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Des projets de conservation qui nuisent aux communautés: Les menaces pour les droits communautaires continuent de planer dans la zone de conservation Boumba Bek - Nki et ses environs, au sud-est du Cameroun

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La zone transfrontière TRIDOM a fait l'objet d'activités de conservation au cours des 20 dernières années. Les zones les plus importantes sont le Parc national Minkebe au Gabon, le Parc Odzala en République du Congo, la Réserve de Dja et les Parcs Boumba Bek-Nki. Cette région abrite également de nombreuses communautés rurales, notamment des milliers de Baka autochtones dont les moyens de subsistance et la culture dépendent depuis de nombreuses années de la chasse et de la cueillette dans les forêts de la région.

Cette région fortement boisée fait depuis longtemps l’objet d'une exploitation par les entreprises du secteur forestier qui ont obtenu une autorisation du gouvernement sous forme de grandes concessions forestières (30-70 000 ha). Ces dernières années, de nouvelles mines de cobalt et de fer ont commencé à s’ouvrir, ce qui a été associé avec des investissements rapides dans le développement des infrastructures (principalement des routes), un nombre accru de camps miniers illégaux, et une migration croissante dans la région d’agriculteurs, mineurs et acteurs commerciaux. Ces menaces se sont accompagnées d’investissements croissants dans les activités de lutte contre le braconnage, en conséquence de quoi les Baka autochtones ont été coupés de leurs terres traditionnelles, et ont vu leurs droits humains menacés par des éco-gardes faisant preuve d’un excès de zèle.

En dehors des quelques villes de la région, la majorité de la population rurale est composée d’Autochtones baka, au nombre de 8 000 personnes environ, dont la plupart sont âgés de 25 ans ou moins. À l’origine, la méthode de gestion adoptée dans le Parc Boumba Bek était fondée sur une politique d'utilisation et d'accès nuls, appliquée par des équipes d'éco-gardes paramilitaires chargés de contrôler le braconnage illégal de la faune. Dans la partie de Boumba Bek (Parcs nationaux Boumba Bek-Nki), ces gardes se sont rapidement taillés une mauvaise réputation bien documentée, puisqu’ils prenaient pour cible les peuples locaux et autochtones, avec pour conséquence de graves abus et des conflits entre les autorités du parc et les communautés, une diminution du bien-être des communautés, et une pauvreté accrue. Les communautés demeurent systématiquement exclues de la gestion du parc, ce qui va directement à l'encontre de politiques fondamentales de l'UICN et du WWF qui exigent la protection des droits communautaires et une gouvernance des forêts communautaires fondée sur leur consentement libre, préalable et éclairé (FPIC). Ces normes doivent être validées par le Congrès mondial sur les parcs à Sydney, en novembre 2014.

Les cartes des zones coutumières de Boumba Bek et ses environs, créées entre 2004 et 2006 par les communautés, les organisations de la société civile qui les soutiennent (y compris le FPP) et des ONG de conservation, montrent clairement que les terres traditionnelles des communautés autochtones ont été recouvertes par les frontières du parc. Les cartes réalisées par des communautés baka en 2014 avec le soutien de l’ONG de peuples autochtones Okani, montrent un même type d’utilisation extensive des forêts dans les vastes zones coutumières des Baka recouvertes par des concessions forestières et minières voisines, comme c'est le cas pour d'autres territoires baka recouverts par le Parc national Nki.

La tendance à recouvrir les territoires communautaires au profit des activités de conservation, tel que l'illustrent ces cartes communautaires, explique pourquoi les conflits entre les communautés autochtones et les autorités du parc se sont envenimés si rapidement dans toute la région, il y a plus de dix ans. Comme l’indique un récent rapport, ces conflits se poursuivent à ce jour dans les Parcs nationaux de Boumba Bek et Nki. Les graves allégations de violations des droits humains commises par des éco-gardes à l’égard des communautés en 2014 dans la région sont crédibles et s’inscrivent dans un modèle systémique de violations. Il s’agit d'une sombre caractéristique du modèle de conservation fondé sur « les armes et les gardes » qui prédomine encore dans le sud-est du Cameroun, constaté également par le FPP dans le nord de la République du Congo, le sud-ouest de la République centrafricaine, l’est de la République démocratique du Congo et le Kenya (voir l’article sur les Sengwer dans ce bulletin d’information).

L’exploitation la plus importante au sud-ouest du Parc Nki au Cameroun – qui explique en partie pourquoi les éco-gardes sont devenus encore plus actifs au cours des dernières années – est l'énorme mine de minerai fer de Mballam, établie par l’entreprise camerounaise Camiron. Cette entreprise détient une concession sur une zone contenant des réserves substantielles de minerai à enfournement direct sous forme d’hématite pure jusqu’à 95 %. Le programme de développement de la mine comprend la construction d’une voie ferrée de 450 kilomètres et des infrastructures connexes (y compris des routes) entre Mballam dans le sud-est du Cameroun et un nouveau port situé au sud de Kribi. Cette voie ferrée coupera en deux d’autres terres communautaires des Baka et des Bagyeli, et est le signe avant-coureur d’une transformation dramatique du paysage dans le complexe de Boumba Bek-Nki et ses environs. Cette région accueille la plupart des peuples des forêts autochtones du Cameroun qui souhaitent conserver la forêt dont ils sont tributaires pour leur bien-être et leur culture. Les organismes de conservation qui opèrent au Cameroun devraient reconnaître le rôle clé que les communautés autochtones ont joué dans la conservation de leurs terres coutumières, aujourd’hui devenues des parcs nationaux, et cesser de les persécuter sur ces terres. Les Baka autochtones de la région minière de Mballam et ses environs sont clairs, les terres convoitées par l’entreprise minière de Mballam sont des territoires coutumiers essentiels pour leurs moyens de subsistance et le bien-être des communautés.

Film: Cameroun - Droit a La Terre et Droit a La Pierre [Zone De Mballam]

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Type de ressource:
Actualités
Date de publication:
31 octobre 2014