par une tierce partie et axé sur le marché n’a pour l’instant atteint cet objectif.
Et les peurs? Oui, nous ressentons également certaines peurs concernant le FPIC. Par exemple, les entreprises/détenteurs de certificats comprendront-ils qu’il relève de leur responsabilité de fournir aux communautés autochtones la capacité nécessaire à participer pleinement au processus de FPIC? Nous parlons ici de contributions financières, d’accès à des conseillers indépendants, de formation, etc. Sans cette contribution, je crains que l’idée même du FPIC soit un échec.
Y a-t-il des défis relatifs au FPIC? Oui, il y aura des défis de toutes parts au cours de ce processus. Pour le FSC, il sera difficile de trouver un équilibre entre les intérêts des différentes parties sans perde de vue l’objectif. Pour les détenteurs de certificats, cela impliquera un changement paradigmatique d’attitudes à l’égard des personnes autochtones. Ils devront renforcer leurs capacités internes et développer leurs connaissances pour faire face à ce changement. Pour les communautés autochtones, l'un des grands défis consistera à établir la confiance dans les relations avec les entreprises certifiées et les organismes de certification, afin de surmonter toutes les erreurs historiques. La bonne foi et la coopération peuvent rendre cela possible.
Qu’en est-il des occasions? Pour le FSC, il s’agira d’une occasion de devenir la norme préférée des peuples autochtones à travers le monde. Pour les détenteurs certifiés, cette norme leur donnera la satisfaction de faire partie de la solution, et de ne pas risquer de faire partie du problème. Pour les peuples autochtones, elle constituera une véritable occasion de protéger des pans importants de notre paysage. Par le développement de relations, ils peuvent diffuser la bonne parole de la durabilité et de la résilience véritables.
Enfin, une période de dur labeur nous attend. La première étape sera axée sur les projets de mise en œuvre du FPIC. Je suis convaincu qu’avec de la bonne volonté et beaucoup d’efforts, nous nous réunirons dans trois ans à l’Assemblée générale pour faire part de la satisfaction d'une organisation encore plus solide dans un monde meilleur.
*Cet article de notre invité est une version révisée du discours tenu par Anders Blom à l’occasion d’un événement parallèle sur « Le consentement libre, préalable et éclairé dans la gestion forestière certifiée par le FSC : espoirs, peurs, défis et occasions », lors de l’Assemblée générale du FSC à Séville, Espagne, le 10 septembre 2014.
Overview
- Resource Type:
- News
- Publication date:
- 31 October 2014
- Programmes:
- Legal Empowerment Access to Justice Law and Policy Reform