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Utilisation durable des terres et gouvernance traditionnelle: leçons tirées de l'engagement communautaire en République du Congo

Les zones forestières de Kabo, Pokola et Mbandza, situées dans les départements de la Sangha et de la Likouala en République du Congo, constituent un écosystème d’une grande richesse biologique, jouant un rôle essentiel dans la régulation du climat et le soutien aux moyens de subsistance locaux. Ces forêts fournissent du bois, des plantes médicinales, des fruits ainsi que des produits forestiers non ligneux (PFNL) indispensables à la vie quotidienne des peuples autochtones et des communautés locales. 

Les peuples autochtones Mbenzelé et BaAka vivent en interaction étroite avec ces espaces forestiers, qui constituent à la fois leur cadre de vie, leur source principale d’alimentation et de pharmacopée, ainsi que le socle de leurs pratiques culturelles et de leur économie locale.

Leurs systèmes d’usage et de gestion des ressources reposent sur des savoirs traditionnels transmis de génération en génération et sur des règles sociales visant à assurer la durabilité des prélèvements. Ils disposent de savoirs traditionnels approfondis, notamment en matière de pharmacopée, de pratiques culturelles (telles que l’Edjengui et le Bolobo) et de gestion durable des ressources naturelles. La forêt constitue pour eux un espace central de vie, d’apprentissage et de transmission intergénérationnelle. Cependant, l’exploitation forestière industrielle, l’expansion agricole et les activités minières exercent une pression croissante sur les ressources naturelles, pression accentuée par l’augmentation démographique liée à l’installation de bases-vie et au recours à une main-d’oeuvre locale ou étrangère. En outre, lorsque l’aménagement du territoire, l’attribution et l’exploitation de concessions forestières ou minières, ainsi que certaines approches de conservation, sont mis en oeuvre sans la participation effective des communautés concernées, cela entraîne des impacts négatifs sur la disponibilité des ressources naturelles, l’érosion des savoirs traditionnels et l’aggravation de l’insécurité foncière. 

L’insécurité foncière constitue un défi majeur pour les peuples autochtones en République du Congo. La forêt relevant juridiquement du domaine de l’État, les communautés ne disposent, dans la plupart des cas, que de droits d’usage, définis comme des droits issus de la coutume permettant de prélever certains produits ou de mener certaines activités dans une forêt qui ne leur appartient pas, pour satisfaire leurs besoins domestiques vitaux ou coutumier, souvent limités ou conditionnés, en particulier dans les zones classées ou situées au sein des concessions. Cette situation est particulièrement marquée dans les aires protégées, où les activités de collecte et de prélèvement des produits forestiers non ligneux (PFNL) sont strictement encadrées, voire interdites, restreignant l’accès des communautés à des ressources essentielles à leurs moyens de subsistance et à leurs pratiques culturelles. Le déphasage croissant entre les jeunes et les anciens, conjugué aux effets de la sédentarisation et à l’insécurité foncière persistante, fragilise progressivement ces mécanismes traditionnels de gouvernance et de régulation des usages.

Sur le plan juridique et institutionnel, les principes de consultation, de participation et de CLIP, et de réalisation d’études d’impact environnemental existent, mais leur application reste limitée. Il en résulte un cadre qui reconnaît insuffisamment la capacité des communautés à piloter des initiatives de conservation et à faire valider leurs méthodes traditionnelles de gestion durable des ressources dans la planification et la gouvernance des espaces forestiers. 

Dans ce contexte, la politique de diversification économique de l’État se traduit par l’attribution de concessions forestières et minières sur des territoires traditionnellement occupés et utilisés par les peuples autochtones et les communautés locales, comme les Mbenzelé et les Ba’Aka, souvent au détriment de leurs droits et de leurs usages. Malgré une reconnaissance ponctuelle de leurs droits d’usage, les activités d’exploitation se développent largement sans qu’ils soient suffisamment impliqués, et l’intégration de leurs savoirs et pratiques traditionnels dans la gestion et l’exploitation des ressources naturelles reste marginale.

Enfin, la publication met en évidence l’existence de fenêtres d’opportunité politiques et institutionnelles. Les processus récents de révision de certaines lois et réglementations engagés par le Gouvernement de la République
du Congo, notamment à travers le Ministère de l’Économie forestière et le Ministère en charge des peuples autochtones, offrent des leviers pour renforcer la reconnaissance des droits fonciers et d’usage des peuples autochtones, intégrer leurs savoirs et pratiques traditionnels dans les politiques de conservation, et promouvoir des modèles de gestion communautaire et inclusive des ressources naturelles, plus efficaces et plus durables.


Overview

Resource Type:
Reports
Publication date:
17 July 2026
Region:
Republic of Congo
Partners:
The Centre d’Encadrement Communautaire pour le Développement (CECD)

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